Courrier des lecteurs

Abeilles pour débutants.

Merci pour Pas à Pas. Dans votre numéro 10, vous dites que certains agriculteurs qui ne peuvent pas se permettre d’avoir du gros bétail, élèvent des moutons et des chèvres à la place. Ils constituent une réserve d’argent disponible lorsqu’il faut payer des factures d’hôpital ou d’école.

Pourquoi ne pas aussi penser aux abeilles? Leur élevage ne nécessite pas de travaux agricoles comme les plantes ou de soins comme pour le bétail. Il suffit seulement de prendre la décision d’en élever et de leur donner une boîte ou une ruche. Leurs produits sont alors à votre disposition: le miel, le pollen, la cire, le propolis, les rayons de miel et même certains médicaments tirés de leur venin.

Le miel a une valeur nutritive très élevée pour les enfants comme pour les personnes âgées. L’élevage des abeilles ou apiculture est facile à pratiquer, par les hommes aussi bien que par les femmes. Les abeilles sont également bénéfiques à l’agriculture puisqu’elles pollinisent les cultures et les arbres qui donnent ainsi plus de fruits et de graines.

Ici au Pérou, des essaims d’abeilles italiennes peuvent s’acheter jusqu’à 50 dollars, mais les abeilles de la région se trouvent partout dans les forêts, les arbres creux, les maisons et ne demandent qu’à être mises en boîte; l’opération s’appelle «shuffling». Il faut d’abord être formé par un apiculteur et acheter ou fabriquer soimême les outils nécessaires. Les abeilles travaillent très dur. Elles sont à l’ouvrage de six heures du matin à six heures et demie du soir. Dans notre communauté, au coeur de la forêt vierge, il y a de nombreux arbres locaux et fleurs de la forêt que les abeilles aiment. Nous élevons les abeilles en famille et il nous est facile de vendre nos produits. Le miel doit être extrait naturellement sans jamais le faire cuire ou bouillir.

Les pires ennemis des abeilles sont les fourmis. On peut les éloigner en répandant des cendres chaudes autour de la ruche. J’ai rencontré quelques difficultés: les abeilles dans notre région sont très agressives. J’ai eu aussi des difficultés à changer la cire des rayons à couvain car quelques-unes de nos ruches ont trois ans ou plus. J’aimerais bien avoir des idées nouvelles sur ces sujets.

Silas Santiago Leiva, Comunidad Campesina Paz y Esperanza, Apartado 18, Moyabamba, San Martin, Pérou.

Editrice: L’apiculture est un sujet dont nous pensons traiter en détail dans un futur numéro. Envoyez-nous, s’il vous plaît, vos expériences à ce sujet.

Projet Pygmée Bamande

Merci pour vos exemplaires de Pas à Pas. Les numéros traitant de l’alphabétisation, de l’environnement et de l’abus des drogues sont très intéressants. Je travaille avec le projet Pygmée Bamande au centre de la forêt équatoriale au Zaïre. Il n’est pas facile à ceux qui l’habitent de comprendre les dangers qui les menacent s’ils détruisent la forêt.

Il est très important de comprendre comment vivent les Pygmées et de respecter leurs coutumes traditionnelles pour gagner leur confiance. Chaque groupe de Pygmées est lié à un patron (qu’on appelle le mukpala dans le dialecte local). Celui-ci a autorité sur eux et leur fournit matériel, nourriture, vêtements et autres. Les Pygmées préfèrent écouter leur patron de préférence à n’importe quel étranger.

Les Pygmées sont gros buveurs et gros fumeurs, surtout de chanvre indien. Même les petits enfants sont encouragés à fumer le chanvre; car on dit que ça les rend forts au travail et à la chasse. Les lecteurs peuvent-ils suggérer des idées sur ce problème?

Emilu Ezabo Bob, Bamande Pygmy Project, c/o Green House Nyankunde, PO Box 21285, Nairobi, Kenya.

Animation rurale et urbaine

C’est par hasard que le numéro 22 de Pas à Pas m’est tombé dans les mains. Après l’avoir étudié, je souhaite vous dire combien je l’ai apprécié. J’espère pouvoir partager ici quelques-unes de mes expériences alors que je faisais de la formation avec APICA.

Je considère l’animation comme la capacité d’un individu ou d’un groupe social à reconnaître la réalité dans laquelle il vit, à l’analyser et à repérer les lacunes et le potentiel qu’elle comporte puis à envisager des solutions pour la rendre meilleure.

Quelque soit le milieu, rural ou urbain, dans lequel on vit, le but recherché chez l’individu ou le groupe social est identique: améliorer le cadre de vie. Même si cette animation est réalisée par des personnes extérieures au milieu (agents de développement), leur but est de conduire les populations à l’examen et à l’analyse de leur milieu; il en résultera une prise de conscience qui aboutira à des activités positives.

Souvent les agents de développement s’interrogent sur les différences entre l’animation en milieu rural et en milieu urbain. Au niveau du village, on peut noter l’insuffisance de communication, le manque d’organisation au niveau de la commercialisation des produits et de la politique des prix à la production, les salaires trop maigres et le vieillissement de la population dû à l’exil des jeunes vers les villes, l’insuffisance ou l’absence d’infrastructures sociales.

Au niveau des villes, on peut relever les différences de statut social, le chômage qui conduit à des comportements anti-sociaux (vols, banditisme, délinquance, prostitution, alcoolisme…).

