Mieux apprendre pour un meilleur plaidoyer

Le personnel d’une ONG interviewe des jeunes au sujet de leurs connaissances sur le VIH / sida en Chine du Sud. Photo: Bless China International
Le personnel d’une ONG interviewe des jeunes au sujet de leurs connaissances sur le VIH / sida en Chine du Sud. Photo: Bless China International

Joanna Watson

Le plaidoyer consiste à influencer les décisions, les politiques et les pratiques des décideurs influents, généralement au sein du gouvernement. Il vise à s’attaquer aux causes sous-jacentes de la pauvreté, apporter la justice et soutenir un bon développement. Acquérir des connaissances sur un thème de plaidoyer (p. ex. accès aux soins de santé ou le droit de faire paître du bétail sur des terres communes) est important car tout travail de plaidoyer doit être basé sur des informations exactes, provenant d’une source à laquelle les personnes au pouvoir peuvent également avoir accès.

Un projet de plaidoyer compte de nombreuses étapes. Il faut commencer par identifier le problème le plus approprié à traiter par le plaidoyer, faire des recherches et l’analyser. Puis vous devez élaborer et mettre en œuvre un plan d’action de plaidoyer. Vous pouvez ensuite effectuer un suivi des progrès réalisés et évaluer l’impact de vos efforts.

Généralement, la réussite ou l’échec d’une initiative de plaidoyer dépend des recherches et des analyses que vous aurez entreprises avant d’aborder les décideurs.

On peut comparer cela à la construction d’une maison : vous devez établir des fondations solides pour qu’elle tienne debout ! Il est donc important de vous poser les questions suivantes :

  • Avons-nous identifié le problème le plus pertinent pour entreprendre un plaidoyer ?
  • Avons-nous fait suffisamment de recherches et d’analyses ?
  • En avons-nous appris le plus possible à ce sujet avant d’agir ?

Recherches et analyses

Bien souvent, les connaissances sur le sujet en question ne peuvent être uniquement acquises par le biais de recherches. Cela implique une collecte ciblée d’informations et de données, ainsi que leur analyse, qui consiste à réfléchir à ce que ces informations et ces données impliquent pour votre travail. Ce que vous apprendrez ainsi vous aidera à élaborer un plan d’action.

Il est bon de commencer par réunir des informations quantitatives (c.-à-d. faits, chiffres et données) et qualitatives (c.-à-d. histoires et propos des personnes concernées par la question). Les recherches peuvent se faire auprès de sources primaires ou secondaires :

  • Les sources primaires sont des sources originales. Vous obtenez des informations directement des personnes impliquées ou touchées par le problème. Cela peut se faire par le moyen d’entretiens, de sondages ou de conversations informelles.
  • Les sources secondaires sont des sources fiables ayant déjà recueilli des informations sur le sujet. On appelle souvent les recherches faites d’après ces sources des « recherches documentaires », car elles peuvent être faites à partir de sites Internet, de livres, de rapports ou de séries statistiques. Ces sources peuvent être trouvées sur Internet, dans les journaux, mais aussi dans les bibliothèques, auprès des universités, des ministères du gouvernement, des ONG ou des instituts de recherche.

L’analyse implique de se poser des questions au sujet des informations recueillies et d’identifier des schémas et des thèmes qui peuvent facilement être communiqués à d’autres personnes.

Questions de recherche

Pour vous aider dans vos recherches, voici quelques questions à vous poser :

