Le bétail dans les situations d’urgence

Les bêtes de somme peuvent être d’une grande assistance aux réfugiés déplacés par un conflit ou une crise alimentaire. Photo: Eleanor Bentall/Tearfund
Les bêtes de somme peuvent être d’une grande assistance aux réfugiés déplacés par un conflit ou une crise alimentaire. Photo: Eleanor Bentall/Tearfund

par Cathy Watson, Coordinatrice LEGS

Plusieurs millions de personnes dans le monde dépendent du bétail pour soutenir leur famille. Ce bétail peut être composé de bovins, chameaux, moutons et chèvres qui constituent les troupeaux des pasteurs de l’Afrique subsaharienne, ou de buffles d’Asie qui fournissent du lait et une force de traction dans de nombreuses parties de l’Asie, ou de lamas dont la viande et le poil sont une source fondamentale du revenu familial au Pérou.

Comme nous en avons discuté dans le dernier numéro de Pas à Pas, les catastrophes font partie de la vie quotidienne d’une grande partie de la population mondiale. Ces catastrophes comprennent la sécheresse, les inondations, les séismes, les raz de marée, les tempêtes tropicales et les hivers rigoureux. Dans de nombreux cas, non seulement les personnes sont affectées par la catastrophe, mais leur bétail l’est également. Les animaux peuvent mourir au cours de la sécheresse ou des inondations, ils peuvent perdre leur abri ou leur source d’alimentation pendant les séismes, ou bien leur source d’eau peut être contaminée durant les tempêtes tropicales. Les catastrophes peuvent donc avoir un impact sur les moyens d’existence des gens, ainsi que sur leur vie.

Pourtant, de nombreux programmes d’intervention d’urgence se concentrent sur la fourniture de nourriture, d’abris et de médicaments aux personnes, en ignorant le fait que ces dernières pourraient aussi avoir perdu leurs moyens d’existence. Certains programmes d’intervention ne comprennent pas le rôle du bétail dans les moyens d’existence et pourraient être inappropriés, mal conçus ou délivrés trop tard pour fournir de l’aide.

Les normes et directives pour l’aide d’urgence à l’élevage [Livestock Emergency Guidelines and Standards – LEGS] sont une série de directives internationales destinées à soutenir les interventions d’urgence, pour aider les propriétaires de bétail affectés par les catastrophes. Elles sont basées sur les bonnes pratiques internationales et couvrent toute une gamme de domaines techniques comme la santé du bétail, l’alimentation animale, l’eau, la réduction des troupeaux, la reconstitution des troupeaux et l’abri du bétail. Ces directives offrent aussi une série d’outils pratiques pour évaluer l’impact d’une catastrophe sur les communautés locales, identifier les interventions les plus appropriées et les plus opportunes d’une manière participative, et pour concevoir des interventions d’urgence destinées à soutenir le bétail et ses propriétaires pendant et après une catastrophe. Au cœur de l’approche des LEGS, on trouve l’importance de la participation des communautés affectées et le besoin de comprendre comment le bétail s’inscrit dans la vie de ceux qui sont touchés, afin d’aider à protéger et à reconstruire les moyens d’existence de façon appropriée.

Les LEGS sont destinées aux responsables de projet et aux agents de développement qui sont chargés de concevoir et mettre en œuvre des activités pour répondre à une urgence. Le manuel LEGS est disponible sous forme de téléchargement gratuit. Il peut aussi être obtenu sous forme imprimée auprès de son éditeur, en français, anglais, espagnol ou arabe. Consultez www.livestock-emergency.net et cliquez sur « LEGS Handbook ».

Le programme de formation LEGS repose sur une série de cours régionaux sur la formation des formateurs qui produisent une petite équipe de formateurs LEGS dans chaque pays. Les formateurs LEGS peuvent ensuite dispenser un stage LEGS élémentaire de trois jours dans leur propre organisme et en réponse à des demandes faites par d’autres. À ce jour, 11 stages de formation de formateurs ont été tenus. Ils ont eu lieu en Afrique orientale, en Afrique occidentale (à la fois francophone et anglophone), en Afrique australe, en Afrique centrale, en Asie du sud-est, en Asie du sud, au Pakistan  en Afghanistan et en Amérique centrale. Il y a désormais un total de 189 formateurs LEGS dans le monde auxquels on peut faire appel pour délivrer le stage de formation LEGS.

Le manuel LEGS sera révisé au cours de l’année à venir par le biais d’un processus de consultation en ligne utilisant la liste de diffusion de LEGS. De nouvelles études de cas et de nouveaux exemples d’intervention d’urgence concernant le bétail provenant, en particulier, d’Asie et d’Amérique latine, seraient les bienvenus pour alimenter ce processus. Des détails supplémentaires sur le processus de consultation et un modèle pour les études de cas seront prochainement affichés sur le site Internet de LEGS.

