Supports visuels pour le développement

par Petra Röhr-Rouendaal.

«Je me sens comme un oiseau qui s’envole pour la première fois!» C’est ce que Brenda m’a déclaré après avoir produit ses premiers supports visuels. Elle est infirmière et travaille dans le nord du Kenya avec les peuples nomades Samburu et Turkana. Pendant ces dernières années elle a voyagé avec ces nomades et vécu comme eux dans une hutte faite de nattes de paille. Son travail consiste à enseigner les soins de santé primaire à ces populations. Cela s’est avéré difficile car très peu d’entre eux savent lire et écrire et Brenda n’avait pas de ressources visuelles. Elle aurait peut-être pu en obtenir à Nairobi, la capitale, mais elles n’auraient sans doute pas été appropriées à cette culture particulière. Lorsqu’on utilise des images pour enseigner dans une communauté analphabète, il est important d’utiliser des images avec lesquelles les gens puissent s’identifier.

Par exemple, l’affiche concernant le sida et reproduite ci-dessus a été dessinée par le Ministère de la Santé à Addis Abeba et a été placardée sur tous les murs de l’Ethiopie. Quel rapport a cette affiche avec des populations rurales qui vivent dans des villages où il n’y a ni bâtiments à étages, ni hommes en costumes et chaussures élégantes, portant une serviette de cuir? Il n’est pas étonnant que les gens aient pensé que le sida était donc une maladie «de la ville» qui n’avait rien à voir avec eux.

Des supports visuels simples

Plus de 800 million de personnes dans le monde ne savent ni lire ni écrire. Dans les communautés où les gens sont analphabètes, l’image peut devenir un outil très

Point de départ pour une discussion produite par la Campagne d’Alphabétisation en Namibie. puissant pour enseigner. Des milliers d’agents de développement oeuvrant dans le monde entier pourraient utiliser des affiches et des ressources visuelles. Pourtant, on manque énormément de matériel visuel simple dans les secteurs de la santé et du développement. Les formateurs doivent se servir des rares affiches faites localement ou données par le gouvernement ou une agence d’aide. Les images simples qui pourraient aider les agents de développement à transmettre des informations vitales pouvant changer la vie de nombreuses personnes sont beaucoup trop rares.

«Health Images» (Images de Santé) a été lancé il y a neuf ans pour répondre à ce besoin précis. Basé en Angleterre, ce groupe se spécialise dans l’aide aux groupes des pays les plus pauvres. Il les aide à développer et produire leur propre matériel visuel adapté à leurs besoins locaux, ce qui améliorera la santé et l’éducation.

Nous avons travaillé avec des gens vivant dans de petites communautés de nombreux pays différents, les aidant à identifier leurs problèmes locaux et à produire les supports visuels adéquats. Notre approche est analogue à celle de Paulo Freire, le précurseur de l’alphabétisation des adultes. Il était convaincu que l’éducation ne réussit qu’au moment où un vrai dialogue s’installe avec la communauté et que l’on «démarre là où se trouve celui qui apprend». Cette approche participative est l’essence de notre travail. Nous aidons les membres de la communauté à produire des supports visuels pour leur communauté locale.

Réfléchir aux problèmes

Notre rôle de facilitateur est de fournir espace et temps aux gens d’une communauté pour qu’ils viennent discuter ensemble des questions locales de santé et de développement. Une fois qu’ils ont identifié les problèmes, nous les aidons à mettre leurs différentes idées en images. Si par exemple ils veulent rappeler aux gens qu’il faut faire vacciner les enfants, une simple affiche porteuse du message sera peut-être suffisante. S’ils veulent parler du sida, un spectacle de marionnettes pourrait être une façon de communiquer ce thème délicat. Si l’agent de développement veut découvrir ce que les gens savent des maladies transmises par l’eau, une discussion pourrait être amorcée grâce à un support visuel adéquat.

Historiquement, les images pour enseigner le développement ont été utilisées dans le cadre d’une relation d’enseignant à enseignés mais sans permettre la discussion. Le message était simplement dirigé à un groupe-cible et il n’y avait aucune participation de sa part. Dans de nombreuses communautés, les gens ont vu de simples affiches qui leur disaient «Allaitez vos enfants,» ou «Utilisez le préservatif contre le sida,» mais souvent ils ne sont pas conscients qu’il y a bien d’autres ressources visuelles possibles comme, par exemple, les points de départ pour une discussion, les cartes illustrées, les jeux éducatifs, les marionnettes et les masques, les bandes dessinées éducatives, les T-shirts imprimés ou les flannelographes. Tous peuvent encourager la participation et la discussion.

Au delà de la participation

Nous nous rendons de plus en plus compte au cours des années que même cette idée de participation ne va pas assez loin. Le mot participation implique que les gens prennent part mais cela ne leur donne pas le pouvoir de prendre leurs propres décisions.

Souvent les organisateurs disent «Il faut que nous donnions à ces gens le pouvoir de faire ceci ou cela» mais l’idée même de donner le pouvoir à quelqu’un est une contradiction en elle-même. Personne ne peut donner «le pouvoir de…» à quelqu’un d’autre, cela ne se donne pas et cela ne s’enseigne pas. Cela vient de la personne même et pour ellemême.

Dans nos ateliers, nous essayons d’encourager les gens à prendre part à de vives discussions. Nous les aidons à se concentrer sur un problème de santé ou de développement qui à leurs yeux est important pour leur communauté. Nous les encourageons à prendre leurs propres décisions et à prendre confiance en euxmêmes. Quand cela est fait, nous introduisons les différentes sortes de supports visuels et en expliquons le côté technique, surtout s’il s’agit d’imprimer à l’aide d’un écran de soie. Nous passons aussi beaucoup de temps à tester les supports visuels produits au cours d’un atelier avant de les utiliser réellement.

Souvent, les gens disent d’un air affolé: «Mais je ne sais pas dessiner!» Il est alors utile de leur rappeler que ces supports visuels n’ont pas à être des œuvres d’art, il faut simplement qu’elles aident à faire passer un message! Nous aidons tous ceux qui le désirent à obtenir des notions simples de dessin. Nous nous concentrons aussi sur le genre de supports visuels qui peuvent être reproduits en petites quantités ou en masse (comme ce qui est imprimé par la sérigraphie).

Les ateliers peuvent choisir des thèmes très différents. Au cours des années, nous avons traité des soins de santé primaire, du sida, de la formation agricole, des campagnes d’alphabétisation, de l’élevage, de l’hygiène, de l’eau et de la protection de l’environnement. Il est merveilleux de travailler avec des gens qui veulent réellement se débrouiller par eux-mêmes.

«Health Images» organise des ateliers dans tous les pays du monde, pour toutes sortes de groupes. Ils publieront bientôt un nouveau «Copybook» expliquant comment produire des supports visuels. Contactez-les en écrivant à:

Petra Röhr-Rouendaal, 73 Clarence Road, Birmingham, B13 9UH, Royaume-Uni

Bob Linney, Holly Tree Farm, Walpole, Halesworth, Suffolk, IP19 9AB, Royaume-Uni.