Plaidoyer pour la fourniture des soins de santé 

Dr Kris Prenger

LAMB
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LAMB Integrated Rural Health and Development est une ONG chrétienne qui fournit des services médicaux aux communautés pauvres de la région rurale du Nord-Ouest du Bangladesh, depuis plus de 30 ans. LAMB assure des soins médicaux à domicile ainsi que dans les cliniques locales et un hôpital de 150 lits. Sa priorité est la santé des femmes et des enfants.

L’année 2008 marque le 30ième anniversaire de la Déclaration d’Alma-Ata sur les soins de santé primaires, dont l’objectif était la « Santé pour tous » avant l’année 2000. Le chemin est encore long à parcourir pour atteindre cet objectif

L’accès aux soins

Des recherches récentes menées par l’ONG ActionAid sur l’accès aux soins de santé au Bangladesh ont révélé l’existence de nombreux obstacles. Quatre-vingt sept pour cent des personnes sondées ont déclaré qu’elles étaient découragées d’avoir recours aux infrastructures médicales du gouvernement, en raison de l’attitude désagréable du personnel, de la mauvaise qualité des services et de la nécessité de donner des « pourboires » en plus du coût des soins. Dans les formations privées, les frais médicaux sont 20 fois plus élevés que dans les infrastructures d’État. Cet argent est en majorité utilisé pour les médicaments, bien que bon nombre de ces derniers ne soient pas indispensables. Les gens consultaient également des prestataires de soins parallèles comme les pharmaciens, les « médecins » de village et les herboristes.

Renforcer le pouvoir d’action des communautés

La Déclaration d’Alma-Ata accorde une priorité à la participation communautaire, mais dans la pratique, une plus grande attention a été accordée aux programmes gouvernementaux, comme la vaccination des enfants et les services de planning familial. Ces programmes conçus du « sommet vers la base » sont importants, mais au lieu de renforcer le pouvoir d’action des communautés, ils ont souvent tendance à créer une attitude de dépendance. Les ONG peuvent contribuer à empêcher cela à l’aide d’une approche basée sur les droits de la personne qui encourage les communautés locales à s’engager dans le plaidoyer, afin de tenir les prestataires de services responsables pour une fourniture de soins de qualité. Les activités communautaires de LAMB mettent l’accent sur la facilitation des groupes locaux, ainsi que la collaboration avec les autorités locales et gouvernementales, afin de garantir l’accès des communautés aux soins de santé.

Établir des relations

LAMB a la conviction que les meilleurs progrès en matière de provision de soins de santé sont obtenus lorsque les communautés, les responsables officiels et les professionnels de la santé travaillent ensemble. LAMB travaille à la fois avec les communautés locales et les responsables officiels, pour apporter son expertise et établir des relations entre les divers secteurs.

Dans de nombreuses communautés, les causes interdépendantes de mauvaise santé, comme la pauvreté, le manque d’éducation et l’injustice sociale, sont fréquentes. Elles doivent être traitées si l’on veut pouvoir restaurer la santé physique, sociale et émotionnelle des populations. Les communautés pauvres ont souvent l’impression qu’elles n’ont aucun pouvoir de changer les choses. Les ONG qui travaillent dans ces communautés peuvent aider à promouvoir la sensibilisation aux droits de la personne, tel que le droit aux soins de santé. Elles ont souvent une position d’influence et peuvent grâce à cela contribuer à établir de bonnes relations et combler le fossé entre les puissantes autorités locales et les communautés démunies.

Influences des communautés à la base

Au Bangladesh, des comités locaux de santé sont en train d’être créés avec le soutien du gouvernement, afin de disposer d’un forum lors duquel le problème de l’accessibilité aux soins de santé pourra être abordé. Les ONG peuvent aider à mettre en place ce genre de comités consultatifs et équiper les citoyens, de manière à ce qu’ils soient capables d’y participer, afin que les communautés locales puissent influencer les prestations de services. Des représentants locaux doivent être formés à communiquer de manière directe les préoccupations de la communauté aux dirigeants locaux et nationaux.

Dans les pays où le bénévolat n’est pas un concept répandu, il sera peut-être nécessaire d’envisager des mesures incitatives (non-financières) pour encourager les populations à agir. Les communautés doivent assumer la responsabilité de demander ce dont elles ont besoin, comme les soins de santé ou des latrines. À cet effet, le personnel des ONG doit penser à leur en laisser l’opportunité. Le gouvernement n’est pas responsable envers les ONG, mais envers les communautés.

