Sketch EcoLink

Il est très important d’encourager les gens à parler ouvertement de sujets délicats. Le théâtre, d’acteurs ou de marionnettes, peut être un excellent moyen d’encourager la discussion. Voici un sketch écrit par Ecolink en Afrique du Sud. Vous pouvez y ajouter vos idées personnelles, en adapter le contenu et changer les noms pour qu’il soit mieux adapté à votre communauté.

EcoLink publie de nombreux fascicules utiles sur des sujets différents (voir page suivante).

«Une autre bouche à nourrir»

Six femmes d’âges différents sont assises et bavardent ensemble. Marie, Anne, Jeanne et Thérèse sont des femmes d’âge mûr. Sarah et Lucie sont des jeunes femmes. Marie est en train de faire une couverture pour le nouveau-né de sa fille.

SARAH C’est pour le premier bébé de ta fille Marie?

MARIE Non, c’est pour son troisième. Mais c’est encore une fille. Son mari dit qu’il faut continuer pour essayer d’avoir un garçon. Il a besoin d’un garçon pour que le nom continue et pour l’héritage.

ANNE C’est dommage que les filles ne puissent pas hériter. Quand le mari de mon amie est mort, sa mère et ses frères sont venus et ont tout pris. Ils lui ont juste laissé quelques casseroles.

LUCIE C’est moche! Mais je crois qu’il y a de nouvelles lois maintenant. Il faudrait qu’on soit au courant.

ANNE Alors que va faire ta fille, Marie?

MARIE Elle va aller au dispensaire pour qu’on la conseille. Elle a eu ses trois enfants très rapprochés et elle doit se remettre et retrouver ses forces avant de songer à un quatrième. En plus, elle a peur que son mari perde son travail. Il y a tellement d’usines qui ferment en ce moment.

JEANNE Beaucoup de nos hommes n’aiment pas que nous allions au dispensaire. Ils aiment que nous ayons beaucoup d’enfants. Il y en a qui croient qu’ils doivent avoir une vraie tribu comme dans le passé.

ANNE On avait besoin de beaucoup d’enfants jadis pour nous aider dans les champs et à la maison mais c’est différent maintenant.

SARAH Mon mari veut que j’aille au dispensaire. Il n’est pas «vieux-jeu». Il dit qu’on n’a pas encore les moyens d’avoir des enfants. Il a dû payer 15 vaches de dot et ne gagne pas beaucoup. Il ne veut pas de famille nombreuse mais il aimerait un garçon.

LUCIE Mon mari aime qu’il y ait toujours un bébé dans la maison. Il dit qu’un bébé le fait sourire même s’il est triste.

MARIE Je suis d’accord. Même les étrangers sourient à un bébé dans la rue et vous saluent gentiment. En plus, il nous faut plus d’enfants pour s’occuper de nous quand nous serons vieux.

THERESE Mais c’est différent maintenant. Si nous avons moins d’enfants, ils auront plus de chance d’avoir une bonne éducation, d’apprendre des choses utiles et d’avoir un bon métier. Il vaut donc mieux avoir quelques enfants seulement, capables de nous soigner que toute une ribambelle d’enfants misérables.

JEANNE Tu as raison. J’avais une famille nombreuse mais ils ne peuvent pas m’aider. Maintenant, c’est le contraire, c’est moi qui aide les enfants de ma fille.

ANNE Ça m’a coûté cher d’envoyer ma fille au collège mais elle a maintenant un bon travail et elle m’aide beaucoup. Elle m’aide aussi pour l’éducation de son frère.

MARIE Tu sais quoi? La femme à côté de chez moi qui a sept enfants, elle attend son huitième.

LUCIE Oui, je la connais, sa fille attend aussi un bébé et elle a seulement 15 ans.

SARAH Oh là là, on devrait leur parler du dispensaire!

THERESE Pas la peine, j’ai déjà essayé! Le mari ne veut rien entendre. Il dit que toutes ces pilules et ces machins sont des trucs pour nous ‘assassiner’.

LUCIE Il y en a qui ont besoin d’être mieux informés. Mon voisin croit qu’une fois qu’on a eu ces piqûres qui empêchent d’être enceinte il ne sera plus possible d’avoir à nouveau des enfants.

ANNE Non, ça c’est pas vrai. Moi j’ai eu ces piqûres pendant plusieurs années et j’ai eu mes deux enfants après… de beaux enfants bien portants.

LUCIE Nous avons nos enfants trop rapprochés les uns des autres et nous ne nous donnons pas la chance de récupérer entre les grossesses. Je trouve que c’est une bonne idée d’espacer les enfants.

THERESE C’est vrai que les mères en bonne santé auront des enfants en bonne santé. Mais chacun doit pouvoir décider. Personne ne peut nous dire ce que nous devons faire.

MARIE Avant, quand une fille se retrouvait enceinte on la mariait à un vieil homme afin qu’elle serve de leçon aux autres.

JEANNE C’était différent à cette époque-là. Toute la communauté était responsable de la bonne conduite des jeunes.

MARIE Oui, n’importe quel membre de la communauté pouvait réprimander ou punir l’enfant de quelqu’un d’autre. Maintenant on doit s’occuper de ce qui nous regarde.

JEANNE Enfin, c’est bien compliqué. Jadis au moins on savait où on en était. On apprenait tout de nos aînés. Tout était lié. Ce que nous apprenions à la maison n’était pas différent de ce que nous apprenions à l’extérieur. Aujourd’hui, les enfants ne reçoivent que la moitié de l’enseignement.

THERESE Oui, l’éducation a perdu ses racines.

ANNE Moi je crois que c’est nous, les parents, qui devons parler aux enfants de ces questions. Si nous pouvons parler librement, les liens se resserreront entre nous.

MARIE Nous n’aimons pas ces méthodes modernes mais nous ne pouvons rien faire d’autre que préparer nos enfants aussi bien que possible. Nous devons leur parler des dangers et leur donner une base morale et spirituelle solide.