Les destinataires de la liste de diffusion de LEGS reçoivent régulièrement des mises à jour sur les activités de LEGS, y compris sur le programme de formation. Si vous souhaitez être inscrit(e) sur cette liste, veuillez contacter l’administrateur LEGS à : admin@livestock-emergency.net.

Pour plus d’informations sur LEGS, veuillez consulter le site Internet de LEGS à :  www.livestock-emergency.net, contactez le coordinateur LEGS à : Coordinator@livestock-emergency.net ou écrivez à :

The LEGS Project
c/o Feinstein International Center
Tufts University
PO Box 1078
Addis Ababa
Éthiopie


Étude de cas

Première ÉTUDE DE CAS

Des aliments d’urgence pour le bétail complètent les opérations de secours au Bangladesh

En juillet 2007, des crues importantes ont affecté plus de 60 pour cent du Bangladesh, l’impact le plus fort touchant le nord de la Yamunâ. Le Ministère du développement international (DFID) du Royaume-Uni travaillait déjà avec les communautés vivant sur les chars de la région pour améliorer leurs moyens d’existence [note de la Rédactrice : les chars sont des îles sablonneuses et des zones de dépression sujettes aux crues situées au bord des rivières et qui sont souvent arrachées par le ruissellement].

Le projet a alors répondu aux crues par un effort de secours qui comprenait une aide alimentaire, des comprimés pour purifier l’eau, des opérations de sauvetage et un appui pour le bétail. Il a fourni des aliments pour huit jours à 15 000 bovins qui soutenaient la vie d’au moins 90 pour cent des familles de la zone du projet. Plus de 3 300 bovins ont été secourus ainsi que 3 800 personnes.

Deuxième étude de cas 

Mécanisme de bons pour soutenir la santé animale au Kenya 

Dans les grands pâturages libres du nord-ouest du Kenya, affectés par la sécheresse, les médicaments destinés au bétail sont très demandés. Cependant, la fourniture de médicaments gratuits sape les chaînes de service locales et signifie que, une fois que l’urgence a disparu, le secteur privé (agents communautaires de santé vétérinaire (ACSV) et pharmacies locales privées) est souvent incapable de poursuivre ses fournitures.

Le Comité international de la Croix-Rouge a donc piloté un mécanisme d’octroi de bons remis à des familles choisies qui pouvaient ensuite les échanger contre un traitement et des médicaments spécifiques fournis par des ACSV et des aides-vétérinaires privés. Le mécanisme couvrait environ 30 000 personnes. Il a permis de cibler les foyers les plus vulnérables et de leur allouer des ressources tout en soutenant et en renforçant en même temps le réseau existant d’ACSV et de vétérinaires privés.

Troisième étude de cas 

Distribution de bétail après un séisme en Iran 

Le séisme de Bam qui s’est produit au sud de l’Iran en 2003 a provoqué la mort de plus de 40 000 personnes. Bien que les moyens d’existence de la majorité des gens de la région aient reposé sur la culture des dattes et les travaux agricoles, beaucoup élevaient aussi un petit nombre d’animaux pour suppléer leurs disponibilités alimentaires et leur revenu. Il s’agissait de bovins, de moutons et de chèvres dont la plupart furent tués ou perdus pendant le séisme et la période qui l’a suivi.

ACF-Spain a conçu un projet de distribution de bétail pour fournir deux chèvres, ainsi que des aliments pour animaux, à chacun des 1 200 foyers vulnérables de 17 des villages affectés, ces foyers étant sélectionnés en collaboration avec le conseil local. Le but était simplement de fournir du lait et un revenu supplémentaire à ces familles. Pourtant, une étude de suivi a découvert que, en plus des avantages économiques offerts par les chèvres (production de lait et de laine), les bénéficiaires soulignaient aussi l’impact psychologique positif apporté par la distribution du bétail (c’est-à-dire une source d’intérêt et de motivation pour les enfants traumatisés).

Quatrième étude de cas 

Les hommes et le bétail pendant la crise du Kosovo 

En 1999, au cours du conflit du Kosovo, des familles dormaient dans les abris réservés au bétail, à côté de leurs animaux, parce que leurs maisons endommagées par la guerre ne pouvaient plus leur assurer un abri convenable contre le froid. Ces familles profitaient de la chaleur du corps des bêtes pendant les nuits d’hiver. Cette pratique a également réduit le risque de vol du bétail. Des boîtes à outils ont été fournies pour aider à améliorer et à agrandir les abris pour le bétail et faire face à l’occupation croissante de ces abris par des personnes parallèlement aux animaux.