Des moustiquaires imprégnées

par Dr Chris Curtis.

Le paludisme (ou malaria) est causé par des parasites (appelés Plasmodium) qui, transportés par les moustiques Anophèles, (voir ci-dessus) passent du sang d’une personne à une autre. Ce type de moustiques pique généralement tard dans la nuit, et donc des moustiquaires au dessus des lits devraient être un bon procédé pour se protéger contre eux. Cependant, les moustiques sont très habiles pour trouver le moindre trou ou autres passages à travers les moustiquaires et ils piquent aussi bras et jambes qui s’appuient à la moustiquaire pendant la nuit.

Un insecticide sans danger

On peut éviter ces problèmes en traitant les moustiquaires. On les trempe dans un insecticide pyréthroïde de façon à ce que chaque partie de la moustiquaire soit imprégnée d’une petite quantité d’insecticide qui y restera après le séchage. Ce traitement s’appelle l’imprégnation. Ces insecticides sont sans danger humain mais tuent rapidement les moustiques ou du moins les repoussent. Si la majorité des gens dans un village, l’internat d’une école ou un hôpital utilisent des moustiquaires traitées, de nombreux moustiques sont tués et il en résulte un danger moindre pour les gens qui se lèvent la nuit, ou qui n’utilisent pas de moustiquaire.

Les moustiquaires traitées sont efficaces contre les moustiques en général (ceux qui piquent même s’ils ne transportent pas nécessairement le paludisme), les punaises, les poux et quelques autres insectes ennuyeux. Ceci encourage les gens à utiliser les moustiquaires traitées.

Le choix d’une moustiquaire

Pour les lits, elles peuvent être faites de nylon, coton, fibre de polyéthylène et autres tissus. On peut aussi utiliser comme ‘rideaux de fibres’ des sacs ‘tissés’ propres de plastique qui ont été décousus et réassemblés. Toutes ces moustiquaires peuvent être traitées mais si vous décidez d’acheter des moustiquaires pour des gens qui ne les ont jamais utilisées, celles de nylon solide (100 denier à peu près d’épaisseur) représentent probablement le meilleur choix. Si on les achète directement à l’usine, en gros, on fera une économie substantielle par rapport à ce qu’elles auraient coûté dans un magasin. Les moustiquaires de lits se fabriquent en différentes tailles, donc mesurez les lits et nattes avant de passer votre commande. Les moustiquaires qui n’ont pas la taille requise ne sont pas pratiques et donc les gens seront moins enclins à les utiliser et ils seront aussi moins bien protégés.

Le traitement de la moustiquaire

L’imprégnation se fait facilement. On dilue dans les proportions correctes un insecticide pyréthroïde dans de l’eau, et l’on y trempe les moustiquaires, puis on les tord comme si on lavait des vêtements. Bien que pas dangereux une fois dilués, les pyréthroïdes peuvent irriter la peau et donc on devrait porter des gants de caoutchouc (ou de grands sacs en plastique) lorsqu’on effectue le traitement décrit ci-dessus. Il serait également sage de porter des lunettes de protection contre les éventuelles éclaboussures. Après avoir tordu les moustiquaires on les met à sécher à plat. Si on les met à sécher sur les lits, l’heureuse conséquence c’est que les gouttes vont imprégner le matelas ou la natte et réduire ainsi le nombre de punaises: très malin!

Le tableau à la page suivante donne les détails nécessaires et les proportions pour diluer les différents produits chimiques. N’hésitez pas à demander de l’aide si ce tableau est difficile à comprendre ou si vous ne savez pas quels sont les insecticides disponibles dans votre pays, ou bien où vous les procurer.

L’entretien

Un lavage vigoureux retire une partie du pyréthroïde des moustiquaires. On a donc décidé que des villageois de Tanzanie laveraient leurs moustiquaires tous les six mois et on a organisé, le jour suivant, leur traitement à un point central du village où le pyréthroïde est mis à la disposition de tous ceux qui les apportent. Ce procédé a bien marché. Dans certains pays les moustiques et les cas de paludisme apparaissent surtout pendant la saison des pluies, et il est seulement nécessaire de traiter les moustiquaires juste avant les pluies, et de les utiliser ensuite avec soin jusqu’à la fin de la saison des pluies.

