Guerir nos communautés et nos familles

par Gladys Mwiti.

Le centre OASIS situé à Nairobi au Kenya pense qu’on ne peut pas surestimer l’importance de l’accompagnement spirituel et pastoral au sein de l’église. Cette organisation prépare du matériel de formation et organise des ateliers et des séminaires dans toute l’Afrique pour former des conseillers chrétiens.

Rwanda – la longue route vers la guérison

A la suite des événements dramatiques de mai 1994, le Centre Oasis a fait une recherche et a préparé du matériel pour former des conseillers en situation d’urgence, à utiliser au Rwanda. Un manuel de formation intitulé Crisis Counselling a été publié en 1994, suivi d’autres documents (notes didactiques pour les pasteurs, études bibliques et enseignement concernant le pardon, l’espérance et le repentir).

Plus tard, ces études ont été traduites en kinyarwanda. En 1995 une série de séminaires de formation a commencé. Nous avons été surpris du très long passé douloureux du Rwanda. En même temps, nous avons été ravis de constater le pouvoir de guérison du Saint Esprit qui par la prière, l’enseignement biblique, l’accompagnement spirituel et pastoral, et les témoignages, contribue à la réconciliation et restaure l’unité.

Ce sont des personnes comme Paul (voir encadré) que nos séminaires de conseils aux personnes traumatisées produisent. Elles viennent de tous les coins et de toutes les églises du Rwanda. A travers elles, beaucoup d’autres recevront une aide précieuse. Nous espérons sincèrement qu’une vague de réconciliation et de transformation est née dans cette nation blessée. Notre travail au Rwanda continue, longue route vers la guérison.

Quels sont les besoins de nos communautés?

Récemment, à la fin d’un stage de formation, les nouveaux conseillers d’Oasis ont réfléchi ensemble aux besoins de leurs communautés. Ils ont identifié les problèmes suivants, points sur lesquels ils pourront commencer à travailler en organisant des groupes d’accompagnement et de conseils dans les églises et dans différentes associations en enseignant les valeurs bibliques, et en empêchant la désintégration des relations entre les gens…

Le changement des systèmes de valeur A cause de l’urbanisation et des mouvements de population, les valeurs ethniques qui autrefois unissaient fortement les gens se désagrègent rapidement. Ce qui est maintenant pour l’église l’occasion d’enseigner les valeurs bibliques durables.

La désintégration de la famille Des situations économiques instables, les tensions au travail, l’instabilité politique, l’apathie générale ont eu des influences très négatives sur les relations familiales. Ceci peut conduire à la violence, à la séparation et au divorce. Pour renforcer la famille, on devrait commencer par conseiller les partenaires avant le mariage, puis prolonger cette aide par des cours ‘d’enrichissement conjugal’ de façon à ce que les questions familiales soient discutées avant même qu’elles ne causent des problèmes majeurs.

Les pressions sur la jeunesse L’urbanisation, la télévision, la musique et le cinéma ont contribué aux changements culturels rapides parmi les jeunes. L’attente irréaliste d’un travail bien payé laisse de nombreux jeunes non seulement déçus, mais aussi amers envers une société dont ils se sentent abandonnés et qu’ils considèrent comme menteuse. Beaucoup de jeunes ne communiquent plus avec leurs parents qui, à leur tour ne comprennent pas pourquoi leurs enfants ont changé. En effet les parents ne savent pas quoi penser de la façon dont s’habillent, parlent et réagissent leurs enfants et ne comprennent pas le manque d’ambition qu’ils affichent. Le résultat de cette rupture de communications est la rébellion, l’abus d’alcool et de drogues, l’activité sexuelle à l’adolescence et les grossesses qui s’ensuivent, les avortements, le rejet de l’école, etc… Les conseillers sont préparés non seulement à comprendre les besoins de jeunes gens mais aussi à commencer très tôt à préparer les parents. Ils peuvent aider à construire des ponts entre parents et jeunes par des cours en commun dans les églises, la communauté, les écoles et en utilisant les médias.

