Action Locale pour l’Alphabétisation

par Clinton Robinson.

L’alphabétisation n’est certainement pas le simple fait ‘d’apprendre à lire à quelqu’un’! L’essentiel est d’avoir une langue écrite. De nombreuses langues dans le monde ne sont pas encore écrites, et si tel est le cas de la vôtre, il y a encore de l’espoir - mais il reste un gros travail à faire pour arriver au bout de cette étape essentielle.

Pour quelqu’un de l’extérieur, qui sait lire, l’alphabétisation semble toujours une bonne idée. Il est tentant de mettre sur pied des campagnes d’alphabétisation pour les autres. Cependant, l’alphabétisation ne durera que si une communauté veut vraiment lire et écrire, et si elle prend la responsabilité de répandre elle-même cette alphabétisation. Une communauté doit être mobilisée pour l’alphabétisation.

Nous avons eu ce problème dans une petite communauté du Cameroun parlant une langue minoritaire dans le pays. Comment valoriser l’alphabétisation? Comment répandre l’alphabétisation dans toute la région? La réponse partielle est de former un comité local pour encourager l’alphabétisation.

Pourquoi former un comité local?

Chaque communauté est différente. La façon dont l’alphabétisation sera organisée différera aussi; elle dépendra de la langue locale, des projets de développement et des besoins particuliers tels que l’éducation des femmes. Un comité local peut discuter des meilleurs moyens pour satisfaire ces besoins et établir des priorités. Par dessus tout, lorsque des personnes locales prennent la responsabilité du travail d’alphabétisation, le programme est le leur et elles ont un intérêt réel à ce que ce programme soit une réussite.

Qui est membre d’un comité local?

Un comité d’alphabétisation doit représenter la communauté entière. Il est important que personne ne se sente mis à l’écart; les différents groupes de la communauté ont besoin de sentir qu’ils sont représentés par au moins un des membres du comité. Donc, dans de nombreux endroits, un comité sera constitué de membres représentant certains ou tous les groupes suivants…

  • les hommes et les femmes
  • les jeunes, les adultes, les vieux
  • les différents villages et groupements de villages
  • les diverses églises et dénominations
  • les structures de développement: coopératives, associations pour le développement du village, l’administration locale du gouvernement.

Au début, un comité peut aussi avoir besoin d’un conseiller technique pour aider - par exemple à la production de documents, ou finaliser la forme écrite de la langue. La langue locale devrait être utilisée partout où cela est possible, même si cela signifie une aide supplémentaire.

Il y aura souvent deux sortes de membres du comité: membres honoraires et membres actifs. Les membres honoraires sont ceux qui participent de par leur statut ou rôle dans la région: les chefs, les responsables religieux, les maires etc. Ils donnent de la crédibilité au comité et peuvent offrir une aide précieuse pour encourager l’idée de l’alphabétisation.

Les membres actifs sont ceux qui participent concrètement au processus d’alphabétisation, comme par exemple ceux qui surveillent, qui enseignent ou qui écrivent. Les deux catégories de membres sont nécessaires pour que l’alphabétisation se répande de manière effective.

Que fait le comité local?

Son rôle le plus important est de surveiller et d’encourager le développement du travail d’alphabétisation. On doit se mettre d’accord sur la planification, prendre des décisions, créer de nouveaux documents pédagogiques et surveiller les finances. Voici quelques-unes des questions que les comités débattent régulièrement…

Planification

  • Comment les gens utiliseront-ils la lecture et l’écriture?
  • Quels groupes ont le plus besoin de l’alphabétisation?
  • Combien d’enseignants nous faut-il?
  • Comment seront-ils formés?
  • Quand devrions-nous commencer les cours?
  • Quelle sera la durée du cours?
  • De quel appui avons-nous besoin?
  • Quelles autres organisations pourraient être impliquées?

Décisions

  • Où devraient avoir lieu les cours?
  • Qui devrait être formé comme moniteur?
  • Quelles sortes de document pédagogique faudrait-il produire?

Initiatives

  • Quelle nouvelle littérature pourrait être développée? Agendas? Calendrier? Tableaux de santé?
  • Peut-être pourrions-nous créer un journal local?
  • Comment pouvons-nous utiliser les anecdotes et l’histoire locales?
  • Comment impliquer plus de gens dans notre programme?

Finances

  • Quel sera le coût du programme?
  • Quelles sont les sources possibles de financement?
  • Qui va gérer l’argent?
  • Comment rendrons-nous compte de ce que nous dépensons?

Quand le comité fera face à toutes ces questions, le programme d’alphabétisation commencera à s’adapter au contexte local et deviendra réellement la propriété de la communauté locale.

Le mot de la fin

Un comité local peut produire un effet de vague. Par sa promotion de l’alphabétisation au niveau local, toute la communauté commencera à comprendre que le fait de savoir lire et écrire peut aider dans leur vie quotidienne ici-même au village.

Clinton Robinson a travaillé pendant dix ans avec The Summer Institute of Linguistics au Cameroun, d’abord dans un projet d’alphabétisation et de traduction dans un village, puis comme directeur de SIL. Il travaille maintenant au Royaume-Uni, dans les domaines de la communication, des langues et du développement rural.

Alphabétisation et Santé

‘Eduquez un garçon et vous éduquez un homme.
Eduquez une fille et vous éduquez une génération.’

Sur le milliard de personnes dans le monde qui ne sait pas lire, les deux-tiers sont des femmes. Dans la plupart des sociétés, les filles ont moins de chances que les garçons de mener à bien leur scolarité. Si l’argent pour payer l’écolage vient à manquer, les garçons auront presque toujours priorité sur les filles. Les parents pensent qu’un garçon trouvera plus facilement du travail et continuera à travailler, alors que les filles se marieront et auront des enfants.

Pourtant, des sondages ont montré qu’en fait, l’éducation de la mère a un effet à long terme plus important que celle du père, tant sur sa santé personnelle que sur celle de sa famille.

Des études montrent que les mères instruites vont plus facilement au dispensaire et y retourneront probablement si la santé de leur enfant ne s’améliore pas. Les femmes instruites ont tendance à avoir moins d’enfants et en meilleure santé. Elles ont aussi tendance à fonder leur famille à un âge plus avancé. Un groupe de chercheurs pour les Nations Unies a trouvé, en étudiant 46 pays, qu’une augmentation de 1% du nombre de femmes alphabétisées a trois fois plus de chances de diminuer la mortalité infantile qu’une augmentation de 1% du nombre de médecins. Ils ont aussi découvert que l’éducation des femmes pendant quatre à six ans conduit à une réduction de 20% de la mortalité infantile.

Une fille qui grandit en bonne santé et qui a confiance dans ses capacités personnelles a beaucoup plus de chance de vivre sa maternité sans problème et d’élever ses enfants en développant leur potentiel personnel. Les femmes plus instruites ont une meilleure santé et une meilleure nutrition. Elles savent qu’elles peuvent influencer leur propre vie et celle de leurs enfants. Les familles des femmes qui ont une certaine instruction ont tendance à avoir un revenu plus élevé et de l’eau, une installation sanitaire, un logement, des vêtements de meilleure qualité.

Les programmes d’alphabétisation peuvent donc avoir des conséquences très importantes sur la santé. Si les femmes ont accès à l’alphabétisation et à une meilleure éducation, elles seront capables de prendre elles-mêmes des décisions qui amélioreront leur vie.