Interview : La terre est notre vie et notre avenir

Pas à Pas 105 - Droits fonciers

Pas à Pas 105 traite des droits fonciers : les raisons de leur importance et ce que nous pouvons faire pour les protéger.

Interview: LA TERRE EST NOTRE VIE ET NOTRE AVENIR

Bunsak Thongdi travaille auprès de tribus montagnardes dans le nord de la Thaïlande. Il dirige un projet holistique de développement, UHDP (Upland Holistic Development Project), qui porte sur les droits fonciers et la gestion des terres et des forêts communautaires.

Femmes et enfants de la tribu Palaung. Photo: UHDP
Femmes et enfants de la tribu Palaung. Photo : UHDP

À quel genre de problèmes les tribus montagnardes sont-elles confrontées ?

Les terres où vivent les tribus montagnardes sont considérées comme appartenant à l’État. Bien qu’elles y vivent depuis des générations, les communautés ne possèdent pas de titres fonciers. Le gouvernement veut créer un parc national dans cette zone, ce qui impliquerait de relocaliser les personnes qui y vivent. Mais pour les tribus montagnardes, il ne s’agit pas que d’une parcelle de terre : c’est leur vie et leur avenir.

Il y a un autre problème : des entrepreneurs ont développé les cultures commerciales dans cette zone, comme les mandarines, par exemple. Ces cultures n’étant pas indigènes, elles demandent beaucoup d’intrants chimiques, qui polluent l’eau. En outre, comme il leur faut un champ ouvert et dégagé, les entrepreneurs incitent les agriculteurs locaux à défricher la forêt. Le plus souvent, ces derniers ne font aucun bénéfice et finissent parfois même par perdre de l’argent.

Bunsak, à droite, forme les populations locales à la gestion communautaire des forêts. Photo : Aphi Amor/UHDP
Bunsak, à droite, forme les populations locales à la gestion communautaire des forêts. Photo : Aphi Amor/UHDP

Que fait votre organisation pour aider ?

Les habitants ne possédant pas de titres fonciers, leur seul recours consiste à demander un titre de propriété communautaire à l’État. Cela leur permettrait de détenir un document officiel stipulant qu’ils peuvent utiliser les terres. À l’heure actuelle, ce processus est encore en cours.

En attendant, nous dispensons une formation à la population locale sur la gestion des terres et des forêts communautaires. Nous aidons tout d’abord la communauté à élire un comité de gestion communautaire des forêts et des terres parmi ses membres. Chaque membre de comité est chargé d’un rôle précis, comme par exemple s’occuper des feux de forêt, ou des relations avec les fonctionnaires locaux. 

Nous apprenons au comité à réaliser une cartographie à l’aide de la technologie GPS (système mondial de géolocalisation). Puis d’autres organisations, comme l’université locale, réalisent la carte pour nous. La communauté utilise les cartes et d’autres documents pour déterminer la surface des terres dont elle s’occupe. Une fois la carte réalisée, la communauté convient de règles et règlements concernant la façon dont elle protégera et utilisera les terres et les ressources. Lorsqu’une personne extérieure veut s’emparer des terres, la communauté peut utiliser la carte pour l’aider à négocier. Bien que ce ne soit pas un document officiel, il est très utile.

Comment aidez-vous les gens à exploiter les terres au mieux ?

Nous promouvons de meilleures méthodes agricoles, comme l’utilisation de compost. Nous promouvons également la génération de revenus à partir de cultures moins difficiles à produire, comme le café et le thé.

De nombreuses personnes ont accès à de petites parcelles de terre à côté de leur maison. Nous les aidons à développer des jardins potagers, pour qu’elles puissent au moins produire de quoi nourrir leur famille. Si elles s’en sortent bien, elles peuvent même vendre une partie de leur production. Lorsque les communautés disposent d’un terrain de plus grande superficie, nous les aidons à développer l’agroforesterie. Cette approche consiste à planter différentes choses sur une même parcelle pour augmenter les rendements : arbres pour la construction, arbres fruitiers et autres cultures. 

Nous encourageons les communautés voisines à créer un réseau environnemental de manière à pouvoir apprendre les unes des autres, et ainsi mieux se faire entendre. L’UHDP fait également partie d’un réseau plus important d’ONG dans cette région. En travaillant ensemble, les habitants peuvent mieux protéger leurs ressources naturelles.

Qu’est-ce qui vous inspire le plus dans votre travail ?

C’est de voir les gens prendre conscience de leurs droits et de leurs responsabilités à l’égard des terres et du projet. Ainsi, lorsque nous quittons la communauté, elle peut poursuivre le travail. Aujourd’hui, un tiers des communautés forment les populations dans d’autres zones. Nous sommes très heureux de voir l’impact qu’elles ont aujourd’hui.


Bunsak Thongdi est directeur de l’UHDP et membre du programme Inspired Individuals de Tearfund. 

Site internet : www.uhdp.org
E-mail : kersertoo@gmail.com