Redevabilité envers la communauté

David Bainbridge

Pendant longtemps, le terme « redevabilité » a principalement été utilisé dans le cadre de la relation entre les organisations et les bailleurs de fonds. Les bailleurs de fonds voulaient s’assurer que les organisations dépensaient correctement leur argent, et les organisations souhaitaient rendre compte de la manière dont les fonds étaient dépensés et faire bonne impression sur les bailleurs de fonds pour obtenir d’autres financements à l’avenir. Toutefois, l’accent sur la redevabilité commence également à toucher la relation entre les organisations et les personnes qu’elles servent. Cela signifie que l’organisation prend en compte les besoins, les préoccupations et les capacités des membres des communautés et qu’elle leur explique ses actions et ses décisions.

La redevabilité envers la communauté est souvent répartie en quatre domaines principaux :

1 Participation

  • La participation communautaire est essentielle dans tout travail d’urgence ou de développement et constitue une bonne pratique depuis de nombreuses années. Mais parfois, la « participation » a été faible. Par exemple :
    « Participation » peut vouloir dire que les membres de la communauté sont uniquement informés du projet prévu.
  • Les membres de la communauté peuvent être sollicités pour « participer » en contribuant par la main-d’oeuvre ou des ressources mais n’ont aucune influence sur les décisions relatives au projet lui-même.
  • Les membres de la communauté peuvent avoir eu l’occasion d’identifier leurs besoins et de contribuer avec leurs idées à la planification du projet, mais lors de sa mise en œuvre, ils ne sont pas écoutés.

Lorsque les membres de la communauté participent de façon significative aux projets de secours d‘urgence ou de développement, ceux-ci sont plus susceptibles d’être efficaces car ils répondent à des besoins réels. Le travail a également de plus grandes chances d’être durable, car la communauté a davantage le sentiment de se l’approprier.

La participation communautaire doit être encouragée dans les phases ci-après :

  • l’identification des besoins, des capacités et des priorités
  • l’identification de solutions et d’actions destinées à répondre aux besoins. Les connaissances, l’expertise et les capacités locales doivent être prises en compte
  • la mise en œuvre du projet, comme le fait de s’accorder sur des critères de sélection ou d’organiser la main-d’œuvre et les ressources
  • le suivi et l’évaluation des progrès. Lorsque l’on donne aux membres de la communauté l’opportunité de commenter le travail en train d’être fait et de suggérer des changements, le projet peut gagner en efficacité.

Le processus consistant à impliquer des membres de la communauté les place au centre du travail à accomplir et renforce leur sentiment de dignité.

2 Transparence

La transparence consiste à se montrer ouvert envers les communautés au sujet du travail en train d’être effectué. Cela implique le partage d’informations sur :

  • l’organisation : sa raison d’être, ses objectifs et ses valeurs
  • le projet : les détails, les progrès, le coût et les personnes impliquées.

Si la communauté est informée du projet, elle pourra participer plus efficacement et demander à l’organisation de rendre compte de ses engagements.

3 Réactions

Donner aux membres de la communauté la possibilité de faire des commentaires sur le projet est un des aspects importants de la redevabilité. Cela peut se faire sous forme de plaintes ou de suggestions.

Il existe de nombreuses manières de recueillir les réactions, comme par exemple laisser une boîte à disposition pour les commentaires écrits ou permettre des réactions verbales par téléphone ou auprès des membres du personnel en personne. Si les commentaires sont verbaux, ils doivent être mis par écrit par le personnel et leur exactitude vérifiée auprès du membre de la communauté concerné. Les gens feront plus facilement des commentaires honnêtes s’ils peuvent le faire en toute confiance. Il peut également être utile que du personnel masculin et féminin soit disponible pour recueillir les réactions sur le projet. Les membres de la communauté doivent être informés de la manière dont les commentaires seront traités. Parfois le personnel devra discuter ensemble d’une réponse avant d’entreprendre une action.

Les membres de la communauté doivent être régulièrement informés des progrès dans la suite accordée à leurs réactions. Lorsque des changements sont apportés au projet suite aux commentaires, la communauté doit en être informée. Lorsqu’une communauté constate qu’elle est écoutée et que ses commentaires sont pris en compte, elle sera davantage désireuse de participer au projet, ce qui ne fera qu’en améliorer l’efficacité.

4 Enseignements tirés

Les organisations qui se montrent redevables envers les personnes qu’elles servent sont engagées à améliorer la qualité de leur travail. Cela implique de montrer qu’elles écoutent les membres de la communauté et agissent ensuite en conséquence. Il est important que les enseignements tirés du projet soient consignés et communiqués aux communautés ainsi qu’aux autres parties prenantes. Les leçons apprises sont d’habitude mises par écrit, sous forme d’études de cas et de rapports. Les évaluations pendant et après le projet sont une bonne source de leçons. Ce principe de redevabilité communautaire est souvent plus facile à mettre en oeuvre s’il existe une culture d’apprentissage au sein de l’organisation. Il pourrait donc être utile d’employer du personnel consacré à consigner les enseignements tirés ou alors d’inclure dans le cahier des charges de chacun la responsabilité de consigner les leçons apprises.

Il est bon de partager ces leçons avec la communauté, car cela renforce les relations. Dans les communautés où les personnes analphabètes sont nombreuses, ce partage peut se faire au travers de rencontres, de la radio, de jeux de rôle, de posters …

S’assurer qu’un projet est redevable envers les communautés exige un investissement de temps, d’énergie et de finances. Cependant, de nombreuses activités sont simples, peu coûteuses et peuvent faire une différence importante au niveau de l’efficacité du projet et de la vie des communautés. Des exemples de la manière dont la redevabilité envers la communauté fonctionne en pratique sont présentés dans les articles pages 6 et 14.

David Bainbridge est le directeur de gestion des catastrophes de Tearfund. Il dirige actuellement une initiative de Tearfund visant à soutenir la redevabilité envers les communautés au niveau de l’ensemble des œuvres financées par Tearfund.

Email : david.bainbridge@tearfund.org