Faire face a la sécheresse

par Pukuta N Mwanza.

Luangwa et Gwembe sont deux régions de Zambie qui ont été sévèrement affectées par cinq années de sécheresse continuelle. Ces sécheresses ont rendu les agriculteurs plus pauvres qu’avant, car ils ont été obligés de vendre tout ce qu’ils avaient pour survivre (bétail, équipement) et d’utiliser toutes leurs économies.

EFZ (Association Evangélique de Zambie) a récemment organisé des ateliers dans des villages sur le thème de «l’atténuation de la sécheresse». A Gwembe, 100 personnes de 55 villages différents ont été invitées à un atelier de quatre jours. Elles ont accepté à l’unanimité et sont venues de loin. Par exemple, un jeune homme est arrivé fatigué, après avoir marché plus de 20km.

La participation et l’enthousiasme des villageois ont été très encourageants. Le programme comprenait études bibliques, questionnaires, enseignement théorique et démonstrations d’extraction de l’huile. La plupart du temps fut passé en groupes de travail mixtes et les femmes ont pleinement participé en toute liberté. Des questions furent ensuite débattues par tous les participants en séances ouvertes. Ils ont discuté des thèmes de la sécurité alimentaire, de la disette, des mesures à prendre en cas de désastre, et les points suivants ont été relevés:

Observations générales

  • Il y a peu de terre arable disponible pour la culture, car c’est une région de collines rocheuses.
  • Les gens qui viennent de l’extérieur sont considérés comme des étrangers et doivent se contenter de petits lopins de terre.
  • Les parents doivent diviser leurs terres pour les offrir à leurs enfants quand ils se marient et les terres qui leur restent se trouvent de plus en plus réduites.
  • De nombreuses familles n’utilisent pas la culture attelée; les surfaces exploitables par une seule famille sont donc limitées car tout est fait à la main.

Signes avant-coureurs

  • Augmentations rapides des prix des aliments sur les marchés.
  • Accroissement soudain des ventes d’animaux.
  • Achat de nourriture alors que la famille subvenait à ses besoins personnels.

Croyances traditionnelles annonçant la sécheresse

  • Grand mouvement d’oiseaux
  • Grande récolte de baies sauvages avant que les pluies n’arrivent
  • Bonne récolte de miel
  • Beaucoup de bébés garçons naissent juste avant les pluies (croyance très discutée).

Methodes traditionnelles de conservation

  • Utilisation de bouses de vaches pour chasser les insectes et les charançons.
  • Stockage du maïs dans des greniers à grains construits au-dessus du feu pour que la chaleur et la fumée chassent les rats, les souris, les charançons et les insectes.

Comment faire face a la sécheresse?

  • Les participants ont fait une liste de 50 sortes de tubercules et fruits sauvages poussant à différentes époques de l’année. Nous avons été surpris de voir comment Dieu a créé ces nombreux fruits et tubercules sur lesquels les gens peuvent compter en cas de sécheresse. Tout le monde s’est mis d’accord sur le fait qu’il serait utile à tous de savoir comment conserver et stocker ces différents produits pour qu’ils soient accessibles en cas de nécessité.
  • Les gens gagnent de l’argent en fabriquant des paniers, en pêchant, en chassant, en faisant du jardinage sur les rives de la rivière Zambeze et en vendant leurs biens domestiques.

Résultats

Une fois de retour chez eux, on a demandé aux participants de partager leurs nouvelles connaissances avec la communauté. On leur a remis à tous un certificat de participation, ce qui a renforcé leur impression d’avoir accompli quelque chose d’important. Certains n’ont pas pu s’empêcher de chanter et danser sur le chemin du retour, tant ils étaient heureux d’avoir participé à cet atelier.

Un mois plus tard, nous avons visité la région et nous nous sommes rendus compte que certains participants avaient vraiment fait du bon travail en formant leurs camarades villageois qui eux-mêmes étaient heureux de nous raconter ce qu’ils avaient appris. Dans la région de Chipepo, nous avons trouvé Arthur Ngandu, l’un des participants, en train d’enseigner comment on pourrait se préparer à faire face à la sécheresse. Quand la camionnette de l’EFZ s’est trouvée bloquée dans la boue lors d’une distribution de grains, les villageois n’ont pas voulu interrompre leur leçon parce que «nous apprenons quelque chose d’important et il faut écouter!» Le conducteur de la camionnette fut très étonné mais heureux de voir à quel point les villageois prenaient sérieusement cet enseignement sur les mesures à adopter en cas de sécheresse.

Pukuta Mwanza est le coordinateur du Département de Développement, Société et Ethiques, Association Evangélique de Zambie.