Qu’est-ce qui fonctionne le mieux ? Différentes approches pour changer les comportements en matière d’hygiène

Par Emma Feeny

Comme pour beaucoup de choses, il n’existe pas de solution unique en ce qui concerne les approches visant à changer les comportements en matière d’hygiène. Il est peu probable qu’une méthode qui fonctionne dans un certain contexte donne les mêmes résultats ailleurs.

Les chansons et les sketchs sont des moyens populaires pour faire passer des messages d’hygiène et d’assainissement, comme dans cette école de la RDC. Photo: Eleanor Farmer/Oxfam
Les chansons et les sketchs sont des moyens populaires pour faire passer des messages d’hygiène et d’assainissement, comme dans cette école de la RDC. Photo : Eleanor Farmer/Oxfam

Le consortium SWIFT est dirigé par Oxfam. Il compte Tearfund et l’Overseas Development Institute (ODI) parmi ses partenaires internationaux, Water and Sanitation for the Urban Poor en tant qu’associé international, ainsi que de nombreux partenaires d’exécution au Kenya et en République démocratique du Congo (RDC). SWIFT réunit des organisations de tout type et de toute taille pour encourager un changement de comportement en matière d’hygiène au Kenya et en République démocratique du Congo.

L’avantage de l’appartenance à un consortium est que ses membres peuvent mettre en commun leur expertise et leurs expériences au sujet de ce qui a fonctionné ou non dans le passé. Et le fait d’intégrer les autorités locales, les groupes de la société civile et d’autres acteurs favorise la durabilité des activités, car elles sont basées sur des objectifs communs. Ce processus de collaboration peut renforcer la confiance mutuelle. 

Apprendre de l’expérience

Entre 2007 et 2012, un des membres de SWIFT a livré un programme Eau, Assainissement et Hygiène réussi (une série de projets sur l’EAH) dans sept États fragiles, y compris en RDC. Le programme était axé sur le renforcement des capacités, au moyen de la promotion de l’hygiène dans les communautés, de la mise en place de clubs de santé dans les écoles, de la formation de bénévoles communautaires et de la réalisation de nombreuses émissions radio. À la fin du projet, les cibles avaient été atteintes, voire dépassées. SWIFT a tiré des leçons de cette réussite et planifié ses propres activités en conséquence.

Changer les comportements en matière d’hygiène en RDC

Dans le passé, lorsque les communautés de RDC recevaient du matériel comme des dalles pour latrines, sans aucune éducation sanitaire pour en expliquer l’utilité, les dalles étaient laissées à l’abandon et bientôt envahies par la végétation, car les villageois ne comprenaient pas l’importance d’utiliser des latrines. Il fallait adopter une nouvelle approche.

Dans les zones rurales des provinces du Maniema, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, SWIFT s’emploie à inciter un changement de comportement par le biais du programme Villages et Écoles Assainis, qui est soutenu par l’UNICEF et le ministère de la Santé publique. Le programme Villages et Écoles Assainis repose sur l’approche d’Assainissement total piloté par la communauté (ATPC, voir page 10), qui vise à mettre un terme à la défécation à l’air libre. L’ATPC a été piloté avec beaucoup de succès par Tearfund dans six villages de la province du Maniema en 2010. L’approche Villages et Écoles Assainis est menée par la communauté, avec l’appui d’un facilitateur formé par un des membres de SWIFT. Elle est basée sur un processus de mobilisation du village par étapes.

Dans un premier temps, le village crée un comité de gestion pour effectuer un sondage sur les pratiques liées à l’eau, l’hygiène et l’assainissement. Il élabore alors un plan d’action en consultation avec la communauté, l’équipe de santé publique du gouvernement et le partenaire d’exécution du consortium SWIFT. Le partenaire fournit un appui en mettant le plan en œuvre, notamment en formant des mobilisateurs communautaires en promotion de l’hygiène et autres questions de santé, en fournissant des supports d’information, d’éducation et de communication, et en formant des Comités de gestion et de maintenance d’eau potable, qui sont chargés de percevoir une redevance pour les frais d’entretien (réparations simples, pose de clôtures autour des points d’eau, coût de la main-d’œuvre pour nettoyer les citernes, remplacement des robinets, remplacement des conduites en PVC, le cas échéant).

Le village dispose de six mois à un an pour améliorer ses toilettes, creuser des fosses à ordures, veiller à la protection de ses points d’eau et organiser un nombre suffisant de sessions sur l’hygiène pour aider les membres de la communauté à acquérir l’habitude de se laver les mains. Après cela, le comité de gestion effectue un autre sondage pour évaluer si les objectifs de Villages et Écoles Assainis ont été atteints. Ces objectifs comprennent une amélioration significative de l’utilisation de latrines hygiéniques et au moins 60 pour cent de la communauté qui se lave les mains avant de manger et après avoir été aux toilettes.

Clubs de santé communautaires 

Dans les zones rurales, SWIFT pilote des Clubs de santé communautaires avec l’appui d’Africa Ahead. L’adhésion est facultative, gratuite et ouverte à tout le monde. Chaque club compte entre 50 et 100 membres. Les Clubs de santé communautaires facilitent la discussion, afin que le groupe parvienne à prendre des décisions ensemble.

Les membres participent à des sessions de formation hebdomadaires de deux heures, où sont abordés divers sujets liés à la promotion de la santé et de l’hygiène, tels que le stockage hygiénique de l’eau potable ou la fabrication de savon pour en garantir la disponibilité. Chaque semaine, ils ont des tâches pratiques à accomplir, comme par exemple creuser une fosse à ordures, ou fabriquer un égouttoir pour ne pas laisser la vaisselle sécher au sol. Ces tâches sont supervisées, notamment par des visites à domicile, et les membres reçoivent un tampon d’authentification et des certificats pour leur participation aux sessions et la réalisation des tâches.

