Chaîne de valeur au Kenya

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étude de cas : Chaîne de valeur au Kenya

avec Bertha Chunda 

Bertha Chunda

L’organisation Farm Concern International (FCI) est spécialisée en analyse des chaînes de valeur et aide les agriculteurs à accéder aux marchés. Elle encourage les gens à produire ce qui se vend, au lieu de se contenter de vendre ce qu’ils ont toujours produit.

Dans le sous-comté de Marsabit, au nord du Kenya, les sécheresses fréquentes et les mauvaises infrastructures ont contribué à accroître la pauvreté. FCI a travaillé avec les communautés de Marsabit pour les aider à trouver le moyen d’augmenter leurs revenus. 

FCI a commencé par analyser le marché local pour connaître les produits qui faisaient l’objet d’une forte demande et ceux susceptibles d’apporter le plus de bénéfices aux agriculteurs. Une fois ces produits recensés, elle a analysé les chaînes de valeur pour savoir ce qu’on pourrait changer pour ajouter de la valeur aux produits. 

Changement de cultures 

FCI a constaté que de nombreux agriculteurs cultivaient et vendaient des haricots et du maïs, alors que ces cultures ne poussent pas bien dans les zones à faibles précipitations. En outre, le maïs ne se vendait qu’à 46 shillings kényans (KSH) par kilo sur les marchés. Pourtant, il y avait une forte demande de haricots mungo, une culture résistante à la sécheresse, bien adaptée au climat de Marsabit. Le prix du marché des haricots mungo en pleine saison était de 70 KSH par kilo. Les agriculteurs ont rapidement compris qu’il serait plus rentable de cultiver des haricots mungo.

Hakule Dida's income increased when she started growing green grams instead of maize and beans. Photo: Farm Concern International (FCI)
Le revenu de Hakule Dida a augmenté quand elle a commencé à cultiver des haricots mungo au lieu du maïs et des haricots. Photo : Farm Concern International (FCI)

Nouveaux produits et solutions de transport 

Un autre produit identifié par FCI était le lait de chamelle. Les familles de Marsabit produisaient plus de lait de chamelle que ce dont elles avaient besoin, et elles gaspillaient l’excédent. FCI savait que le lait de chamelle était très demandé et que ce serait une bonne source de revenu.  

Auparavant, les commerçants n’avaient pas accès au lait de chamelle de cette région, car ce dernier risquait de tourner pendant sa collecte auprès des différents éleveurs. Mais FCI a aidé les éleveurs à mettre en place un point de collecte central. Elle a appris aux éleveurs à stocker le lait dans des récipients propres en acier inoxydable, car dans les récipients en plastique, le lait tournait avant d’atteindre le marché.  

Rapprocher éleveurs et commerçants 

La troisième chaîne de valeur que FCI a trouvée à améliorer était celle des chèvres et des moutons. Le marché au bétail était situé à deux jours de route, et les animaux perdaient du poids pendant le voyage. Les éleveurs avaient donc un faible pouvoir de négociation et acceptaient de vendre leur bétail à des prix très bas. Sur le marché, ils devaient vendre par l’intermédiaire de courtiers, qui prenaient une commission au passage. 

FCI a incité les communautés de Marsabit à créer des « villages commerciaux », où ils pourraient commercialiser leurs produits ensemble et augmenter leur pouvoir de négociation. Par l’intermédiaire de ces villages commerciaux, FCI a organisé des réunions entre les éleveurs et les commerçants locaux. Les éleveurs ont accepté d’amener leur bétail dans un lieu central de leur communauté, où les commerçants pouvaient se rendre pour faire leurs achats. Cela a permis aux éleveurs et aux commerçants d’économiser du temps et des efforts, et les éleveurs ont pu vendre à des prix raisonnables. 

Partenariats pour le changement 

Par le biais des villages commerciaux, FCI a également mis les membres de la communauté en contact avec d’autres organisations. Elle a par exemple invité des banques dans les villages pour expliquer à la population comment ouvrir un compte et l’importance de l’épargne. Et le ministère de l’Agriculture a dispensé une formation sur les techniques agricoles.  

Une communauté transformée 

Le projet a apporté un véritable changement dans la vie des gens. Les niveaux de revenu des ménages ont considérablement augmenté. Dans un village, les revenus des femmes sont passés de moins d’un dollar par jour à au moins 10 dollars par jour, parfois même jusqu’à 30 dollars, grâce à la vente de lait de chamelle.  

Cette région avait toujours été connue pour ses conflits tribaux. Mais le fait de travailler ensemble sur le projet a amélioré les relations entre les tribus et les groupes religieux, et entre les hommes et les femmes. Les taux de criminalité ont également chuté dans la région. Les jeunes s’emploient activement à gagner leur vie et sont moins tentés d’adopter des comportements préjudiciables, comme la consommation de drogue. 

Plusieurs participants ont dit : « FCI nous a fait prendre conscience de la valeur de ce que les gens avaient déjà. La plupart des ONG apportent des choses, mais ça ne peut pas nous transformer. FCI a renforcé notre pouvoir d’action. »  

Cette étude de cas a été compilée à l’aide de recherches par Bertha Chunda, conseillère mondiale en sécurité alimentaire chez Tearfund. 

Site internet : www.farmconcern.org
E-mail : bertha.chunda@tearfund.org

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