Des graines d’espoir au cœur de la violence

Jeunes ayant soif de justice pour le Honduras rassemblés à l’occasion d’un camp pour promouvoir la paix. Photo: Miriam Mondragon
Jeunes ayant soif de justice pour le Honduras rassemblés à l’occasion d’un camp pour promouvoir la paix. Photo: Miriam Mondragon

Miriam Mondragon

Avec 20 meurtres commis chaque jour, le Honduras est considéré par l’Organisation des Nations Unies comme le pays le plus violent au monde. Les Honduriens eux-mêmes considèrent la violence et l’insécurité comme étant les principaux problèmes du pays. Le crime organisé exerce une influence à tous les niveaux de l’État. Les trafiquants de drogue ont des hauts fonctionnaires à leur service, ce qui empêche l’exercice de la justice.

Au niveau local, les gangs contrôlent aussi bien les districts et les quartiers urbains que les villages et les hameaux. Leur champ d’action est vaste, qu’il s’agisse de la vente de drogues douces et dures dans la rue (marijuana, cocaïne, amphétamines), ou d’extorsion, d’enlèvements et de meurtres, à l’encontre de leurs propres voisins et souvent sous la protection des membres de la police et des forces armées. Au Honduras, personne n’a besoin d’être convaincu de la nécessité urgente de mettre un terme à la violence et de changer l’état actuel des choses.

Bâtir des ponts

La question qui se pose, dans un tel contexte, c’est comment nous, en tant que chrétiens et Églises, pouvons relever le défi prophétique de « respecter le droit et pratiquer la justice » (Ésaïe 56:1) face à des actes de violence aussi graves, alors que la peur est réelle et paralysante. Pourtant, malgré cette situation en apparence désespérée, des graines d’espoir ont été semées et commencent à porter des fruits. Une de ces graines est l’Alliance chrétienne pour le dialogue et la conciliation (Alianza Cristiana por el Diálogo y la Conciliación), née d’une initiative de l’Église et de certaines organisations suite au coup d’état de 2009 au Honduras, qui a profondément divisé le pays et contribué au climat de violence actuel. L’Alliance a commencé par créer des espaces de dialogue et de réconciliation entre les groupes en conflit, sous la bannière suivante : « Bâtir des ponts pour la paix ». Depuis lors, elle a changé d’orientation pour inspirer et mobiliser l’Église en matière de prévention de la violence, car les membres des Églises eux-mêmes vivent dans des zones où la violence règne et peuvent donc jouer un rôle clé dans la consolidation de la paix.

Travail pratique de prévention

Il est devenu évident que le meilleur antidote à la violence (aujourd’hui et dans l’avenir) est la prévention : qu’y a-t-il de plus efficace que de travailler avec des enfants et des jeunes à risque ? Avec l’Union biblique du Honduras (Unión Bíblica de Honduras), l’Alliance a promu le programme « Stop à la violence – un message de Dieu », destiné aux enfants et aux jeunes scolarisés dans les écoles du pays. Le programme a été conçu en Argentine, où il avait pour but de prévenir la violence chez les fans de football. Au Honduras, avec l’autorisation du Ministère de l’Éducation, des centaines de volontaires issus des Églises ont été formés à prévenir la violence dans les écoles et dispensent un programme sur 15 semaines, à raison d’une session hebdomadaire, pour aider les jeunes à prendre de bonnes décisions. Le programme a incité 10 à 15 pour cent des jeunes à s’engager à devenir des « agents de changement », chargés de prévenir la violence et l’intimidation à l’école.

Soutien aux victimes

L’Association pour une société plus juste (Asociación para una Sociedad más Justa - ASJ), également membre de l’Alliance, a été créée en 1998 par des chrétiens engagés. Elle se bat pour rendre le système judiciaire accessible aux secteurs les plus vulnérables de la société. Une de ses initiatives les plus réussies est le Programme Gedeón, qui, depuis ses bureaux situés dans les Églises des communautés pauvres, offre une prise en charge psychologique et des conseils juridiques aux victimes de violence ou aux personnes qui ont d’autres soucis juridiques ou psychologiques. Étant donné que la plupart des victimes de crimes violents (extorsion, vol, viol, meurtre commis par les gangs locaux) n’ont jamais pu déposer une plainte officielle, l’ASJ a décidé d’aller un peu plus loin et d’instaurer le programme Paz y Justicia (Paix et justice), qui vise à répondre aux besoins des victimes et à leur offrir un soutien. Paz y Justicia dispose d’une équipe d’avocats, de chercheurs et de psychologues qui travaillent en étroite collaboration avec les victimes et les témoins pour s’assurer que justice soit faite. Paz y Justicia est une passerelle entre les forces de l’ordre et la communauté. Le programme :

  • mène des enquêtes
  • offre un soutien aux victimes au cours de la procédure judiciaire
  • offre une prise en charge psychologique pour rétablir le bien-être émotionnel des victimes.

Le travail de Paz y Justicia dans les communautés a entraîné une baisse du taux de criminalité de 60 pour cent et donné lieu, à ce jour, à plus de 100 condamnations d’individus et de groupes criminels. Ce modèle efficace de coopération entre la communauté, l’État et la société civile est en train d’être appliqué dans de nouvelles communautés.

Unis pour la paix

Au niveau national, l’Alliance pour la paix et la justice (Alianza por la Paz y la Justicia – APJ), un mouvement initié par des chrétiens, fait campagne pour une meilleure sécurité publique et exige des changements au niveau du système judiciaire qui permettront qu’au Honduras, l’État de droit soit respecté et justice faite aux victimes de violences. Cette alliance a eu un impact considérable. Elle est unique au Honduras du fait que des secteurs très différents ont embrassé sa vision : elle comprend des ONG, des Églises évangéliques et catholiques, des syndicats, des entreprises, des universités, etc.

La Fraternité évangélique du Honduras (Confraternidad Evangélica de Honduras), qui représente à l’échelle nationale la plupart des Églises évangéliques, est également membre de l’Alliance. Le Honduras a besoin que le corps du Christ fasse entendre une voix prophétique contre l’injustice et l’inégalité, et que les avocats, les psychologues, les journalistes et autres professionnels chrétiens mettent leur savoir au service des personnes pauvres et vulnérables.

Miriam Mondragon est coordonnatrice de l’Alliance chrétienne pour le dialogue et la conciliation (Alianza Cristiana por el Diálogo y la Conciliación). 


Questions pour discussions de groupe

  • Qu’avez-vous appris dans cet article ?
  • Quels problèmes de violence rencontrez-vous dans votre communauté ?
  • Comment pourriez-vous prendre part à la prévention de la violence ?
  • De quel type de ressources auriez-vous besoin pour cela ?
  • Avec qui pourriez-vous travailler pour induire une transformation ? 

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