Il apparaît que les différences essentielles entre les deux types d’animation ne sont pas au niveau de la façon d’animer, mais plutôt au niveau des problèmes à aborder. L’animation consiste toujours à prendre conscience du milieu dans lequel on vit et à l’analyser.

Tout travail d’animation s’articule autour des questions fondamentales telles que:

  • Quelle sorte de situation économique se propose-t-on de changer?
  • Quelles sont les entraves à l’amélioration économique ou sociale?
  • Quelles sont les mécanismes économiques qui empêchent le développement de la région?
  • Quelles sont les ressources à notre disposition susceptibles d’encourager le développement si nous les utilisons correctement?

Les actions et l’attitude de l’animateur devraient être influencées par le milieu dans lequel il intervient et par l’état d’esprit et les problèmes du groupe social avec lequel il travaille, que ce soit en milieu rural ou en milieu urbain. C’est là je crois la seule différence.

Philippe Nkounkou, APICA, BP 7485, Yaoundé, Cameroun.

Problèmes d’alcool

Suite au numéro 23 concernant la drogue, je voudrais faire part ici du problème d’alcool que nous avons à Karamoja. Traditionnellement, nous n’avions qu’une sorte d’alcool local qui était distillé dans les villes de Moroto et Kotido. Il s’appelait ordinaire. Un nouvel alcool fort, le lira lira a été introduit en 1986 et maintenant les gens boivent plutôt ça.

Des jeunes hommes ont commencé à vendre leurs animaux pour avoir assez d’argent pour s’acheter cet alcool. Les gens ici sont des bergers. Les personnes âgées ont protesté et ont dit que cet alcool fort a fait baisser le taux de fertilité dans la région. Les membres les plus faibles des familles meurent, car il ne reste pas assez d’argent pour acheter à manger.

Les autorités (Conseils de Résistance) essaient d’empêcher l’achat et la vente de cet alcool, mais cela reste un problème majeur. Les lecteurs auraient-ils quelques bonnes suggestions à faire?

Peter Buiton, Karamoja Seeds Scheme, PO Box Kotido, Ouganda.

Les pas se rapprochent

Voici une stratégie que j’ai initiée et que j’aimerais partager avec vos lecteurs. De nos jours, de nombreuses communautés se sentent vulnérables, impuissantes et ont un sentiment d’infériorité devant les difficultés de la vie quotidienne, les échecs essuyés et leurs efforts souvent vains. Face à ce sentiment d’impuissance, nous devons définir une approche qui force l’engagement et motive les communautés.

Ma stratégie est en trois parties:

1. Pas à pas Cette première phase encourage la communication; c’est un processus démocratique qui encourage chacun à s’exprimer et à développer ses pensées jusqu’au bout. Ce processus est lent, mais de nouvelles idées apparaissent et sont discutées à fond.

2. Les pas se rapprochent Quand «animateurs» et «animés» s’acceptent, des ouvertures se créent grâce à l’analyse commune d’une situation ensemble; si les gens veulent être efficaces, ils doivent:

  • définir leurs forces et leurs faiblesses
  • analyser leur ressources et évaluer leur potentiel
  • planifier une bonne utilisation de ces ressources
  • obtenir l’information nécessaire.

Nos villages ont une histoire; pas seulement celle des générations qui se sont succédées mais aussi celle de leur affrontement constant avec leur environnement jamais maîtrisé. Cette longue expérience se traduit par des pratiques traditionnelles et des connaissances précieuses, par des initiatives multiples, des associations, des idées nouvelles. Ce capital d’expériences, ces capacités d’adaptation, de reflexion et d’organisation fournissent une riche matière première à utiliser. Lorsque des communautés commencent à réfléchir et à gérer leur potentiel, on peut alors dire que ‘les pas se rapprochent.’

3. Les pas se confondent Quand les groupes progressent avec leurs animateurs vers des solutions réelles à leurs problèmes, nous avons alors atteint la phase ‘des pas qui se confondent’.

J’espère que ce bref résumé de ma stratégie aidera d’autres lecteurs.

Nohoune Lèye, PO Box 10, Khombole, République du Sénégal.



Donnez le biberon à vos arbres

Je travaille au Nord du Nigéria sur un ensemble de projets de sylviculture et d’agriculture et j’aimerais partager ici une technique très simple pour arroser les arbres.

Il est difficile d’encourager la plantation d’arbres en raison de la longue saison sèche (5 à 7 mois). L’arrosage des arbres pendant cette période prend beaucoup d’eau (souvent insuffisante) et représente beaucoup de travail.

Une façon d’éviter ces problèmes est d’enterrer un récipient à côté de chaque plant mis en terre, à environ 40 ou 50cm de distance. Ce récipient peut être une vieille boîte de conserves ou une bouteille en plastique fissurée. Avant d’enterrer le récipient, on doit y percer deux ou trois trous au fond et sur les côtés. Puis l’enterrer en ne laissant apparaître que le goulot (ou

l’ouverture).

Pendant la saison sèche, le récipient est rempli d’eau et fermé par une pierre pour éviter l’évaporation. De cette façon, l’eau s’infiltre lentement dans la terre profonde et encourage ainsi le développement des racines en profondeur. Les pertes d’eau par évaporation sont très réduites. Avec ce système, les arbres n’ont besoin d’être arrosés qu’une à trois fois par semaine. Un seau d’eau est suffisant pour 5 à 10 arbres suivant la taille du récipient. Ce système est si efficace que les plants peuvent être plantés même pendant la saison sèche, quand il y a moins de travail à la ferme.

Timothy A Volk, MCC Nigéria, PO Box 42, Jos, Plateau State, Nigéria.