  • Conséquences : Quel genre de conséquences ce problème a-t-il sur les communautés pauvres et vulnérables ?
  • Contexte : Comment ce problème est-il perçu là où nous travaillons ? Quelle est la situation de l’ensemble du pays, du point de vue social, culturel, économique, religieux et environnemental ?
  • Causes : Quelles sont les causes de ce problème ? Quels en sont les facteurs aggravants ?
  • Rôle du gouvernement : Quel est le rôle du gouvernement à ce sujet ? Quelles sont les lois, politiques et pratiques existantes dans ce domaine ? Quelles informations budgétaires sont disponibles à ce sujet ? Quels sont les plans d’action officiels, les stratégies formelles, les déclarations d’intention ou les projets de proposition existants ?
  • Cibles : Qui détient le pouvoir et l’autorité d’induire des changements ? Ces personnes peuvent-elles réellement intervenir dans ce domaine ? Admettent-elles que ces changements dépendent en partie d’elles ? Comment peut-on entrer en contact avec elles ? Sont-elles ouvertes à la discussion ?
  • Solutions : Qu’est-ce qui, selon nous, doit être fait pour résoudre le problème ? Qu’allons-nous proposer ? Nos propositions sont-elles réalistes ? Que dirons-nous si les gens ne sont pas d’accord avec nous ? Avons-nous une vision claire des changements à entreprendre et un plan clair de la manière dont ils doivent se produire ?
  • Faire participer les autres : Qui d’autre s’intéresse au problème ? Si ces gens sont favorables à ce que nous demandons, comment pouvons-nous en faire des alliés et travailler avec eux ? S’ils sont indécis, comment pourrions-nous les persuader de nous aider ? S’ils s’opposent à ce que nous demandons, comment pourrions-nous répondre à leurs objections ?
  • Ressources : Quelles ressources pourraient être disponibles (p. ex. argent, équipement, bénévoles, locaux, etc.) pour nous aider à mener notre plaidoyer ?

Joanna Watson est Conseillère en plaidoyer à Tearfund.

Arbre à problèmes 

L’arbre à problèmes est un outil de cartographie visuel populaire et très efficace. Il peut être utile pour analyser une situation principale et toutes les problématiques liées, y compris les causes des problèmes, les facteurs aggravants, ainsi que les conséquences des problèmes et leurs impacts sur les communautés pauvres et vulnérables. Tout cela pourra ensuite être développé dans un « arbre des solutions », un outil précieux permettant d’identifier ce qui doit être fait et proposé pour résoudre un problème. 

Arbre à problèmes - grand

Étude de cas au Népal

Le Népal dispose d’une loi nationale de planification à caractère inclusif, permettant aux communautés locales de contribuer aux plans et aux budgets locaux et du district.

Bien que le gouvernement central puisse continuer à établir ses propres priorités, cette loi comporte un mécanisme permettant aux communautés locales de faire valoir leurs priorités et de faire entendre officiellement leurs préoccupations. Hélas, les autorités se sont peu engagées à faire valoir cette loi. De nombreuses communautés n’en sont même pas informées et les décisions sont souvent prises par un petit groupe autoproclamé d’hommes politiques influents.

Un partenaire de Tearfund, United Mission to Nepal (UMN), a eu connaissance de cette loi et s’est rendu compte de son utilité pour le travail qu’il effectuait auprès des communautés locales sur les questions liées à la bonne gouvernance. Les membres de l’équipe ont donc effectué des recherches sur cette loi, via Internet, en contactant les ministères du gouvernement et en demandant à d’autres agences ce qu’elles savaient à ce sujet. Tout cela les a aidés à comprendre pourquoi l’application de cette loi était faible et leur a permis de réfléchir à des manières d’en favoriser la mise en œuvre.

Ils ont également décidé de sensibiliser la communauté à cette loi, dans le but de faciliter sa contribution au processus de planification local et d’améliorer la transparence et la redevabilité des autorités locales. Cela s’est fait par le biais de réunions communautaires avec les membres et les dirigeants de la communauté, des représentants des partis politiques et les médias, ainsi que par le biais d’ateliers de formation.

Ayant pris connaissance de leur droit à participer à la planification locale, les communautés ont été accompagnées pour élaborer des propositions reflétant leurs besoins et leurs priorités, et pour les présenter de manière conforme à la loi. Ces réunions participatives ont permis de s’assurer que toutes les voix soient entendues et que les propositions choisies représentaient pleinement les préoccupations de la communauté. Elles ont aussi incité les membres de la communauté, fraîchement habilités, à poursuivre le processus eux-mêmes une fois cet accompagnement terminé.