Les plantes sauvages comestibles et les légumes à feuilles

par Dr Angelika Dietz.

Les plantes sauvages comestibles et les légumes à feuilles jouent un rôle important, particulièrement dans l’alimentation de la population rurale.  Ceci peut facilement être négligé par les personnels qui travaillent pour la communauté.  Le rôle des plantes sauvages comestibles dans l’alimentation est décrit ici pour la communauté d’agriculture de subsistance de Magar, qui vit dans une région isolée de Népal du moyen occident.

La nourriture de base de ce groupe était le maïs.  Ils mangeaient aussi du riz, du millet et des légumes secs.  La viande (essentiellement le porc) n’était consommée que lors de quelques occasions festives de l’année.  Le lait et les produits laitiers étaient rares, et on les réservait aux enfants quand on en avait.  La majorité des œufs étaient couvés.  La chair des poulets était réservée aux invités et aux cérémonies religieuses.  On faisait traditionnellement pousser les légumes dans les champs autour du village.  Les potirons et leurs feuilles, les feuilles de colza, les radis et leurs feuilles, les pommes de terre et le taro (sorte de patate douce) ainsi que les gourdes (le louffa par exemple) étaient les légumes principalement consommés.

En moyenne ces populations avaient suffisamment à manger pendant huit à neuf mois de l’année avec ce qu’elles cultivaient, mais pendant la saison sèche de février à juin, beaucoup devaient acheter les aliments de base.  Cette période difficile pour se nourrir était aussi celle où l’on devait travailler très dur à la culture de la terre.  L’argent pour acheter la nourriture provenait de la vente des chèvres, des épices, des fruits et des objets artisanaux.

Les gens qui n’avaient pas les fonds nécessaires pour acheter de quoi nourrir leurs familles devaient creuser dans les forêts pour trouver des racines contenant de l’amidon.  Mais la majorité des familles cueillaient aussi dans les forêts des feuilles et des fleurs pour améliorer leur alimentation basée sur les féculents.  Bien que cela se passait durant la saison chaude et sèche avant la mousson, de nombreuses plantes sauvages faisaient de nouvelles pousses et produisaient de nouvelles fleurs à ce moment-là.

Dans une étude détaillée menée par l’auteur, au moins 24 plantes sauvages différentes ont été identifiées comme ramassées et mangées par les villageois.  Non seulement ces fruits et légumes amélioraient la saveur de la nourriture mais aussi ils lui apportaient des éléments nutritifs vitaux.

Presque toutes les feuilles vertes sont une bonne source de protéines, de vitamines et de minéraux, mais les feuilles vert sombre ont généralement une plus grande valeur nutritive que les feuilles vert clair.  Par exemple, l’amaranthe vert foncé, qui pousse à l’état sauvage dans de nombreuses parties du monde, est plus nourrissante que le chou européen vert clair.  La valeur en protéines des feuilles peut être relativement élevée – environ équivalente à celle des graines – si on la calcule sur une base de matière sèche.  Les problèmes dus à une carence en vitamines étaient peu communs dans la communauté de Magar, à cause du contenu élevé en vitamines A et B des feuilles sauvages comestibles.

Une portion moyenne de 100 g de feuilles fournit suffisamment de fer à un enfant quotidiennement, et contribue considérablement à la quantité recommandée pour un adulte.  Des feuilles vertes de très bonne valeur nutritive sont montrées plus haut.

D’habitude, des méthodes spéciales de préparation et de cuisson de légumes locaux se sont développées à travers l’expérience et les générations afin de les rendre comestibles.  La majorité des feuilles vertes n’ont besoin que d’un court temps de cuisson, soit dans une faible quantité d’eau salée, soit sautées à feu vif.

Des feuilles comme celles du taro ou du manioc sont très amères et peuvent causer des sensations de piqûres ou de brûlures dans la bouche.  On doit les préparer d’une certaine façon pour éviter cela :

1 Lavez les feuilles et placez-les dans une casserole.  Couvrez-les d’eau.

2 Portez à ébullition et laissez bouillir découvert 5 à 10 minutes.

3 Égouttez et jetez l’eau.

4 Rajoutez maintenant de l’eau fraîche jusqu’à ce que les feuilles soient recouvertes, ajoutez un peu de sel et les épices désirées, mettez le couvercle et laissez cuire jusqu’à ce que les feuilles soient tendres (15 à 20 minutes).

Les Magar utilisent une méthode similaire pour les feuilles de taro – les feuilles ne sont pas coupées en morceaux mais roulées avec les deux extrémités attachées ensemble.  Puis on les cuit bien dans l’eau, sans les remuer.

On devrait faire pousser des légumes à feuilles vert foncé dans tous les jardins familiaux.  Les plantes sauvages comestibles jouent un rôle important dans l’alimentation de nombreuses communautés des pays en voie de développement et on devrait en encourager l’utilisation.  Mais on devrait aussi être conscient du fait que celles-ci ne peuvent bien pousser que si l’on sauvegarde leur environnement – la forêt !

Ces feuilles vous veulent du bien !

Amaranthe (épinard tropical)

Les gens qui ont des besoins spéciaux…

devraient manger les quantités de feuilles vertes cuites, comme indiqué ci-dessous, chaque jour :

Enfants, 4-6 mois à 2 ans 1-2 cuillers à soupe
(les feuilles molles sans queues sont les mieux)

Enfants, 2-5 ans  ¼ tasse

Enfants d’âge scolaire  ½ tasse

Femmes enceintes  ½ tasse

Femmes qui allaitent  ½ tasse

Par exemple : deux feuilles de manioc, contenant une quantité quotidienne suffisante de provitamine-A pour un enfant, se réduira à la cuisson à exactement une cuillerée à soupe.

 Les feuilles de manioc

 Les feuilles de citrouille (ou potiron)

Taro (Colocasia) (une sorte d’igname ou patate douce)

Les fougères sauvages

Feuilles de haricot ailé (ou pois carré)

Attention danger !
Certaines feuilles peuvent être très toxiques.  La sagesse locale doit toujours être respectée.

Dr Angelika Dietz est nutritionniste et a travaillé au Népal.