Oser parler publiquement du VIH

Melissa Lawson et Shannon Thomson

Nous avons beaucoup progressé en matière de plaidoyer sur le VIH depuis les tout premiers cas de sida au début des années 80. Des campagnes à l’échelle communautaire, nationale et internationale ont contribué à transformer les traitements, la prévention, la prise en charge et le soutien en matière de VIH.

La Treatment Action Campaign, menée en Afrique di Sud, a rendu les traitements VIH bien plus abordables. Photo : Avec l'autorisation de Treatment Action Campaign
La Treatment Action Campaign, menée en Afrique di Sud, a rendu les traitements VIH bien plus abordables. Photo : Avec l'autorisation de Treatment Action Campaign

Nous avons remporté plusieurs victoires de taille (comme celles en Afrique du Sud, voir ci-après), mais le combat n’est pas terminé. Les accords internationaux et nationaux ne se traduisent pas toujours par de réels changements dans les communautés, surtout dans les zones rurales et isolées. Les personnes vivant avec le VIH sont toujours confrontées à d’énormes difficultés, notamment en ce qui concerne l’accès aux services et aux traitements dont elles ont besoin pour vivre en meilleure santé.

De nombreuses personnes vivant avec le VIH sont toujours confrontées :

  • au manque de médicaments dont elles peuvent avoir besoin en plus de leur TAR (p. ex. antibiotiques pour lutter contre les infections)
  • à la stigmatisation et la discrimination de la part des agents de santé
  • au manque de kits de dépistage du VIH dans leur communauté.

Que peut-on faire ?

Il est indispensable de mener un plaidoyer au niveau local pour influencer les décisions des pouvoirs publics en matière de riposte au VIH et pour s’assurer que les communautés ont accès aux services dont elles ont besoin. Ce travail de plaidoyer peut se faire au niveau de la communauté, du district, des provinces ou à l’échelle nationale. Voici quelques conseils pour entreprendre des actions de plaidoyer en vue d’obtenir de meilleurs services VIH dans votre communauté :

1. Renseignez-vous sur les droits de votre communauté

La première étape est de comprendre à quels services VIH vous avez droit dans votre pays. La plupart des pays touchés par le VIH disposent d’une autorité nationale de lutte contre le sida, chargée de produire des plans et des politiques de riposte au VIH qui définissent la façon dont les questions liées au VIH doivent être gérées. Ces documents peuvent être obtenus via le site internet de votre autorité nationale de lutte contre le sida, ou par des représentants de votre district, province ou État. Si vous avez des difficultés à comprendre ces informations, demandez conseil aux Églises, aux organisations non gouvernementales (ONG) ou aux fonctionnaires de votre district ou province.

2. Vérifiez si votre communauté bénéficie des services qui vous ont été promis

Une fois que vous savez à quoi vous avez droit, vous pouvez vérifier si votre communauté bénéficie de tous les services qui devraient être en place. En discutant avec les personnes vivant avec le VIH dans la communauté, vous comprendrez ce qui se passe dans vos centres de santé locaux. Les gens subissent-ils une discrimination à cause de leur statut sérologique ? Les médicaments dont ils ont besoin sont-ils disponibles quand ils en ont besoin ? Y a-t-il des kits de dépistage dans le centre de santé pour les personnes qui veulent se faire dépister pour le VIH ?

3. Identifiez ce qui doit changer

Une fois que vous savez à quels services vous avez droit et que vous avez examiné la réalité au niveau communautaire, vous pouvez identifier ce qui doit changer. Existe-t-il une politique qui devrait être appliquée ? Par exemple, votre centre de santé local fait-il l’impasse sur un service qu’il est légalement tenu de fournir ? Ou bien est-ce qu’une certaine politique doit être modifiée ?

4. Mener un plaidoyer auprès des fonctionnaires locaux

Après avoir décidé de ce qui doit changer, vous devez identifier qui a le pouvoir de mettre en œuvre ce changement. La première personne à contacter au niveau local sera généralement un représentant de la collectivité locale. Dans certains endroits, il s’agit du comité villageois de développement. Dans d’autres, il peut y avoir des représentants chargés des questions de santé, comme un comité de santé du village. Exposez-leur vos préoccupations : expliquez-leur ce que vous savez de l’engagement du gouvernement en matière de services VIH et des lacunes que vous avez constatées dans votre communauté, et proposez-leur des solutions. Cherchez des solutions ensemble.

