L’avenir de l’agriculture

Pas à Pas 110 - L'agriculture durable

Pas à Pas 110 traite des différentes stratégies que peuvent adopter les agriculteurs pour préserver la bonne santé des écosystèmes et la productivité de leur exploitation

L’AVENIR DE L’AGRICULTURE

Dans le contexte actuel de changement climatique, de dégradation environnementale et de perte de biodiversité, les agriculteurs n’ont pas la tâche facile. Leurs exploitations doivent fournir de quoi manger à une population mondiale qui ne cesse de croître, et en même temps veiller à protéger et restaurer l’environnement. Ces défis peuvent sembler de taille, mais heureusement, il existe des stratégies efficaces que les agriculteurs peuvent adopter pour les relever.

Kibe Kifle en Éthiopie nous montre ses cultures de féveroles et d’orge cultivées avec des techniques d’agriculture de conservation. Photo : Neil Rowe-Miller

Nous commençons déjà à voir l’impact du changement climatique avec la hausse du niveau des mers et des conditions météorologiques de plus en plus imprévisibles. Dans certaines régions du monde, les tempêtes, les inondations et les périodes de sécheresse affectent la santé du bétail et les cycles saisonniers.

Certains agriculteurs peuvent irriguer leurs champs pendant les périodes sèches, mais la plupart des petits exploitants dépendent des pluies pour leur production et doivent donc trouver d’autres solutions. 

L’agriculture de conservation en est une. Elle repose sur trois principes de base : un travail minimal du sol ; une couverture végétale permanente ; et la présence de plusieurs cultures, en même temps ou en rotation. Ces stratégies favorisent l’humidité, la fertilité et l’aération du sol. Le fait de planter plusieurs types de cultures réduit le risque de mauvaises récoltes et limite les dommages provoqués par les nuisibles et les maladies. De manière générale, on obtient des récoltes plus saines et plus productives.

En plus d’aider les agriculteurs à faire face au changement climatique, l’agriculture de conservation libère moins de gaz à effet de serre nocifs dans l’atmosphère que de nombreux autres systèmes de production agricole. Cela s’explique par le fait qu’un sol non labouré et des plants sains stockent du carbone, et que l’on peut réduire le recours aux engrais à base d’azote et aux machines agricoles.

UNE INTENSIFICATION DURABLE

La population mondiale est passée de 3,7 milliards à 7,7 milliards au cours des 50 dernières années, mais la quantité de terres arables a augmenté de moins de 20 pour cent. Étant donné que cette tendance devrait se poursuivre, l’intensification durable de la production doit faire partie intégrante de l’agriculture de demain. Cela implique d’augmenter les rendements et les revenus, tout en veillant au maintien de la bonne santé des écosystèmes sur l’exploitation et alentour.

Une stratégie, connue sous le nom d’agroécologie, s’emploie à reproduire la diversité des systèmes naturels. Le plus souvent, cette approche accroît la productivité et permet au système agricole de mieux faire face aux défis environnementaux comme les périodes de sécheresse ou les inondations.

Il s’agit d’associer une diversité de cultures, d’arbres et d’animaux, en tirant le meilleur parti des ressources disponibles, notamment le sol, l’eau et la lumière. Le recyclage des aliments joue également un rôle important : par exemple, les animaux mangent les plantes, puis leurs déjections sont ajoutées au sol pour favoriser la croissance d’autres plantes.

L’agroécologie permet de réduire l’utilisation d’insecticides chimiques en recourant à des techniques qui régulent naturellement les populations d’insectes. Cela peut notamment se faire en plantant des arbres pour fournir un habitat aux insectes qui se nourrissent de parasites, et en cultivant des plantes qui attirent les parasites loin de la culture principale.

Apprentissage de techniques de régénération des arbres au Timor oriental. Photo : World Vision Australie

L’IMPORTANCE DES ARBRES

Depuis des générations, on encourage les gens à planter des arbres car on sait que ces derniers sont importants pour les moyens de subsistance et l’environnement.

