Santé Communautaire - Qui est maître de la situation?

par Keith Wright.

L’idée d’avoir des activités communautaires est devenue très à la mode dans le travail de développement et surtout dans les soins de santé primaire. L’expression communautaire fut utilisée à l’origine pour décrire le travail de développement sanitaire qui avait lieu dans une communauté loin d’une unité sanitaire fixe. Jusqu’alors les services d’une clinique ou d’un dispensaire mobiles étaient ce qu’on offrait de mieux comme soins de santé à domicile. Les dispensaires étaient organisés par les services de santé et dispensaient leurs programmes suivant un calendrier bien à eux. Ce système n’avait pas l’occasion de traiter les causes premières de la majorité des problèmes de santé qu’ils voyaient. Les queues au dispensaire étaient donc toujours aussi longues.

L’idée de travailler directement au sein et avec la communauté gagna rapidement l’intérêt des donateurs et du personnel de santé. On voyait là une manière naturelle de développer le caractère préventif des soins de santé primaire. Cependant, la large utilisation de l’expression communautaire lui a donné plusieurs sens.

En gros, il y a deux types de programmes de Santé Communautaire: ils portent le même nom mais fonctionnent de manière très différente.

Les Programmes Implantés dans la Communauté

Le personnel de santé travaille dans la communauté, mais selon les projets et procédures d’un programme qui a été prédéterminé par le Bureau de Planification, loin de la communauté en question. On attend des membres de la communauté qu’ils coopèrent aux projets du programme. Toutes les décisions importantes sont prises par ce Bureau de Planification, en dehors de la communauté. Ce type de programme peut se définir comme implanté dans la communauté.

De nombreux programmes sanitaires sont implantés dans la communauté dans leur méthode de travail. C’est le cas en particulier des programmes qui reçoivent un apport financier considérable d’agences extérieures. Ce soutien peut parfois définir de nombreux objectifs et introduire des données qui en réduisent beaucoup la flexibilité. Par exemple…

  • Le projet insiste sur la continuation de la construction de latrines, alors que le problème majeur de la population est la destruction du pont.
  • Le projet vise à la formation de 200 Agents Sanitaires de Base en un an, mais moins de 50 volontaires s’inscrivent. Pour atteindre son objectif, le projet offre des primes alléchantes pour encourager plus de volontaires à participer.

Les Programmes Dirigés par la Communauté

Le programme de santé n’est pas défini de manière stricte, mais a la flexibilité de répondre aux besoins de la communauté. Ces besoins sont identifiés et décrits par les membres de la communauté - et non par des étrangers. Le programme est réellement dans les mains d’une communauté. Le rôle du programme est de renforcer la capacité de la communauté à prendre en main et gérer son propre programme de soins de santé en son sein même. Ce programme peut se définir comme dirigé par la communauté.

Les programmes de santé dirigés par la communauté ont l’avantage de développer le travail préventif qui sera…

  • soutenu par la communauté avec des services extérieurs qui offrent leurs services en partenaires
  • dirigé vers des problèmes identifiés par cette communauté
  • une action continue dans la communauté pour effectuer le travail de développement qui attaque les causes premières de la mauvaise santé.

Un soutien qui fait vraiment la différence

Tous ceux qui travaillent dans des projets de Santé Communautaire sont vraiment concernés par ‘l’amélioration’ de la santé et le maintien de cet état de fait. Pour faire que ceci se réalise, les communautés auront besoin…

  • des compétences et des encouragements qui leur permettront de prendre le contrôle de la situation
  • des compétences pour prévenir les problèmes évitables
  • des compétences pour effectuer les activités locales de développement

Elles ne pourront pas le faire seules. Elles auront besoin de l’aide et des encouragements de groupes extérieurs.

Dans une attitude réelle de partenariat et de coopération, les programmes peuvent…

  • aider à identifier les problèmes
  • encourager à réaliser que le changement est possible
  • former des dirigeants
  • développer les compétences
  • soutenir les projets formulés par la communauté
  • développer les compétences pour diriger et organiser le travail communautaire
  • faire que tout ceci puisse se réaliser par une politique appropriée.

Ceci n’est pas difficile. Il suffit que le personnel du programme et les agences extérieures aient le courage de faire confiance et de croire que ce qu’on ne peut pas réaliser seul peut se réaliser à plusieurs.

Keith Wright a travaillé en Ouganda pendant huit ans avec SC, formant le personnel de développement communautaire et les personnes ayant à prendre des décisions. Il travaille maintenant comme conseiller de formation pour ITDG, Myson House, Railway Terrace, Rugby, CV21 3HT, Royaume-Uni.

Cet article est en partie tiré de la série intitulée Facilitator’s Manual for the Training of Trainers. Cette excellente série est composée de 4 livres - un total de 500 pages - qui couvrent une grande variété de sujets pour l’enseignement des formateurs - les personnes au coeur du développement SC. Une grande partie des chapitres est particulièrement bien adaptée à l’enseignement en ateliers avec objectifs, matériel nécessaire, études de cas, questions à discuter et conclusions. Bien que basée en Ouganda, la série peut facilement s’adapter à d’autres pays. Le contenu en a été testé et mis à l’épreuve au cours de douze années de pratique en ateliers en Ouganda. Elle est fortement recommandée.

Les quatre volumes, accompagnés d’une série d’aides visuelles. Adresse: Uganda CBHC Association, PO Box 325, Entebbe, Ouganda.