La collaboration entre les arbres et les abeilles

Ruche faite de raphia et apiculteur portant des vêtements protecteurs. Paul Latham
Ruche faite de raphia et apiculteur portant des vêtements protecteurs. Paul Latham

Paul Latham.

Je me souviens m’être réveillé dans la maison où je vivais avec mon épouse, près du village de Manse Nzundu, en République Démocratique du Congo (RDC). Dehors, le jour commençait tout juste à poindre mais j’entendais le bourdonnement des abeilles qui butinaient les fleurs dans la forêt environnante. Je suis sorti discrètement, me dirigeant vers ce bruit. Je suis arrivé devant un arbre rempli de fleurs. Des centaines d’abeilles y butinaient. Les abeilles et les arbres dépendent les uns des autres.

Les abeilles dépendent des arbres

En Afrique, de tous les végétaux visités par les abeilles, les arbres se révèlent être les plus importants. Les abeilles aiment particulièrement les arbres aux fleurs blanches ou jaunes et au parfum sucré. Les espèces d’arbres appartenant à seulement six familles (genres) totalisent près de la moitié de toutes les espèces butinées. En Afrique sub-saharienne, ces arbres fleurissent généralement entre les mois de septembre et novembre. Le pic de couvaison et d’essaimage (pour la reproduction) d’une colonie d’abeilles peut être déterminé avec précision suite à cette floraison. La vaste répartition de ces arbres à travers le continent est attribuée à une importante pollinisation par les abeilles. On trouve par exemple les espèces d’acacia, le brachystegia et le julbernardia. En RDC, on dit que là où les forêts ont été abattues, les colonies d’abeilles sont moins nombreuses et il y a moins de miel.

Les arbres dépendent des abeilles pour la pollinisation

En RDC, les récoltes de fruits tels que la mangue, l’avocat, la noix de coco, le café, les agrumes, la papaye, le ramboutan et le safoutier (Dacryodes edulis) sont meilleures lorsqu’il y a des abeilles. Il est estimé que dans les pays plus chauds, plus de 75% des cultures bénéficient de la pollinisation par les abeilles. Augmenter les rendements par l’amélioration des plantes prend beaucoup de temps. Par contre, augmenter le nombre d’insectes pollinisateurs permet souvent d’améliorer les récoltes bien plus rapidement. Bien que divers insectes soient importants pour polliniser les manguiers, les abeilles sont probablement les plus efficaces. Leur corps velu transfère aisément le pollen. De plus, elles butinent de façon méthodique l’ensemble des fleurs d’une seule espèce végétale. On a découvert que la baisse du nombre de colonies d’abeilles aux États-Unis a entraîné une diminution de la production des cultures qui dépendent essentiellement de la pollinisation par les insectes. Les scientifiques du monde entier sont très préoccupés par la diminution du nombre d’abeilles. Il y a plusieurs causes possibles, parmi lesquelles l’épuisement des ressources en eau et la hausse de la température mondiale.

Une apiculture qui profite aux forêts

Kibungu Kembelo, le directeur du jardin botanique de Kisantu, en RDC, m’a expliqué que l’introduction de l’apiculture dans la province du Bas-Congo, où les ruches sont placées dans de petites zones de forêt naturelle, a été le meilleur moyen de préserver le peu de forêt restante.

Les abeilles d’Afrique étant souvent agressives, mieux vaut placer les ruches loin de la population et du bétail. Les ruches ne doivent pas être placées près des villages ou des chemins fréquentés. Dans les pays chauds et humides, les ruches ont besoin de beaucoup d’ombre. Celle-ci est le plus souvent fournie par les arbres, qui offrent aussi pour la plupart du nectar et du pollen.

Là où les « blaireaux à miel » posent problème, les ruches peuvent être suspendues à la branche d’un arbre au lieu d’être posées au sol. En plus de donner de l’ombre, du pollen et du nectar, les arbres fournissent des matériaux de construction, du matériel local pour fabriquer les ruches, des légumes et des fruits, ainsi qu’un habitat pour les chenilles comestibles. Le fait de placer des ruches dans les réserves forestières contribue à la protection de ces zones contre la déforestation et permet de maintenir la biodiversité.

