Créer de petites entreprises pour collecter des fonds et autonomiser les gens

Employé du Centre du Salut à proximité d’Asbest en Russie avec les porcs de l’élevage. L’agriculture a été la première activité du centre. Photo : Kieran Dodds/Tearfund
Employé du Centre du Salut à proximité d’Asbest en Russie avec les porcs de l’élevage. L’agriculture a été la première activité du centre. Photo : Kieran Dodds/Tearfund

Galia Kutranova

Le Centre du Salut est un centre chrétien de réhabilitation pour les hommes et les femmes aux prises avec un problème de toxicomanie. Les gens viennent au Centre du Salut de toute la Russie. Le centre est en partie financé grâce à des petites entreprises.  L’équipe du Centre du Salut a toujours été convaincue qu’il est important de diversifier les sources de revenus et d’être aussi autonome que possible.

« Nous avons voulu montrer à nos donateurs que non seulement nous savons dépenser l’argent, mais que nous pouvons aussi en gagner », explique Konstantin Lyubimov, un des directeurs du centre. L’équipe devait également continuer à pourvoir aux besoins du centre (les pensionnaires ne paient pas leur séjour), tout en transmettant des compétences professionnelles et une bonne éthique de travail.

« Les addictions détruisent la vie des gens. Ils doivent alors repartir de zéro et réapprendre à se responsabiliser pour être capables de vivre une vie normale », dit Konstantin.

« Quand je suis arrivée au Centre du Salut, je ne savais absolument pas faire la cuisine, même pas faire cuire des pommes de terre », dit Katya, qui était arrivée au Centre du Salut pour y suivre un programme de réhabilitation et qui est désormais employée et chargée du programme pour les femmes.

Reprendre confiance par le biais du travail

Au Centre du Salut, après la première phase de réhabilitation, lorsque les pires symptômes physiques du sevrage ont été surmontés, la deuxième phase est « l’adaptation » : les pensionnaires continuent à vivre ensemble au sein d’une communauté chrétienne, mais ils peuvent travailler et gagner de l’argent. Les entreprises du Centre du Salut leur offrent des opportunités de travail. « En Russie, si vous avez été toxicomane, cela figure sur votre casier et personne ne veut vous embaucher ou vous confier de l’argent ou des marchandises. Mais nous sommes conscients des efforts à fournir pour changer de vie ; les gens ont juste besoin d’une deuxième chance. Nous étions tout comme eux ! » dit Konstantin. Il était lui-même toxicomane et a fait de la prison.

Agriculture

La première entreprise du Centre du Salut était une ferme d’élevage pour la production de lait et de viande. Elle a vu le jour il y a dix ans, avec une vache et quelques porcs. « Nous avons commencé tout petit », raconte Alexei, un des responsables, qui était venu au centre en 2002 pour suivre un programme de réhabilitation. La ferme compte aujourd’hui 15 vaches, 40 porcs et 20 moutons. Une partie de la production est utilisée par le centre et le reste est vendu. Le chiffre d’affaires annuel de la ferme est d’environ 660 000 roubles (environ 20 000 $US).

Construction

Vitaly dirige l’équipe de maçons du Centre du Salut. Il était lui-même maçon avant que la drogue ne détruise sa vie. Libéré de sa dépendance, il a souhaité constituer un groupe d’hommes pour faire des travaux de rénovation et de construction. C’est devenu possible en 2009 et depuis lors, leur chiffre d’affaires annuel a atteint les 420 000 roubles (13 000 $US).

Nettoyage

Ils ont également créé une société de nettoyage qui propose un service de nettoyage de vitres, de l’extérieur des bâtiments, du mobilier et des tapis, et un nettoyage régulier des intérieurs. L’entreprise est née en 2011. Deux ans plus tard, le chiffre d’affaires annuel avait atteint les 286 300 roubles (9 000 $US). « Ce projet n’a pas demandé une grosse mise de départ, et certaines personnes sont naturellement douées pour le nettoyage ! Aujourd’hui, nos principaux objectifs sont de fournir un service de qualité supérieure et de conclure des contrats avec des clients permanents », explique Alexei.

Utiliser une subvention pour créer une nouvelle entreprise

En participant à la Commission provinciale sur la politique en matière de VIH et de stupéfiants, le Centre du Salut a pris connaissance d’une initiative du gouvernement visant à soutenir le développement de petites entreprises dans la province. Le gouvernement a dispensé une formation sur l’élaboration d’un plan d’affaires, l’étude de marché et la planification financière et l’a fait suivre d’une petite subvention de 5 000 $US pour la création d’une entreprise. « Nous savions que c’était une formidable opportunité », explique Konstantin. Le Centre du Salut a pris les mesures suivantes :

  1. À la recherche d’une bonne idée, Konstantin a consulté un homme d’affaires local. Ce dernier lui a suggéré l’installation de distributeurs automatiques de boissons chaudes, une activité au potentiel prometteur de plus en plus répandue.
  2. Les membres de l’équipe ont réalisé une étude de marché et identifié plusieurs établissements où les gens font la queue, comme un hôpital, par exemple.
  3. Ils ont ensuite utilisé la subvention plus une somme qu’ils ont empruntée sans intérêts à un homme d’affaires local pour louer les distributeurs automatiques et acheter du café, du thé et du chocolat chaud. « Dieu nous a bénis en nous aidant à trouver de très bons emplacements pour les
    machines », dit Konstantin. « Pour cette activité de distributeurs automatiques, c’était le facteur le plus important. »
  4. Ils ont décidé que les machines seraient entretenues par des personnes ayant achevé leur cure de désintoxication et qui étaient en phase « d’adaptation ».