L’implication des femmes

Dans le cadre de son action, LAMB met l’accent sur l’implication des femmes. Afin de combattre l’inégalité des sexes au sein des communautés, LAMB propose des formations sur les valeurs bibliques (Genèse 1 : L’homme et la femme ont été créés à l’image de Dieu) et se sert de mises en scènes pour sensibiliser les gens sur des thèmes tels que le mariage précoce, les demandes de dot, la violence conjugale et familiale, les avortements forcés, etc.

LAMB axe son travail sur la formation des femmes en tant que promotrices de santé et personnel paramédical, leur octroyant un rôle public essentiel en matière de soins de santé au sein du foyer et des cliniques.

L’activité des microcrédits accroît l’influence des femmes en raison de la contribution financière qu’elles apportent à la sécurité économique de leur famille. Dans les régions où travaille LAMB, des groupes de femmes financent une partie des frais de fonctionnement des cliniques communautaires et bénéficient, en retour, d’une réduction des frais de leurs soins.

Travailler avec le gouvernement

LAMB a travaillé au développement des capacités du gouvernement local à fournir des services de santé. Cette coopération est importante, mais elle peut aussi être difficile. Les problèmes de communication entre les ONG et les autorités locales sont fréquents lors des changements de personnel. Les limitations en termes de financement des gouvernements et les contraintes administratives peuvent poser problème. La méfiance des gouvernements vis-à-vis des ONG et le désir de garder le contrôle peuvent aussi constituer des défis. La patience s’avère nécessaire des deux côtés pour ce qui est de la négociation de contrats et la production de résultats. Sur le plan local, les membres des communautés sont souvent les meilleurs avocats pour convaincre les responsables officiels de financer les services, mêmes si ceux-ci sont fournis par les ONG.

Établir des relations sur le plan local est vital lorsque l’on vise une influence nationale. LAMB présente des rapports mensuels de ses activités de programmes locaux, lors de rencontres avec les responsables officiels locaux. Il est nécessaire de veiller à maintenir un équilibre si l’on veut conserver le soutien du gouvernement, tout en présentant la vérité là où il existe des défaillances en matière de prestation de services.

Un partenariat est nécessaire à la fois avec les communautés et le gouvernement pour promouvoir un système de santé durable.

Le développement de communautés plus fortes contribuera à faire avancer le monde vers l’accomplissement de l’objectif de 30 ans d’âge de « Santé pour tous ».

Le Dr Kris Prenger est le conseiller en développement et santé communautaires de LAMB.

LAMB Integrated Rural Health and Development,  Rajabashor,  Parbatipur,  Dinajpur Dt. 5250,  Bangladesh.

Email : krisp@lambproject.org 


Travailler ensemble : un exercice

Lors d’une récente session de formation, l’activité qui suit a été employée pour démontrer l’importance des relations. Les participants ont tous pris quelques bandes de papier coloré, certaines larges, d’autres plus étroites. Sur les bandes les plus larges, ils devaient noter des positions d’autorité et d’influence locales, telles que président du conseil, propriétaire foncier ou responsable du gouvernement. Sur les bandes plus étroites, ils ont noté les personnes ayant une position sociale inférieure dans la communauté, comme le paysan, le mendiant, la veuve, l’enfant. Les bandes ont ensuite été attachées ensemble, chacune formant une boucle d’une longue chaîne de papier, les bandes larges et étroites mélangées.

Il a ensuite été demandé aux participants :

  • Où la chaîne est-elle la plus solide ?
  • Où est-elle plus fragile ?

Là où deux bandes étroites étaient jointes, la chaîne était plus facile à déchirer. Là où deux bandes plus larges étaient jointes, la chaîne était plus difficile à déchirer. Puis il a été demandé aux participants comment ils pouvaient faire en sorte que la chaîne entière soit le plus solide possible. La réponse fut que chaque chaînon devait avoir la même largeur.

Cette chaîne représente la communauté locale. Les chaînons correspondent aux relations entre les personnes de différents statuts. Si toutes les bandes étaient larges, alors la chaîne serait plus solide. Ainsi, si les personnes au statut inférieur bénéficiaient d’un renforcement de leur pouvoir d’action et de la possibilité de s’impliquer, cela renforcerait l’ensemble de la communauté.