Restaurer l’espoir

Baliesima Kadukima Albert

La Violence Due au Genre (VDG) est une violence, sexuelle ou autre, générée par les inégalités liées au genre. Elle est reconnue comme un abus des Droits de l’homme. Les femmes et les jeunes filles en sont les principales victimes car la VDG trouve ses racines dans les relations traditionnellement inégales de pouvoir des sociétés. Cependant, les hommes et les garçons peuvent aussi être les victimes de violence sexuelle. Celle-ci est particulièrement courante durant les conflits armés où on l’utilise délibérément comme une arme de guerre et dans les situations de post-conflit.

La VDG est une violation des droits des femmes à l’égalité et à la sécurité. Elle compromet la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) sur l’égalité des genres et le renforcement du pouvoir des femmes.

Dans la République Démocratique du Congo (RDC), voilà près de 10 ans que des groupes armés sont en conflit et infligent des blessures profondes à la société. Près de 3,5 millions de personnes ont été tuées, un grand nombre a été déplacé, la pauvreté et la malnutrition sévissent. Le problème des viols et de la violence sexuelle est partout. Il a contribué à la rapide propagation du VIH. Les effets de la violence, du VIH et du sida ne sont pas seulement physiques mais aussi psychologiques et sociaux.

La Province de l’Église Anglicane du Congo (PEAC) comprend huit diocèses en RDC. Elle cherche à servir Dieu en contribuant à la lutte contre le VIH et le sida ainsi qu’en restaurant l’espoir parmi les gens qui ont tellement souffert durant le conflit. PEAC reconnaît que si l’église doit être une source d’espoir à laquelle les gens peuvent croire, alors il nous faut montrer de manière pratique l’amour de Dieu. Par exemple, PEAC travaillent avec les femmes qui ont été violées.
Certaines des activités qu’elle organise comprennent:

Sensibiliser: sensibiliser les femmes sur les problèmes des viols, les encourager à porter plainte. Nombre de femmes ont peur de parler parce qu’elles craignent d’être socialement rejetées et que leur mari les abandonne. Les jeunes filles, souvent encouragées par leurs parents, préfèrent ne rien dire de peur de ne pas pouvoir se marier. Il est important de sensibiliser les hommes et la génération plus ancienne afin de punir les violeurs et de ne pas rejeter les femmes violées.

Offrir un soutien médical: aider les femmes à obtenir une aide médicale pour prévenir les maladies vénériennes dont le VIH et le sida. Il est important de prendre des médicaments anti-rétroviraux dans les trois jours qui suivent le viol si l’on veut qu’ils soient le plus efficace. Cependant, la crainte de la honte pousse les femmes à hésiter à rechercher de l’aide. Un autre problème est de pouvoir apporter rapidement de l’aide aux femmes qui vivent dans des régions isolées.

Offrir des prières et du counselling (des conseils socio-psychologiques): des conseillères formées offrent des prières et des conseils réguliers. Il est important que ce soit des conseillères car nombre de femmes violées trouvent plus facile de parler et partager leurs émotions avec une autre femme.

Activités génératrices de revenus: une formation pratique dans nombre d’activités génératrices de revenus peut offrir aux femmes une nouvelle idée sur laquelle se concentrer et une indépendance, destinées à les aider à se remettre de ce traumatisme.

Progresser

PEAC a dû faire face à de nombreuses difficultés dans ses travaux, particulièrement la discrimination sociale à laquelle les femmes violées sont confrontées. Les maris rejettent souvent leur femme comme si c’était de leur faute. Dans un pays où les hommes armés peuvent faire ce qu’ils veulent et où le système judiciaire est corrompu, beaucoup de violeurs ne sont jamais punis. Il est important d’augmenter la sensibilisation de ce problème et de mobiliser les communautés afin de prévenir ces attaques, de condamner les agresseurs et de s’occuper des femmes qui ont souffert de violence. Les femmes ont aussi besoin d’être formées pour engager un plaidoyer contre la violence sexuelle.

Malgré ces problèmes, la plupart des femmes avec lesquelles nous travaillons trouvent soulagement et réconfort dans le counselling. Elles apprécient le soutien et l’opportunité d’exprimer leurs soucis. Elles acquièrent paix et espoir pour vivre positivement.

Baliesima Kadukima Albert est le coordinateur du Programme de santé et de VIH et sida de PEAC, Beni, RDC.
PO Box 25586, Kampala, Ouganda.
Email :
baliesima@yahoo.com


Études de cas

Une jeune étudiante de 18 ans est venue nous consulter après avoir été violée par un voisin. Elle n’est venue nous voir qu’après plusieurs mois lorsque l’homme est mort du sida. Malheureusement, elle était séropositive. Lorsqu’elle est venue nous voir, elle était au bord du suicide et se sentait sans valeur. Grâce à du counselling régulier, elle a regagné confiance en elle-même et espoir.

Un autre cas est celui d’une enseignante de 35 ans qui avait été violée par un groupe d’hommes, en revenant du marché. Parce qu’elle avait honte et avait peur d’une discrimination sociale, elle avait décidé de quitter son foyer et de rentrer vivre chez ses parents. Après des séances de counselling, en compagnie de son mari, ils ont tous les deux décidé de reprendre leur vie commune.


Réduire les risques de violence sexuelle durant les situations d’urgence les droits de l’homme

  • Concevoir et installer les camps de réfugiés ou de personnes déplacées internes avec leur collaboration, pour accroître la sécurité physique.
  • S’assurer que les points publics d’eau, les latrines et autres facilités (écoles, centres de santé) sont situés dans des endroits sûrs, pas trop loin des abris des gens.
  • Chaque fois que possible, aider chaque famille à construire sa propre latrine, fournir les outils et les matériels nécessaires.
  • Les installations sanitaires publiques pour les hommes et les femmes devraient être séparées, tout particulièrement celles pour le bain.
  • S’assurer qu’il y a un personnel féminin pour la santé, la sécurité et les traductions.
  • Inclure des femmes dans la distribution des abris, de la nourriture et autres fournitures.
  • Fournir des ensembles sanitaires et des vêtements pour les femmes et jeunes filles.
  • Fournir des poêles à combustion économique pour réduire le besoin en bois car les femmes sont vulnérables lorsqu’elles vont en chercher.
  • Inclure les femmes dans les processus de prises de décision du camp sur la santé, l’assainissement, la santé de reproduction et la distribution des aliments.
  • S’assurer que les communautés sont informées sur les services disponibles pour les rescapés de violence, comme l’aide médicale d’urgence. Identifier les personnes particulièrement en danger comme les orphelins et les familles dirigées par une femme seule.
  • Identifier, former et soutenir des agents de soutien basés dans les communautés pour prévenir, reconnaître et répondre à la VDG, pour fournir un soutien émotionnel, des informations, orienter les personnes et engager un plaidoyer.
  • Faire connaître leurs doits aux femmes, comme leur statut de réfugiées.
  • Mettre en place des groupes de soutien pour les rescapés de VDG et leur famille.

Adapté de Protecting the Future: HIV Prevention, Care and Support Among Displaced and War-Affected Populations, IRC, Kumarian Press, 2003.