Le chiffre d’affaires annuel de la société, depuis sa création en 2010, est de 800 000 roubles (environ 24 000 $US).

Aider les gens à développer leurs compétences

« Chacune de nos entreprises est née parce qu’une personne possédait un savoir-faire dans un domaine spécifique comme la maçonnerie, par exemple, et souhaitait le développer. Nous leur avons simplement donné l’occasion de se lancer », dit Konstantin. « Je pense que c’est la clé du succès. »

« C’est beaucoup de travail, mais nous sommes aujourd’hui bien plus confiants en l’avenir et nous voyons que Dieu nous a bénis », dit Alexei.

Galia Kutranova, représentante de Tearfund pour la Russie, a interrogé le personnel du Centre du Salut. Ce dernier a été créé en 1998. Il se trouve à Asbest, une ville d’environ 70 000 habitants de la région de l’Oural en Russie.


Utilisation des bénéfices

  • le responsable d’équipe / l’entrepreneur a droit à un bonus de 5 pour cent
  • 10 pour cent sont réinvestis dans l’entreprise
  • les employés sont salariés
  • le reste sert à soutenir le Centre du Salut

Conseils utiles

Promotion d’un produit

Pour réussir à commercialiser notre produit, nous devons prendre en compte quatre points essentiels :

Produit   Que vendons-nous ? Quels sont les avantages du produit ? Est-il de bonne qualité et bien conçu ?

Prix   Quel serait le juste prix pour le produit, afin que les gens l’achètent et que nous puissions amplement couvrir nos frais ?

Emplacement   Où allons-nous vendre le produit ?

Promotion   Comment allons-nous faire connaître le produit aux gens ?

Pour répondre à ces questions de manière approfondie, discutez avec des clients potentiels.


Génération de revenus pour les organisations de la communauté locale et les ONG

Avant de commencer

Pour mener à bien un projet générateur de revenus, il faut :

  • connaître des produits concurrents similaires déjà présents sur le marché
  • être capable de réagir rapidement à l’évolution du marché, comme l’augmentation des prix des marchandises ou un nouveau produit concurrent.

Ne considérer la génération de revenus comme une solution de financement pour notre organisation que si :

  • les membres du personnel ont une bonne expérience des affaires
  • notre organisation possède suffisamment d’argent à investir dans ce projet
  • il est possible d’obtenir une formation ou des conseils pour la gestion d’entreprise.

Difficultés

En tant qu’organisation, il est possible de rencontrer les difficultés suivantes :

  • manque d’engagement du personnel s’il n’en tire pas un profit personnel
  • le personnel risque de manquer de temps et d’énergie pour les autres domaines d’activité
  • il se peut qu’une part trop importante des bénéfices soit reversée à notre organisation et qu’ils ne soient pas suffisamment réinvestis pour soutenir et développer l’entreprise.

Subventions externes

Les grands donateurs n’accordent pas souvent de subventions pour la génération de revenus à cause des risques que cela comporte et parce que de nombreux projets d’activités génératrices de revenus ont échoué. Si l’organisation dispose déjà d’argent qui pourrait être investi dans des activités génératrices de revenus, elle doit attentivement examiner les risques et les avantages que cela représente par rapport au fait de dépenser cet argent ailleurs.

Entreprise sociale

Il peut être judicieux de choisir des projets de création de revenus lorsque les bénéfices sont supérieurs à un simple revenu excédentaire. Les projets qui, en plus de générer des revenus, profitent à leurs employés sont souvent appelés des entreprises sociales. Les activités du Centre du Salut sont des entreprises sociales : elles ont permis à d’anciens toxicomanes de développer leurs compétences et ont renforcé leur confiance en eux, tout en leur procurant un revenu.

Pour qu’une entreprise sociale puisse réussir, les personnes impliquées au quotidien doivent être passionnées et déterminées, mais aussi avoir des compétences en affaires et être tout aussi motivées par les objectifs sociaux que par les revenus. Lorsqu’un projet générateur de revenus sert à soutenir l’objectif général d’une organisation, il peut en augmenter l’impact sans créer de distraction.

Compilé par Helen Gaw, à partir d’extraits de ROOTS 6 – Les collectes de fonds, p. 56-63. D’autres numéros de Pas à Pas traitent des petites entreprises et de la comptabilité : Pas à Pas 11 sur la Tenue des livres comptables, Pas à Pas 57 sur Comment bien gérer son argent et Pas à Pas 35 et 80 sur les micro-entreprises.