L’imagination une ressource gratuite et illimitée pour enseigner !

Tag McEntegart.

Le projet PAX est un petit projet pédagogique pour renforcer la paix, démarré en 1996 par CARE International après le conflit en Bosnie-Herzégovine et en Croatie. La préoccupation centrale à l’origine du Projet PAX était de promouvoir et rétablir la paix, la réconciliation mais aussi le bien-être parmi les communautés de toute la Bosnie-Herzégovine.

La guerre laisse des cicatrices profondes qui peuvent toucher plusieurs générations. La nature de ces cicatrices varie suivant les personnes et les groupes. Reconnaître et comprendre ces traumatismes est un élément nécessaire pour réapprendre à vivre. Grâce au théâtre, ce projet aide les gens à explorer leur vie et leurs traumatismes avec toutes leurs implications. Résultat de cette nouvelle compréhension : on a pu aider les élèves à bien cicatriser leurs blessures.

Le travail continue aujourd’hui car les personnes impliquées désirent le maintenir dans leur travail quotidien. Le projet comprend une éducation officielle mais aussi informelle, la mise au point de ressources à utiliser en classe et avec des clubs de jeunes ou des groupes communautaires. Les principes utilisés dans ce projet peuvent être adaptés à toutes sortes de situations.

L’utilisation du théâtre comme principal outil d’enseignement et d’apprentissage constitue une approche nouvelle. Les travaux introduisent différentes situations avec des questions et des problèmes pour ensuite aider les participants à arriver à leurs propres réponses et solutions.

Une personne qui sait utiliser l’art dramatique participatif comme outil pédagogique, a travaillé avec les enseignants locaux afin de mettre au point un manuel pour les leçons en classe. Ces dernières sont basées sur le programme bosniaque. Elles garantissent le suivi des lignes directrices nécessaires en matière de sujet, temps et enseignement. Ceci a permis aux enseignants d’obtenir la permission de participer au projet et a facilité l’acceptation officielle du travail. Cette nouvelle approche a permis d’introduire une manière de penser imaginative et créatrice pour enseigner et apprendre. Le modèle conventionnel bosniaque était basé sur « la mémorisation des faits ». Cette nouvelle approche encourage les élèves à apprendre en utilisant leur imagination et en faisant des travaux pratiques. Les élèves qui étaient totalement passifs dans la classe sont devenus des participants actifs dans leur manière d’apprendre. Ils font maintenant preuve d’une meilleure santé émotionnelle et sociale mais aussi d’importants progrès éducatifs.

Le manuel s’intitule In the garden of the Imagination – Sowing the seeds of a Peaceful Future. Vers la fin du projet, il a été officiellement accrédité par le Ministère de l’éducation nationale pour être utilisé dans les écoles de Bosnie-Herzégovine.

350 enseignants (en plus des 60 qui avaient pris part à l’élaboration du manuel) ont participé à six ateliers régionaux. On y a recruté des volontaires pour informer leurs collègues du programme. Chaque volontaire s’est engagé à faire connaître le manuel et sa méthodologie à un minimum de six collègues. De cette manière, ce projet a pu atteindre 1 200 professeurs de plus et environ 6 000 élèves.

Le jugement du renard

Il s’agit d’une leçon destinée aux enfants de 8 à 9 ans. L’histoire est basée sur un conte populaire local et répond au but du programme éducatif bosnien pour la compréhension de la langue. Le but supplémentaire du projet PAX était de réfléchir aux implications liées au désir de revanche.

L’histoire
Les enfants imaginent que la scène se passe dans la clairière d’une forêt où tous les animaux se sont réunis pour un « Conseil de la forêt » demandé d’urgence. Les enfants jouent les rôles des animaux : serpents, renards, oiseaux, etc… mais aussi des humains. Le rôle réservé au professeur est celui du vieux et sage hibou, Président du Conseil de la forêt.

Préparation de la pièce
La pièce commence juste quand l’humain s’apprête à frapper le serpent avec un bâton. Les renards ont décidé que le serpent devait être puni. Le vieux et sage hibou survole la scène et empêche que le serpent ne soit blessé ou tué. Il réunit ensuite tous les animaux et les humains qui vivent dans la forêt afin de les convoquer à une réunion d’urgence du Conseil pour considérer le cas. Ils doivent réfléchir aux implications de la menace du serpent sur la vie des oiseaux et des humains. Ils doivent également réfléchir à ce qui pourrait résulter des violences infligées au serpent avec le bâton.

