Gérer les ordures ménagères à Dhaka, au Bangladesh

Iftekhar Enayetullah.

Plus de six millions de personnes vivent à Dhaka. Tous les jours, elles produisent plus de 3 000 tonnes d’ordures ménagères. Malheureusement, le Conseil municipal de Dhaka n’en ramasse même pas la moitié. Le reste est abandonné sur les bas-côtés des routes, dans les caniveaux et dans les parties basses. L’impact sur l’environnement de la ville est plutôt négatif. On estime que d’ici 2015, la population de Dhaka s’élèvera à 19,5 millions d’habitants. Il sera de plus en plus difficile de trouver des sites pour enterrer les ordures au fur et à mesure que la ville va s’accroître et les coûts de transport des déchets vont augmenter. Il faut réduire le volume des déchets jusqu’à un niveau viable.

A Dhaka, les pilleurs d’ordures sont connus sous le nom de tokai. Ils cherchent des matériels qui peuvent être réutilisés ou recyclés. Ils les vendent à des personnes locales pleines d’initiative qui s’occupent de trier et nettoyer les matériels avant de les revendre à des usines de recyclage. Ce système informel prouve que les déchets ont une certaine valeur.

Projet de compost au sein de la communauté 

Waste Concern est un organisme qui a démarré, en 1995, un projet de compost au sein de la communauté, destiné à promouvoir le concept des « 4 R » (Réduire, Réutiliser, Recycler et Récupérer les déchets) dans les zones urbaines. Cette approche se base sur l’idée que le contenu organique des ordures ménagères de Dhaka (représentant plus de 70% de tous les déchets) peut être converti, de manière efficace, en compost pratique. Ceci réduit le coût de disposer des ordures et prolonge la durée de vie des sites d’enfouissement des déchets. Cela permet aussi de réduire l’impact néfaste sur l’environnement des sites d’enfouissement car les ordures organiques sont responsables de la contamination des nappes phréatiques (l’eau dans le sol) et de l’émission d’un gaz appelé méthane. En transformant les ordures organiques en compost, on peut améliorer les sols des zones urbaines.

Le projet comprenait la création d’un certain nombre de mini-entreprises dans différents quartiers. Les activités incluaient la collecte des ordures ménagères maison par maison, le compostage des ordures collectées et la commercialisation du compost mais aussi des matériels recyclables. Le projet a connu un tel succès qu’en 1998, le gouvernement a demandé à Waste Concern d’étendre le projet à cinq autres communautés de Dhaka, soutenu par le Programme de développe-ment des Nations-Unies.

Waste Concern a demandé aux organismes publics de fournir non seulement des terrains mais aussi les connexions en eau et électricité pour mettre en place les usines de compostage au sein des communautés. Elle a mise en place et renforcé des relations avec les sociétés privées pour commercialiser le compost et les matériels recyclables. Waste Concern crée aussi des comités de gestion des ordures communautaires. Il offre une assistance technique et une formation pour aider les membres à gérer, opérer et maintenir les services offerts. Les membres des comités sont le plus souvent des femmes. On les forme dans la collecte, le tri des déchets, le compostage et la commercialisation. Après une année de mobilisation et de formation de la communauté, Waste Concern transfère le projet à la communauté mais continue de le suivre pendant trois ans.

La collecte des ordures 

On a modifié des pousse-pousse pour collecter les ordures ménagères auprès de chaque foyer. Chacun d’entre eux à un chauffeur à temps partiel et un ou deux collecteurs de déchets, couvrant 300 à 400 foyers. Chaque foyer paye en moyenne 20 à 35 cents par mois pour avoir leurs ordures collectées. Ceci couvre le salaire du chauffeur et des collecteurs de déchets mais aussi les coûts d’opération et d’entretien. Les habitants qui payent pour ce service ont déclaré que cette collecte à domicile est bien pratique. Certains ont ajouté qu’avant, ils ne pouvaient pas louer les maisons parce qu’il y avait tellement d’ordures ménagères débordant des poubelles, empilées juste devant. Après quelques mois, les communautés ont pu se débarrasser de toutes les poubelles.

