Apprendre aux gens à lire et écrire…Trois études de cas

1 Les Rendille, Kenya

Bible Translation and Literacy est un groupe qui travaille à la traduction de la Bible, l’alphabétisation et l’analyse des langues afin de pouvoir les écrire. Ils travaillent sur des groupes de langues isolées qui sont souvent peu capables de communiquer avec le monde extérieur - avec l’isolement, le manque de ressources, et les difficultés qui en résultent. Le groupe est convaincu que l’alphabétisation, l’éducation des adultes et le développement communautaire peuvent renforcer ces communautés et leur permettre de résoudre leurs problèmes.

Les Rendille sont un groupe nomade d’environ 30.000 personnes. Le travail commença en 1981, mais peu après, une sévère sécheresse fit que les efforts s’orientèrent plutôt sur la lutte contre la famine et le renouvellement des stocks d’animaux pendant un an ou deux.

Les activités d’alphabétisation reprirent en 1985. Au début, on utilisa des enregistrements d’histoires populaires, de chansons, de gestion de chameaux, d’histoires bibliques et de soins de santé communautaire pour montrer la valeur de l’enregistrement et du partage de l’information. Les plus âgés décidèrent de leurs priorités - chaque cassette devrait s’adresser d’abord à la santé des animaux, puis à la santé des gens, et continuer sur n’importe quel thème d’intérêt. Chaque ‘manyatta’ (communauté) possède maintenant son propre magnétophone avec de nombreux enregistrements des voix des vénérés anciens de leur communauté.

Un Centre de Formation pour l’Alphabétisation fut construit à Korr. Les anciens de la communauté furent invités à choisir des membres respectés de celle-ci pour qu’ils soient formés. On forma 26 hommes et femmes pour qu’ils apprennent d’abord à lire, et enseignent ensuite la lecture à d’autres. Apprendre à une personne analphabète à enseigner aux autres à lire et à écrire prouve que l’alphabétisation est pour tous. Tous ceux qui ont appris retournent ensuite dans leur communauté pour enseigner à d’autres.

Le programme est un succès à cause du respect et de la sensibilité montrés envers la culture Rendille, du matériel pédagogique utilisé et du haut degré de motivation des organisateurs, des stagiaires, de l’église et de toute la communauté. L’élaboration soigneuse du programme et son évaluation ont été très importantes. Le programme s’est étendu et comprend maintenant une formation concernant la santé des animaux, les soins de santé, le re-stockage, l’eau et l’artisanat. L’histoire d’une réussite!

Micah Amukobole, Bible Translation & Literacy, PO Box 44456, Nairobi, Kenya

2 Sumucaj, Perou

Ce groupe péruvien a commencé à travailler parmi les femmes en 1989 dans la région montagneuse autour de Cajamarca. Les organisateurs sont de plus en plus conscients du besoin d’associer l’alphabétisation et l’éducation à l’enseignement artisanal, pour permettre aux femmes de subvenir aux besoins de leur famille.

On enseigne divers savoir-faire - la couture (en utilisant souvent de vieux vêtements), le tricot, la broderie, l’amélioration de la nutrition, et la santé. On ne peut pas produire en masse et commercialiser les produits artisanaux avant qu’ils ne soient standardisés (tailles et dessins identiques). L’alphabétisation est donc très importante pour que les femmes puissent lire et suivre un patron et apprennent à commercialiser leurs produits. Les enseignants vont de village en village avec leur tableau, donnant des cours d’alphabétisation de base et enseignant des techniques artisanales. Ils encouragent les femmes dans leur travail et leur foi.

En mettant l’accent sur l’alphabétisation, SUMUCAJ peut changer la vie de nombreuses femmes en milieu rural. Non seulement des opportunités commerciales pourraient s’ouvrir, mais les femmes ont accès à tout un réseau d’information qui leur était auparavant fermé puisqu’elles ne savaient pas lire - y compris la Bible.

Ingrid Hanson, Tear Fund

3 Nehru Place, Inde

Il y a quelques années, David Selveraj s’est fait l’ami de deux garçons de la rue à Delhi qui lui gardaient sa moto alors qu’il travaillait. Il commença à former des liens d’amitié avec ces garçons et quelques-uns de leurs amis. Chaque semaine ils se retrouvaient dans un café. S’ils étaient malades ou avaient des problèmes, sa sincère conviction de chrétien l’amenait à se rendre dans leurs familles dans un bidonville voisin. Ils formèrent un club de jeunes de 15 membres qu’ils appellèrent Jeunesse pour l’Action. Une de leurs premières activités fut d’organiser un sondage des bidonvilles, rassemblant des renseignements et établissant les priorités des gens. 3.200 familles y participèrent. Leurs priorités s’avérènt être l’éducation et l’emploi. La santé ne fut pas perçue comme prioritaire, bien que la vaccination ait été considérée comme importante.

Après avoir terminé le sondage, ils décidèrent de commencer un programme d’alphabétisation et d’éducation avec le soutien d’EFICOR. On organisa deux crèches afin de libérer les aînés qui devaient souvent s’occuper de leurs plus jeunes frères et soeurs à la maison. On s’occupe de tous les âges - les plus jeunes peuvent rattraper le travail scolaire et commencer leur scolarité. Il y a deux classes pour les garçons plus âgés. On va voir les femmes chez elles et on leur enseigne à domicile. Comme les amis de David se multipliaient, il décida d’aller habiter au bidonville. Sa maison et deux autres (chacune de deux petites pièces) sont louées. Tous les cours, les crèches et un petit dispensaire fonctionnent dans des locaux exigus. David et quelques-uns des premiers membres du groupe donnent la plupart des cours d’alphabétisation.

Un prêt rotatif fut organisé pour aider les gens à établir de petits commerces. Jusqu’ici, tous les prêts (généralement peu élevés) ont été remboursés. Sacs en papier, réparation de vélos, recyclage des poubelles, stands de fruits, vendeurs de nourriture dans les rues, autant d’exemples de petits projets que les gens ont réussi à lancer.

Cette histoire nous montre combien les petits débuts peuvent avoir des développements qui vont très loin.