Les croyances traditionnelles et les problèmes de santé

par Sandra Michie RGN RM.

Lorsque nous arrivons dans une situation culturelle différente et que nous commençons à comprendre les croyances des gens dans le domaine de la santé ou tout autre, nous nous trouvons face à des difficultés pour enseigner des idées nouvelles.

Peut-être un des premiers principes à rappeler c’est que chaque culture a du bon, et ce n’est pas parce que quelque chose est simplement différent de ce que nous connaissons que c’est nécessairement à rejeter.  Nous devons comprendre à fond les croyances des gens, puis travailler à partir de là pour apporter des changements significatifs.

Les croyances culturelles peuvent être divisées en trois catégories…

  • celles qui sont utiles
  • celles qui sont nuisibles, et
  • celles qui ne sont ni utiles, ni nocives

Prenez le temps d’examiner chaque croyance à la lumière de cela.  Cela peut être très utile dans la façon dont on va s’adresser à cette croyance et pour les conséquences de nos actions envers celle-ci.  Nous devons commencer à traiter du problème à la base, c’est-à-dire au point même où sont les gens dans leurs croyances et traditions.  Cela peut prendre des mois et des mois, peut-être des années pour comprendre toute l’histoire de certaines croyances, mais sans cette compréhension première il est impossible d’aller plus loin.

Prenez le temps de parler aux gens de tous âges pour comprendre les bases de leurs croyances.

Si les croyances traditionnelles sont…

Utiles : Encouragez-les.

Nocives : Identifiez la racine du problème et cherchez un moyen qui apporte le changement sans offenser en partant du point où sont les gens.

Ni utiles, ni nocives : N’en faites pas cas.


Etude de cas

Dans la région de Zambie où je travaillais, on croyait que si une femme se trouvait enceinte avant que son enfant précédent ne marche, alors son lait devenait mauvais et son nouveau-né mourrait.  Toute activité sexuelle devenait ainsi tabou pour la mère jusqu’à ce que son nouveau-né marche et elle sevrait aussi très rapidement son bébé si jamais elle se trouvait enceinte.  Le bébé s’affaiblissait et mourait même quelquefois de malnutrition ou de maladie infectieuse (résultat du sevrage mal compensé par d’autres nourritures adéquates et manque total de lait maternel vital) – la croyance s’avérait donc juste.

Les femmes plus âgées (les « grand-mères ») encourageaient cette croyance, à la fois parce qu’elles la tenaient pour vraie mais aussi parce qu’elles voulaient encourager les pratiques traditionnelles chez les générations plus jeunes – un enfant une fois sevré allait souvent habiter chez sa grand-mère (au grand plaisir de grand-mère).

Les jeunes femmes souhaitaient vivement être libérées de cette vue – cette croyance donnait naissance à une tension dans le couple où le mari n’avait qu’une femme.  Il devenait souvent infidèle ou prenait une autre femme dans l’intervalle.

Aspects utiles

  • Un espace de 21 mois (ou plus) entre deux naissances était bon pour la santé de la mère.
  • Le bébé recevait l’attention totale de sa mère pendant au moins 21 mois.
  • L’allaitement au sein pendant plus de 18 mois était très bon pour le bébé.

Aspects nocifs

  • La peur de la mère pensant que son lait allait empoisonner son bébé
  • L’attitude fataliste que l’enfant allait automatiquement mourir et ce serait la faute de la mère
  • L’infidélité ou la polygamie « justifiées ».

Dans cette situation il fallait encourager les aspects positifs sans toutefois renforcer tout ce que disaient les « grand-mères ».  C’était elles les personnes clés.  Mais le rôle des hommes était important.  Les jeunes hommes avaient l’habitude de reconnaître les vérités apprises à travers l’éducation et ils pourraient avoir un rôle actif pour initier le changement.  Les jeunes couples souvent s’éloignaient (de par l’urbanisation, l’éducation etc) de la société culturelle de leurs parents.  Si les hommes acceptaient les changements, ils influenceraient fortement leurs femmes.

Réponses appropriées

Soutenir ces quelques mères qui se trouvaient enceintes avant que leur enfant précédent ne marche, en les encourageant à continuer à allaiter leur enfant aussi longtemps que possible.
Proposer une méthode alternative valable de planning familial.
On a aussi enseigné la santé, quant à l’utilisation d’autres aliments disponibles localement, au moment de sevrer le bébé, et la valeur du lait maternel, même si la mère se trouvait enceinte à nouveau :

  • cet enseignement est dispensé individuellement à la mère en détresse
  • à toutes les autres mères présentes à la consultation prénatale ou visitées
  • dans les foyers mêmes et dans une langue acceptable aux femmes plus âgées
  • aux maris et autres hommes de la communauté
  • aux enfants à l’école, qui souvent s’occupent de leurs jeunes frères et sœurs et seront bientôt parents eux-mêmes.

Sandra Michie a passé 25 ans en Zambie rurale comme missionnaire et médecin et s’est essentiellement occupée de médecine préventive.