Le conseil doit baser son opinion sur une série de questions avant de prendre une décision.

  • Que pensent les oiseaux du fait que le serpent peut entrer dans leur nid ?
  • Que pensent les humains de la menace du serpent de les mordre ?
  • Comment les serpents vont-ils répondre si l’un d’entre eux est tué ?
  • Quelle sera la signification de ces actions pour la paix et la sécurité future de la forêt ?
  • Un renard a déjà jugé que le serpent devrait être puni. Est-ce que le Conseil prendra une décision différente ? Quelles recommandations fera-t-il pour protéger et augmenter la sécurité de la forêt ?

Aides visuelles utiles

  • Un bâton
  • Un serpent fait d’un cercle de papier découpé en spirale, avec la tête attachée à un bâton
  • Un châle ou une écharpe pour représenter les ailes du vieux et sage hibou.

Comment fonctionne cette méthode ?

On essaye de couvrir trois aspects dans chaque leçon :

  • une histoire qui développera le sujet de la leçon
  • des rôles qui permettent au professeur et aux élèves de participer aux travaux pratiques de la leçon
  • la préparation de ressources simples, à partir d’objets de la vie quotidienne à la disposition du professeur, destinés à aider les élèves à comprendre des idées nouvelles.

Le jugement du renard est un exemple pratique pour des enfants de 8 à 9 ans (voir encadré).

Avantages et principes

L’approche PAX s’appuie sur les savoir-faire innés des enfants, leur confiance et leur énergie pour jouer, faire des rimes, des jeux de mots, raconter des histoires, deviner, chanter et danser. Cette approche est radicalement différente de l’approche conventionnelle qui encourage les enfants à apprendre par coeur, à répéter les informations et à suivre des instructions compliquées qui leur donnent souvent la sensation d’être médiocres.

PAX suit l’approche suivante :

  • Ce qui s’entend, s’oublie
  • Ce qui se voit, se mémorise
  • Ce qui se fait, se comprend.

Tag McEntegart est maître-assistant au Centre for International Development and Training à l’université de Wolverhampton, au Royaume-Uni. Elle a travaillé sur le projet PAX pendant plus de quatre ans et a mis au point le manuel In the garden of the Imagination – Sowing seeds of a Peaceful Future en 1999 avec le Centre for Drama and Education de Bosnie-Herzégovine. La version imprimée du livre n’est plus disponible mais pour plus d’informations sur le projet ou le manuel vous pouvez contacter Tag auprès de CIDT, University of Wolverhampton, Priorslee, Telford, TF2 9NT, Royaume-Uni. Email : T.McEntegart@wlv.ac.uk 

Etude de cas : Les dégâts causés par les éléphants

Une leçon pour les 5 à 6 ans, centrée sur une discussion entre un éléphant et une souris. L’éléphant a mangé et dévasté presque tout le champ de blé de la souris. Les enfants jouent le rôle des deux animaux pendant que l’instituteur joue celui du renard qui a pour tâche de juger le conflit. Le renard demande conseil aux enfants (en tant qu’éléphants ou souris) puis tout le monde discute de ce qui est arrivé et de ce qu’il faudrait faire à l’avenir pour éviter de tels incidents.

Etude de cas : Fortifier les pieds des enfants

Cette nouvelle approche d’enseignement a été utilisée pour un cours d’éducation physique dans la République de Srpska avec des enfants de 8 à 9 ans. Le but de la leçon était de « marcher pour fortifier les pieds ». D’habitude cette leçon consistait à marcher dans la cour, de long en large, les uns derrière les autres avec l’instituteur maintenant l’ordre. A cause du mauvais temps, la leçon a dû avoir lieu à l’intérieur et on a poussé tous les bureaux d’un côté. Pour chaque exercice, l’instituteur a encouragé les enfants à utiliser leur imagination. Ils devaient : 

  • marcher comme s’ils portaient une lourde charge sur la tête
  • marcher comme un(e) danseur(euse)
  • marcher comme un voyageur dans le vent
  • marcher deux par deux, comme un éléphant et une girafe ensemble
  • marcher comme un mille-pattes, toute la classe ensemble
  • marcher comme des mannequins de mode
  • faire semblant d’être des fontaines d’eau, en groupe.

Chaque exercice est devenu un jeu et les enfants se sont bien amusés pendant leur leçon d’éducation physique. Ce qui était auparavant un exercice du style militaire est devenu une pure joie de vivre pour tous les enfants et l’instituteur.