Des résultats impressionnants

Dans les régions tropicales et subtropicales d’Asie, le paludisme est encore une des maladies majeures malgré les efforts faits pour contrôler les moustiques par le traitement des maisons aux insecticides. Là où ce traitement ne réussit pas (par exemple l’Ile d’Hainan en Chine, et parmi les gens des tribus d’Assam en Inde), des réductions importantes des cas de paludisme ont été obtenues grâce à l’utilisation de moustiquaires traitées au deltaméthrine. En Afrique, le paludisme est une des causes essentielles de la mortalité infantile. En Gambie un essai récent de traitement des moustiquaires des villageois au perméthrine, exécuté par les personnels de santé, a réduit la mortalité infantile de 63%. L’Organisation Mondiale de la Santé projette d’organiser quatre essais à grande échelle dans différentes parties de l’Afrique, pour voir si ce résultat remarquable peut être répété dans différentes conditions.

Une fois les moustiquaires et le pyréthroïde obtenus, cette méthode de prévention du paludisme est très efficace et simple à suivre.

  • Pourriez-vous encourager votre communauté à discuter de la façon d’utiliser ce traitement?
  • Quel serait le moyen le plus économique de fabriquer ou d’obtenir des moustiquaires dans votre région?

Commencez par la protection des jeunes enfants et des bébés si les fonds ne sont pas suffisants pour protéger tout le monde au début.

Faites nous savoir comment ça se passe.

Dr Chris Curtis travaille à l’École de Médecine et d’Hygiène Tropicales, Keppel Street, Londres WC1E 7HT, Royaume-Uni.

Dilutions chimiques

Un concentré émulsifiable (C.E.) d’un des pyréthroïdes suivants peut être utilisé:

Pyréthroïde

perméthrine

deltaméthrine

lambda-cyhalothrin

Noms des marques de C.E.

Peripel

K-othrin

Icon

 

Imperator

Decis

karate

Concentration aprés addition d'eau pour le traitement des filets en...

Eksmin

 

 

nylon

1%

0.1%

0.05%

coton

0.5%

0.05%

0.025%

polyéthylène

2%

-

-

Notes:
(i) Les concentrations sur ce tableau sont basées sur les faits que: un mètre carré de moustiquaire en nylon retient environ 20 ml de liquide après l’avoir plongée et tordue. Celles en coton retiennent plus et celles en polyéthylène moins. Des dépôts de 200 mg de perméthrine, 20 mg de deltaméthrine ou 10 mg de lambda-cyhalothrine par mètre carré tuent rapidement les moustiques sans que la peau et le nez des humains n’en soient irrités.

(ii) Les moustiquaires en polyéthylène continuent à s’égoutter pendant environ une demi-heure et ces gouttes peuvent être récupérées pour un usage ultérieur. Deltaméthrine et lambda-cyhalothrine ne sont pas recommandés pour les moustiquaires en polyéthylène car il semble qu’ils puissent causer une irritation de la peau et des éternuements.

La préparation des dilutions: un exemple pratique

Un membre du personnel de santé d’un village, Solomon, a obtenu une bote de Péripel (C.E. de perméthrine) du Responsable de la Santé de la Région. L’étiquette disait que c’était un C.E. à 20%. Il a calculé (et vérifié avec son ami Ahmed qui est instituteur) que pour obtenir une concentration de 1% pour le traitement des moustiquaires en nylon, il devait diluer une mesure de Péripel dans 19 mesures d’eau (c’est-à-dire mettre le Péripel dans un total de 20 fois son volume d’origine). Certains des villageois avaient des moustiquaires en coton et celles-ci n’auraient besoin que de la moitié de la concentration ci-dessus; c’est-à-dire une mesure de Peripel pour 39 mesures d’eau. Comme mesure Solomon a utilisé un bocal propre qu’il a ensuite gardé pour le réutiliser plus tard sans jamais s’en servir pour la nourriture.

Six mois plus tard quand il était temps de traiter à nouveau les moustiquaires, le Responsable de la Santé de la Région a pu obtenir Icon dont l’étiquette disait que c’était un C.E. à 5% de lambda-cyhalothrine. Solomon a calculé qu’il devait mélanger un bocal d’Icon à 99 bocaux d’eau pour obtenir une solution à 0,05% pour les moustiquaires en nylon, et un demi-bocal d’Icon à 99 1/2 bocaux d’eau pour obtenir une solution à 0,025% pour celles en coton. Il a estimé que 100 bocaux de liquide suffisaient au traitement des moustiquaires en coton que les villageois apporteraient.