Éducation à l’hygiène pour les enfants kenyans

Dans les zones rurales des comtés de Turkana, Marsabit et Wajir, SWIFT utilise l’approche de l’ATPC en plus des Clubs de santé scolaires dans le cadre d’un programme de promotion de l’hygiène destiné aux enfants.

Ce programme emploie la méthode CHAST (Children’s Hygiene and Sanitation Training), approuvée par le ministère de la Santé du Kenya. Cette approche prévoit des sessions interactives d’apprentissage avec les enfants par le biais de spectacles de marionnettes, de jeux de rôles et autres, de poésies, de chansons et d’autres méthodes de communication innovantes des messages d’hygiène, tels que l’importance de se laver les mains avec du savon.

Des méthodes semblables sont utilisées en milieu urbain. Lorsque Sanergy, partenaire d’exécution de SWIFT, installe des latrines « Fresh Life » dans une école située dans l’un des établissements informels de Nairobi, il propose une journée « ludo-éducative », c.-à-d. un mélange d’éducation et de divertissement (voir encadré). Les toilettes, qui sont faciles à entretenir et accompagnées de dispositifs de lavage des mains, sont achetées par les écoles pour les mettre à disposition des enfants. Les déchets sont régulièrement collectés par Sanergy et transformés en engrais organique et en énergie renouvelable.

Campagnes médiatiques

Au Kenya, dans les établissements informels de Nairobi, BBC Media Action travaille avec les stations radiophoniques locales pour concevoir des annonces de service public basées sur la solide culture populaire existante dans ces bidonvilles. Cette approche innovante utilise l’humour, la musique et le théâtre pour inciter les gens à réfléchir aux questions liées aux comportements en matière d’hygiène et d’assainissement, à en discuter et à agir dans ce domaine.

Dans les comtés ruraux du nord, BBC Media Action soutient les stations radiophoniques locales pour concevoir des programmes radiophoniques EAH remarquables et adaptés au contexte local, par le biais de formations participatives sur le terrain. Les idées émises sont mises à l’essai auprès de plusieurs groupes pour voir si elles seront appréciées du public cible. De vastes zones ayant un accès limité à la diffusion radiophonique dans le nord du Kenya, le contenu médiatique produit par les stations radiophoniques partenaires sera adapté sous forme de supports d’information à l’intention du personnel de terrain, afin de mieux diffuser les informations sur l’hygiène.

Qu’apprendrons-nous ?

Le consortium SWIFT est financé par une aide britannique dans le cadre d’un contrat de « paiement aux résultats ». SWIFT n’a pas reçu de subvention. Les fonds sont décaissés lorsque les résultats ont été vérifiés par une organisation indépendante. Par ailleurs, les résultats doivent être durables. Ainsi, non seulement le programme doit prouver qu’il a atteint un certain nombre de personnes par le biais des messages de sensibilisation à l’hygiène d’ici à la fin 2015, mais en 2018, il devra démontrer qu’un nombre sensiblement plus élevé de personnes ont adopté des comportements hygiéniques tels que le lavage des mains avec du savon.

Cette surveillance constante est un défi pour le programme, mais elle sera très utile pour déterminer les approches qui ont le mieux fonctionné en fonction des contextes. Les Clubs de santé communautaires auront-ils plus d’impact que l’approche Villages et Écoles Assainis en RDC, par exemple ? Les campagnes médiatiques qui s’appuient sur la culture populaire verront-elles des changements durables se produire dans les bidonvilles de Nairobi ? Et l’approche « ludo-éducative » sera-t-elle une manière efficace d’encourager de meilleures pratiques d’hygiène chez les enfants ? D’ici à 2018, nous aurons davantage de leçons à partager au sujet des approches susceptibles de mieux fonctionner à l’avenir dans certains contextes.

Emma Feeny est agent de soutien en apprentissage et communication pour le consortium SWIFT. Pour plus d’informations, allez sur www.oxfam.org.uk/swift

Si vous souhaitez suivre l’avancement du programme SWIFT, inscrivez-vous pour recevoir nos bulletins de nouvelles en écrivant à efeeny@oxfam.org.uk.


'Coupe du monde des toilettes' Photo: Francesco Rigamonti/Oxfam
Photo : Francesco Rigamonti/Oxfam

Coupe du monde des toilettes

Pour marquer la Journée mondiale des toilettes au mois de novembre, Sanergy, partenaire de SWIFT, en collaboration avec l’organisation à finalité sociale WASH United, a organisé diverses activités pour enfants à Mukuru, un établissement informel à l’est de Nairobi au Kenya. Les enfants ont participé à un jeu de société géant, où ils devaient lancer un dé et faire semblant de se laver les mains aux bons moments, dans le but d’élire le champion du lavage des mains. Ils ont également participé à une « coupe du monde des toilettes » inspirée du football (photo ci-après) : ils devaient envoyer un ballon marron dans des latrines (devise : « every poo needs a loo » [« à chaque caca son popot »]).  


Le consortium SWIFT vise à fournir un assainissement et un approvisionnement en eau sûrs et durables, et à améliorer les pratiques en matière d’hygiène en RDC et au Kenya. Il est financé par une aide du Royaume-Uni provenant des citoyens britanniques.

The SWIFT Consortium aims to provide safe, sustainable water and sanitation, and improve hygiene practices in DRC and Kenya. It is funded with UK aid from the British people.

Emma Feeny