Agriculture de conservation en Zambie

Joan Mute

Photo: Jon Stanhope
Photo: Jon Stanhope

Dans de nombreux pays d’Afrique australe, l’insécurité alimentaire augmente. La sécheresse en est un facteur clé, mais les pratiques agricoles sont également une cause majeure. L’insécurité alimentaire est particulièrement un problème dans les zones rurales, où l’agriculture est la principale activité économique. En 2002, l’Evangelical Fellowship of Zambia (EFZ) a identifié trois districts qui avaient besoin d’aide pour améliorer leur sécurité alimentaire.

Développer un programme de sécurité alimentaire

L’EFZ a tout d’abord procédé à une évaluation des besoins dans l’un des districts. Les résultats indiquaient que la pénurie alimentaire de cette région était principalement causée par les pratiques agricoles employées. Cette évaluation montrait également que certains agriculteurs de cette région avaient eu de bonnes récoltes malgré la sécheresse. Cela était dû à leurs connaissances et à leurs techniques agricoles de conservation sur une longue période. Ces méthodes agricoles visent à préserver les sols et l’eau, tout en fournissant à l’agriculteur un moyen de subsistance durable.

Suite à l’évaluation des besoins, l’EFZ a travaillé avec les comités de village à la conception d’un programme de sécurité alimentaire. Ce programme ciblait plus de 2 000 ménages. Un des aspects clés du programme était la promotion d’une agriculture de conservation à la place des techniques agricoles traditionnelles communément employées dans cette région. Quelques différences entre les méthodes d’agriculture traditionnelles et celles de conservation sont expliquées dans l’encadré ci-dessous.

Au vu des bénéfices prouvés de l’agriculture de conservation, le gouvernement de Zambie avait déjà commencé sa promotion dans tout le pays. L’EFZ a décidé de travailler aux côtés du Ministère de l’Agriculture et de la Conservation Farming Unit (CFU) pour diffuser des informations sur l’agriculture de conservation auprès des ménages ciblés par le programme. Chaque agriculteur a également reçu des semences et de l’engrais.

Des réunions communautaires ont eu lieu pour expliquer le programme aux ménages ciblés. Plus tard, des ateliers sur l’agriculture de conservation ont été organisés pour former des formateurs au sein de la communauté. Ces formateurs devaient à leur tour former des ménages d’agriculteurs lors d’ateliers dans les villages. Des coopératives agricoles ont été mises en place pour que le programme puisse atteindre les agriculteurs. Les agriculteurs démunis ont été encouragés à adhérer à une coopérative agricole.

Résultats

Après la récolte, les ménages ont constaté que les champs qui avaient été cultivés avec des méthodes d’agriculture de conservation avaient eu un meilleur rendement que ceux exploités avec des méthodes traditionnelles. D’autres enquêtes ont confirmé que l’agriculture de conservation a permis à produire une moyenne de 1,5 tonnes de maïs par hectare de plus que l’agriculture traditionnelle. De plus, les techniques employées pour l’agriculture de conservation nécessitaient moins d’engrais.

L’agriculture de conservation a amélioré la sécurité alimentaire des agriculteurs car elle a permis de minimiser les pertes de récoltes pendant la sécheresse.

Leçons apprises

Les connaissances et l’expérience au niveau de l’agriculture de conservation sont en expansion en Zambie, et de plus en plus de ménages en adoptent les techniques. Le bilan de l’EFZ comportait les points suivants relatifs aux leçons apprises :

  • La pratique de seulement une ou deux techniques d’agriculture de conservation est bénéfique. Les agriculteurs se donnent une chance d’en tester les bénéfices et se mettent ainsi en confiance avant d’employer d’autres méthodes d’agriculture de conservation.
  • Certains agriculteurs ont décidé d’employer des méthodes d’agriculture de conservation dans un seul de leurs champs, afin d’en comparer les résultats avec ceux des techniques agricoles habituelles. De manière générale, ils ont convenu que les techniques d’agriculture de conservation permettaient d’obtenir des récoltes plus abondantes.
  • Le succès de l’agriculture de conservation peut varier selon les régions, les récoltes et dans le temps, principalement à cause des changements météorologiques.
  • Une bonne partie des bénéfices de l’agriculture de conservation se manifeste progressivement. Il vaut la peine d’investir dans des méthodes de conservation, mais il faudra probablement du temps pour en observer les pleins bénéfices.