5. Portez le problème à l’échelon supérieur

Si les autorités locales ne réagissent pas, vous pouvez porter la question à l’échelon supérieur. Il existe peut-être une équipe de gestion sanitaire de district ou une équipe de représentants qui travaillent sur les questions sanitaires à un niveau supérieur à celui du comité villageois de développement. Il se peut même qu’il existe des comités chargés de certains aspects spécifiques de la riposte au VIH. Trouvez ces représentants et exposez-leur vos préoccupations. Formulez clairement vos demandes et vos attentes à leur égard.

Illustration : Petra Röhr-Rouendaal, Where there is no artist (deuxième édition)
Illustration : Petra Röhr-Rouendaal, Where there is no artist (deuxième édition)

6. Associez-vous à d’autres

Travailler en collaboration avec d’autres (p. ex. d’autres communautés, des ONG ou des groupes communautaires) pourrait vous aider à faire pression sur les décideurs afin d’induire les changements souhaités. Réfléchissez aux personnes avec qui vous pourriez vous associer pour mener un plaidoyer pour le changement. 

Si vous constatez certaines choses dans votre communauté qui ne vous semblent pas justes, comme par exemple le manque de médicaments, le manque de kits de dépistage ou la discrimination à l’égard des personnes en fonction de leur statut sérologique, faites-le savoir ! Ensemble, nous pouvons veiller à ce que toutes les personnes vivant avec le VIH aient accès à des soins de santé de qualité, au soutien et aux traitements vitaux dont ils ont besoin, ainsi qu’au respect de leur dignité.

Melissa Lawson est responsable des politiques de Tearfund pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe. Shannon Thomson est responsable de projets pour l’unité VIH de Tearfund.

Pour plus d’informations et d’idées, allez sur www.tearfund.org/whyadvocate et téléchargez le livret de Tearfund Pourquoi un plaidoyer sur le VIH ? Il est disponible en anglais, français, espagnol et portugais.


ÉTUDE DE CAS Treatment Action Campaign, Afrique du Sud

En 1998, la Treatment Action Campaign (TAC, campagne pour l’obtention de traitements) a été lancée en Afrique du Sud. À l’époque, les dirigeants politiques sud-africains niaient la réalité du VIH et du sida et ont fait plusieurs déclarations trompeuses et inexactes au sujet du virus. Il était difficile d’accéder aux traitements, qui étaient incroyablement chers, même pour les personnes vivant dans des pays plus développés. L’initiative TAC, menée par des personnes vivant avec ou affectées par le VIH, a été lancée en réaction à cette situation.

En 2002, TAC a lancé une campagne pour l’obtention de traitements abordables, en faisant pression sur les sociétés pharmaceutiques pour qu’elles autorisent la mise sur le marché de médicaments génériques (sans marque) moins chers. En 2003, TAC a gagné et cette victoire a transformé la riposte au VIH. Dans un premier temps, les traitements ont été rendus plus accessibles pour les personnes à faible revenu, puis ils sont devenus totalement gratuits grâce à des partenariats entre gouvernement et donateurs. Non seulement la campagne TAC a influencé l’Afrique du Sud et l’accès aux traitements dans ce pays, mais elle a eu une répercussion mondiale.


ÉTUDE DE CAS Plaidoyer pour l’alimentation au Mozambique

Au Mozambique, de nombreuses personnes vivent dans la pauvreté et n’ont pas de source d’alimentation fiable. Les catastrophes naturelles, comme les inondations, aggravent le problème. Le manque de sécurité alimentaire touche particulièrement les personnes vivant avec le VIH.

Ce problème préoccupait Rede Cristã, un réseau d’ONG et d’Églises chrétiennes au Mozambique. Pendant plusieurs années, les membres de Rede Cristã ont noué des relations avec les fonctionnaires de tous les ministères du gouvernement du Mozambique concernés par le VIH. Ensemble, ils ont contribué à élaborer un projet de loi définissant le droit des personnes vivant avec le VIH à un approvisionnement alimentaire et à des niveaux de nutrition adéquats.

Une fois la loi votée, Rede Cristã a étroitement travaillé avec les membres de l’Église pour veiller à ce qu’elle soit mise en pratique. Pour cela :

  • Ils se sont assurés que les personnes séropositives aient connaissance de cette loi.
  • Ils ont encouragé les Églises locales à prendre davantage de responsabilités en matière de prise en charge des personnes touchées par le VIH.
  • Ils ont encouragé l’établissement de bonnes relations entre les fonctionnaires locaux et les membres des Églises et des communautés touchées par le VIH.

Adapté de la deuxième édition du Guide du plaidoyer de Tearfund (ROOTS 1 et 2), par Joanna Watson.

Vous pouvez télécharger gratuitement le Guide du plaidoyer www.tearfund.org/advocacy_toolkit/francais. Vous pouvez également en commander un exemplaire imprimé (pour £20) en suivant les instructions figurant au bas de la section Ressources, page 14.