Puisque généralement en Afrique les deux parents travaillent pour pouvoir subvenir aux besoins de leur famille, les conseillers peuvent aussi aider les parents à établir les priorités de leur vie, de façon à ce qu’ils passent assez de temps avec leurs enfants. Des relations solides ont besoin de temps pour se développer et le plus bel héritage que des parents puissent donner à leurs enfants c’est l’amour et des relations mutuelles solides. Tout le reste, les biens, l’argent et l’éducation ne dureront peut-être pas, à moins qu’ils ne soient fondés sur les deux valeurs précédentes.

Mauvais traitement infligé aux enfants La guerre, les conflits ethniques, l’urbanisation, la pauvreté, les naissances non désirées, la sécheresse, la famine et la perte des valeurs communautaires ont pour la première fois en Afrique créé tout un groupe d’enfants maltraités. On les trouve dans les rues, les camps de réfugiés, les maisons d’enfants, ou abandonnés dans la communauté. Les conseillers apprennent à organiser ces enfants traumatisés et commencer des programmes à base communautaire par lesquels ceux-ci peuvent retrouver leur enfance et recommencer à vivre.

Le sida: prévention, accompagnement et programmes à base communautaire Avant de commencer leur formation, de nombreux conseillers travaillent déjà dans des programmes de lutte contre le sida. Après leur stage avec Oasis, nombre d’entre eux retournent dans leurs communautés désireux d’inclure un aspect biblique dans leurs programmes ou d’organiser des programmes dans leurs églises, organisations et communautés.

Formation des responsables et éthique de travail Beaucoup de projets et de programmes d’aide ont échoué car leurs responsables n’étaient pas formés. De nombreuses agences internationales d’aide considèrent que leur travail en Afrique a été un effort presque gaspillé. Et ceci parce que l’Afrique continue d’être de plus en plus dépendante. Oasis reconnaît qu’un développement viable doit être basé sur «la transformation des personnes». Pendant la formation, un temps considérable est consacré à comprendre les besoins profonds des personnes, à apprendre à les encourager à se laisser transformer par Dieu: l’accent est mis sur une éthique biblique du travail et l’appel des responsables à devenir des leadersserviteurs. Les conseillers laïques rentrent chez eux transformés en responsables capables de fournir des conseils dans des situations conflictuelles au sein des organisations, et de promouvoir un esprit de responsabilité dans les domaines du travail et des ministères.

Ils sont convaincus que le plan de Dieu est une valeur inestimable pour donner un véritable sens à la vie. Ils ont maintenant une vision d’espoir pour l’Afrique et brûlent d’aider les autres.

Gladys Mwiti est la fondatrice et une des directrices d’Oasis Counselling Centre, PO Box 76117, Nairobi, Kenya.

 

Puissions-nous être lumière pour les nations.
Puissions-nous apporter une vision aux peuples de la terre. Puissions-nous être un baume de guérison pour les nations.

Prière écrite pour des participants à un séminaire interafricain de conseillers en septembre 1995.

L’histoire de Paul

Paul est un pasteur âgé. Quand la guerre a commencé le 6 avril 1994, il était allé à une réunion de pasteurs et n’était donc pas chez lui. Quand il est finalement rentré chez lui, dans la confusion et l’horreur provoquées par le génocide, il a trouvé les corps de ses fils et de leurs familles rongés de vers. Il se souvient encore des nuits blanches qui ont suivi cette expérience traumatisante. Lui aussi dût s’enfuir pour ne pas être assassiné et il jura alors de se venger des assassins.

Paul était un des 55 participants à notre troisième séminaire de formation en conseils psychologiques au Rwanda. Après une longue séance «témoignage» de six heures, il a dormi profondément pour la première fois depuis des mois. Il nous a dit que la douleur dans son coeur était devenue amère et l’étranglait lentement. Depuis longtemps il désirait parler, raconter son histoire, mais il ne savait pas comment le faire.

Au cours des trois premiers jours du séminaire il a commencé à voir plus clair en lui et en même temps il apprenait à aider les autres. Le séminaire lui a donné la possibilité de s’ouvrir aux autres et de partager ses expériences et ses pensées. Il a depuis réussi à pardonner aux assassins, qu’il connaissait bien puisqu’ils étaient ses voisins. A la fin du séminaire de formation, il était impatient de rentrer chez lui et de se réconcilier avec eux. Il était guéri.