Conseils pour une bonne apiculture 

1 Fabriquez les ruches sur place

En général, les ruches ne devraient pas être importées ou achetées, mais fabriquées à partir de matériaux disponibles sur place. Ainsi elles seront peu coûteuses et accessibles pour les personnes les plus pauvres. Si les gens peuvent fabriquer leurs propres ruches avec des matériaux disponibles localement, ils n’ont pas à dépendre des organisations extérieures et peuvent fabriquer davantage de ruches, à un rythme qui leur convient et qui ménage leur environnement, gratuitement ou à peu de frais.

Une certaine attention doit être prêtée aux matériaux pour que les abeilles ne souffrent ni de la chaleur ni de la condensation. Si vous utilisez des matériaux naturels, ce problème ne devrait pas se poser.

La ruche à cadres mobiles est couramment utilisée en Afrique. Si les cadres sur lesquels les abeilles construisent leurs rayons sont exactement de la bonne largeur (3,2 cm) et comportent une bande de cire insérée dans une rainure creusée le long du centre de chaque cadre, les abeilles construiront généralement un rayon sur chaque cadre. Les rayons pourront alors être facilement inspectés et enlevés pendant la récolte.

2 Fournissez de l’eau 

Si les abeilles doivent aller très loin pour trouver de l’eau, elles perdent du temps et de l’énergie qu’elles pourraient consacrer à la collecte de nectar et de pollen. Si vous leur fournissez de l’eau dans un récipient, assurez-vous qu’elles puissent atterrir quelque part sans risque. Pour que les abeilles ne se noient pas, vous pouvez utiliser des bâtons qui flotteront à la surface ou des pierres que vous poserez dans le récipient, de façon à ce qu’elles dépassent de l’eau.

3 Inspection et récolte

Récoltez le miel le soir, à l’aide de fumée pour calmer les abeilles. Portez des vêtements protecteurs pour pouvoir travailler tranquillement et calmement. Une fois la ruche refermée, les abeilles ne devraient pas vous poser de problème. Elles ont ensuite toute la nuit pour se calmer et les gens sont chez eux, loin d’elles.

4 Vérifiez régulièrement les ruches

Une fois par semaine, assurez-vous qu’il n’y a pas de fourmis dans la ruche. Vous pouvez le faire sans l’ouvrir. Le fait de suspendre les ruches à l’aide de fils de fer graissés permet de tenir les fourmis à distance. 

5 Apprenez des apiculteurs locaux

Trouvez de bons apiculteurs locaux et apprenez d’eux. Le plus souvent, ils seront plus qu’heureux de vous aider.

Paul Latham a participé au lancement d’un projet d’apiculture en République Démocratique du Congo. Il s’est particulièrement intéressé aux arbres dont les abeilles dépendent pour le pollen et le nectar, et a rédigé des manuels sur les plantes mellifères en RDC et dans les Hautes Terres du Sud de la Tanzanie.



Ruche suspendue pour tenir à distance les fourmis et les blaireaux à miel. Paul Latham
Ruche suspendue pour tenir à distance les fourmis et les blaireaux à miel. Paul Latham
Obtenir des abeilles

La meilleure manière de se lancer dans l’apiculture est d’être aidé par un apiculteur local qui pourra fournir des conseils et transmettre une expérience qu’aucun manuel ne peut fournir.

Une bonne manière d’obtenir des abeilles est de transférer une colonie sauvage dans une ruche. La colonie sauvage possédera déjà plusieurs rayons qui peuvent être soigneusement fixés aux barres supérieures d’une ruche. Une autre manière de commencer est de placer une ruche qui aura préalablement été badigeonnée de cire d’abeille pour la parfumer agréablement, et attendre qu’un essaim de passage s’y installe : cela ne réussira que dans les endroits où les colonies d’abeilles sont nombreuses.

Extrait de Le rôle des abeilles dans le développement rural, par Nicola Bradbear. Voir la page des Ressources pour plus d’informations.