La méthode de compostage 

Une fois que les ordures ménagères ont été collectées, on les emmène dans une usine de compostage proche. Les déchets organiques sont transformés en compost à partir d’une méthode qui ne produit pas de mauvaises odeurs. Ceci est important car les usines de compostage se trouvent près de quartiers résidentiels plutôt que dans des zones industrielles. Les ordures sont triées en déchets organiques, matériels recyclables et rejets. Ces derniers sont collectés par le conseil municipal de Dhaka et emmenés sur des sites d’enfouissage.

Les déchets organiques sont entassés autour d’un treillis en bambou qui permet une bonne circulation de l’air, nécessaire pour accélérer la décomposition des ordures. On y mélange de la sciure pour augmenter son contenu d’air. On remue fréquemment les piles d’ordures pour maintenir une température égale partout et s’assurer que toute la pile se décompose bien en même temps. On utilise aussi de l’eau pour accélérer le processus de décomposition. Pour augmenter le niveau de nitrogène dans le compost, on rajoute des excréments de poules et du fumier.

Ce procédé demande 40 jours. On laisse ensuite la pile sans la tourner ou l’arroser pendant 15 jours, afin qu’elle mature. Après cela, le compost est séparé en différents grades (fins ou épais) et emballé dans des sacs de 50 kg, pour être vendu. Les gros morceaux qui ne se sont pas bien décomposés sont remis dans les piles à composter.

Une usine produit de 500 à 600 kg de compost par jour, en traitant entre 2 et 3 tonnes d’ordures ménagères. Cette opération implique le travail de six personnes, essentiellement des femmes.

La commercialisation

Il existe un bon marché pour vendre le compost au Bangladesh. Waste Concern aide les communautés à vendre leur compost à un certain nombre de commerces comme les sociétés de fertilisants et les pépinières. Chaque sac de 50 kg est vendu entre 2,50 et 4,50 $US. On a demandé à Waste Concern d’installer d’autres usines de compostage au sein des communautés pour répondre à la demande croissante de compost enrichi.

Ce programme a bien assaini les communautés, créé des emplois pour des personnes démunies, réduit les frais de gestion des déchets du conseil municipal de Dhaka et crée des débouchés commerciaux. Composter toutes les ordures ménagères de Dhaka pourrait créer de nouveaux emplois pour 16 000 personnes démunies, tout particulièrement des femmes. C’est devenu un modèle du genre pour nombre de conseils municipaux et d’ONG qui essayent maintenant de faire la même chose.

Les leçons tirées

  • La mobilisation communautaire est une méthode à long terme qui demande énormément de temps. Il est important de sensibiliser le public sur le programme si l’on veut que les communautés s’y joignent.
  • Il faudrait faire des efforts pour mettre au point de nouvelles techniques comme l’enrichissement du compost, afin de répondre aux besoins des sociétés qui achètent le compost.
  • Commercialiser le compost était un élément important de ce programme. Ce dernier n’est financièrement possible que s’il existe un marché. Il a fallu investir énormément de temps et d’efforts pour développer des relations avec les sociétés privées afin de commercialiser le produit.
  • Ce programme nécessite des partenariats avec le secteur public, privé et les sociétés civiles.

Iftekhar Enayetullah est le co-fondateur et Directeur de Waste Concern. Email : office@wasteconcern.org Site internet : www.wasteconcern.org 

 

Les leçons tirées

  • La mobilisation communautaire est une méthode à long terme qui demande énormément de temps. Il est important de sensibiliser le public sur le programme si l’on veut que les communautés s’y joignent.
  • Il faudrait faire des efforts pour mettre au point de nouvelles techniques comme l’enrichissement du compost, afin de répondre aux besoins des sociétés qui achètent le compost.
  • Commercialiser le compost était un élément important de ce programme. Ce dernier n’est financièrement possible que s’il existe un marché. Il a fallu investir énormément de temps et d’efforts pour développer des relations avec les sociétés privées afin de commercialiser le produit.
  • Ce programme nécessite des partenariats avec le secteur public, privé et les sociétés civiles.