Joan Mute est Directrice des programmes du département éthique, société et développement de l’Evangelical Fellowship of Zambia.

Plot 8665, Kamloops Avenue, Lusaka 10101, Zambie.
Email :
evafeza@zamnet.zm

Quelques exemples des différences entre l’agriculture traditionnelle et l’agriculture de conservation

Agriculture traditionnelle

Certains aspects de l’agriculture traditionnelle ont des conséquences négatives sur les récoltes :

  • Brûlage des résidus (déchets végétaux) avant labourage Les résidus sont utiles pour :
    • empêcher que la terre soit emportée par les pluies, améliorer l’infiltration de l’eau et réduire la température du solmaintenir la structure et la fertilité des sols, grâce aux
    • termites et aux vers qui les mélangent à la terre.
  • Labour à l’aide des bœufs Labourer la totalité du champ gaspille de l’énergie, réduit les récoltes et abîme les sols :
    • les agriculteurs labourent généralement après les pluies. Cela signifie qu’il y a un retard au niveau de la préparation de la terre. Pour chaque jour de retard après les premières pluies de plantation, une partie de la récolte potentielle est perdue.
    • la terre labourée est exposée au vent et à la pluie, qui érodent la couche supérieure du sol.
  • Billonner avec une binette Il s’agit de former dans le sol des sillons qui serviront à l’écoulement. Le problème est que les eaux de pluie érodent les crêtes et entraînent rapidement la formation de ravines.
  • Labour minimum à la binette Il s’agit d’utiliser une binette lors des premières bonnes pluies pour faire des trous de plantation ou pour creuser des lignes de plantation. Cela est plus facile que de labourer et nécessite moins de main d’œuvre. Toutefois, puisque la terre entre les trous ou les lignes de plantation reste dure, la pluie s’écoule et emporte l’engrais avec elle.

Agriculture de conservation

Il s’agit d’une combinaison de méthodes dont le but est de préserver l’eau, la qualité, l’humidité et la fertilité des sols, la production de semences, ainsi que l’énergie de l’agriculteur, son temps et son argent. Voici quelques-uns des aspects et des bénéfices clés :

  • Planter dans des bassins Les agriculteurs creusent des bassins dans le sol dans lesquels ils peuvent planter des graines. Lorsque la pluie tombe, l’eau est piégée dans ces bassins, permettant ainsi aux racines de se développer et empêchant la couche supérieure et l’engrais d’être emportés.
  • Laisser les résidus de végétaux pour la récolte suivante Les agriculteurs sont encouragés à laisser les résidus plutôt que de les brûler. Cela réduit les pertes en terre et en eau, améliore l’infiltration, réduit les températures en surface et, à long terme, améliore la fertilité du sol. Les graines étant semées dans le même bassin chaque année, l’engrais restant de la plantation précédente peut être absorbé par la nouvelle culture.
  • Rotations des cultures fixant l’azote Les agriculteurs sont encouragés à faire pousser en rotation des légumes et autres cultures fixant l’azote afin d’améliorer les nutriments naturels présents dans le sol. Cela permet de réduire le besoin en engrais artificiels et d’échapper à la monoculture du maïs, avec des cultures moins résistantes.
  • Plantations précoces lors des premières pluies Cela signifie que les agriculteurs doivent préparer la terre dès qu’ils ont moissonné la récolte précédente. Planter lors des premières pluies permet aux graines de bénéficier de l’azote que l’eau fait pénétrer dans le sol.