L’agrosylviculture

Cela ne fait que 10 ou 15 ans qu’on utilise le terme « agrosylviculture » : c’est à dire que sur une même terre on fait pousser des arbres, et des cultures, avec quelquefois même la présence de bétail sur cette parcelle.

Rien de nouveau pourriez-vous dire dans la plantation d’arbres et la production de cultures ensemble. Vous auriez raison. C’est un terme nouveau pour une vielle pratique. Beaucoup de gens en particulier dans des climats chauds ont adopté ces façons de faire depuis des générations. Aujourd’hui les scientifiques se sont rendus compte que les systèmes d’agrosylviculture fonctionnent bien. Ils sont généralement :

  • plus productifs, en nourriture comme en revenus
  • plus fiables, avec moins de risque d’échec
  • plus soutenables, continuant à produire à long terme.

Pourquoi l’agrosylviculture est-elle efficace ?

1. La terre est cultivée sur de nombreuses couches. Par exemple, si on plante du maïs et des haricots parmi des arbres, certains poussent plus près du sol que d’autres. Les plantes qui grimpent comme les fruits de la passion passeront d’une couche à l’autre. Les haricots et le maïs ont des racines peu profondes et prennent leur eau et leur nourriture près de la surface du sol tandis que les racines des arbres vont chercher eau et nourriture bien plus profond. Ceci fait que la lumière, l’espace et autres ressources sont utilisés pleinement.

2. La terre reçoit une protection à long terme de l’érosion par le vent et l’eau. Ceci est particulièrement important à la saison sèche quand les plantes annuelles n’offrent que peu de protection au sol.

3. Un système d’agrosylviculture essaie de copier la végétation naturelle. On fait pousser plusieurs sortes de cultures et d’arbres, pas seulement une. Les déchets de cultures, les fumiers d’animaux, les feuilles, les fumiers verts et autres matières organiques retournent à la terre pour être recyclés.

De nombreux systèmes d’agrosylviculture existent. On laisse des arbres adultes ou on en plante de jeunes dans des champs de cultures. Les Acacias et les Prosopis sont couramment utilisés pour ça, par exemple Acacia albida et Prosopis juliflora. Mais il y en a des centaines d’autres. Les arbres locaux sont les mieux généralement. Cherchez à voir quels sont les arbres locaux qui permettent quand même aux cultures voisines de bien pousser.

Les cultures en allées

Les arbres sont plantés en doubles lignes ou en haies proches, à peut-être 5m les uns des autres. Si le terrain est en pente les rangées d’arbres en suivent les courbes. Une fois que les arbres sont établis, on les élague régulièrement et les feuilles et les brindilles sont placées sur le sol des allées entre les rangées d’arbres.
Des cultures annuelles peuvent être faites dans les allées. Elles bénéficient de la matière organique et des substances nutritives libérées par les feuilles vertes qui pourrissent (fumier vert). Le fumier vert protège le sol des fortes pluies. Il sert de paillis, réduisant la pousse des mauvaises herbes et la température du sol. Il aide aussi la terre à stocker l’eau et réduit le besoin de labourer ou cultiver.

Les arbres utilisés pour les cultures en allées seront généralement des légumineuses qui aident à améliorer le sol par le nitrogène qu’elles lui apportent. Il faut que ce soit des arbres qui poussent vite, avec des racines profondes qui ne concurrenceront pas le système de racines des cultures. Les arbres locaux peuvent être utiles. On peut aussi quelquefois faire pousser des arbres venant d’autres pays : on les appelle les arbres exotiques. Certains spécimens pour les cultures en allées sont Gliricidia sepium, Calliandra callothyrsus, Leucaena leucephala et Sesbania sesban. En plus d’être des légumineuses ils produisent du bois de chauffage et de construction, et du fourrage pour les bêtes.

Si vous faites des cultures annuelles dans les allées vous devez élaguer les arbres en les réduisant à 0,5m de hauteur, trois à quatre fois par an dès qu’ils atteignent plus de 1,5m de haut.

Si vous voulez ne pas cultiver les allées pendant un an ou deux, vous pouvez laisser pousser les arbres pour qu’ils vous donnent bois et fourrage. Coupez-les quand vous souhaitez reprendre la culture.

Les arbres plus grands comme les avocatiers et les manguiers peuvent aussi être utilisés dans les systèmes de cultures en allées, mélangés avec des arbres plus petits comme les bananiers, les agrumes, les papayers, Leucaena et Gliricidia. Les rangées doivent alors être beaucoup plus espacées.

Mike Carter a travaillé avec Tear Fund au Kenya et dirige maintenant T-CORD (Collège d’Agriculture de Bishop Burton).