  • Les arbres libèrent de l’oxygène dans l’atmosphère et absorbent le dioxyde de carbone, un gaz à effet de serre.
  • Ils réduisent l’érosion en maintenant le sol en place et en le protégeant du soleil, de la pluie et du vent.
  • Les arbres captent l’eau de pluie et favorisent son infiltration dans le sol.
  • Ils fournissent de l’ombre qui protège les cultures, les animaux et les gens du soleil.
  • Les arbres sont une source de nourriture, de remèdes, de bois de chauffage, de fourrage pour le bétail et de bois de construction.
  • Ils offrent un habitat à de nombreuses espèces d’oiseaux, d’animaux et d’insectes, dont certains jouent un rôle important pour la pollinisation et dans la lutte contre les organismes parasites.

Au cours des 30 à 40 dernières années, une nouvelle approche s’est développée en matière de reboisement : la régénération naturelle gérée par les agriculteurs. Cette stratégie favorise une gestion efficace des arbres et des arbustes naturels. Elle est aujourd’hui utilisée dans de nombreux pays pour régénérer des terres improductives et améliorer les moyens de subsistance agricoles. 

LE RÔLE DES FEMMES

Les femmes jouent un rôle essentiel dans l’agriculture, et elles sont généralement parmi les premiers à adopter de nouvelles techniques. Pourtant, elles sont souvent ignorées lors des prises de décision et ont parfois un pouvoir limité dans leur communauté.

Les femmes doivent pouvoir pleinement participer à toutes les initiatives agricoles, et les gouvernements et les ONG doivent être exhortés à faire le nécessaire pour que les femmes exercent des fonctions dirigeantes. Si l’on veut que les communautés puissent prendre des décisions éclairées pour leur avenir, les voix des femmes doivent être entendues et respectées autant que celles des hommes.

IL EST TEMPS D’AGIR 

Il est important d’agir dès aujourd’hui pour régénérer les terres endommagées, augmenter la biodiversité et réduire l’impact du changement climatique. Pour cela, les agriculteurs, les agences de développement, les gouvernements et les chercheurs doivent travailler ensemble et apprendre les uns des autres. Les pratiques agricoles durables déjà largement adoptées, comme celles mentionnées ci-avant, ont toutes nécessité un tel apprentissage mutuel.


DÉFINITIONS

Changement climatique

Modification des conditions climatiques habituelles, provoquée par les activités humaines.

Au milieu du 19e siècle, les hommes se sont mis à utiliser des combustibles fossiles tels que du charbon, du pétrole et du gaz. La combustion de ces combustibles fossiles produit de l’énergie, mais elle libère également dans l’air des gaz à effet de serre comme du dioxyde de carbone, du méthane et du monoxyde d’azote.

Les gaz à effet de serre naturels forment une couche autour de la Terre qui emprisonne la chaleur et garde la planète au chaud. Toutefois, à cause des activités humaines, ces gaz sont aujourd’hui présents en plus grande quantité dans l’atmosphère qu’ils ne le devraient, et l’atmosphère piège trop de chaleur. Par conséquent, la planète se réchauffe, ce qui entraîne des dommages environnementaux et rend les conditions météorologiques plus imprévisibles.

Écosystème (système écologique) 

Communauté d’organismes vivants qui interagissent entre eux et avec les choses inorganiques dans leur environnement (p. ex. terre, eau, air). Si l’on ajoute ou l’on enlève quelque chose à un écosystème (p. ex. variations d’espèces ou hausse des températures) cela peut perturber l’équilibre naturel de ces interactions et endommager l’écosystème, voire le détruire.

Biodiversité (diversité biologique) 

Diversité des organismes vivants dans un endroit donné. Plus un écosystème est riche en biodiversité, moins les petits changements auront d’incidence sur sa stabilité.

Les sols sains ont une grande biodiversité. Ils contiennent des milliards d’organismes qui décomposent la matière organique, libérant ainsi des nutriments essentiels pour l’ensemble des plantes et des animaux.

Neil Rowe-Miller
Neil Rowe-Miller est conseiller technique en agriculture et en moyens de subsistance (Afrique de l’Est) pour Tearfund et la Banque de céréales vivrières du Canada. E-mail : neil.rowe-miller@tearfund.org