De : La vaccination – Pas à Pas 14

Conseils pratiques pour mener des programmes d’immunisation efficaces

Des vaccins pour les poulets de village

par Professeur P B Spradbrow.

La plupart des familles rurales dans les pays en voie de développement élèvent des poulets, même celles qui sont trop pauvres pour avoir d’autres animaux. Ces poulets doivent chercher eux-mêmes leur nourriture, bien qu’ils reçoivent parfois des restes que les familles leur jettent. Les poulets ne sont pas parqués et ils manquent souvent du moindre abri. Les poulets de village peuvent être vendus ou échangés et ils fournissent viande et oeufs. Trop souvent une maladie grave appelée la maladie de Newcastle se répand parmi les poulets du village et les tue tous, privant ainsi leurs propriétaires d’une importante source de revenus et souvent de leur unique apport en protéines animales. Si l’on arrivait à contrôler la maladie de Newcastle parmi les poulets, la production serait bien plus importante et les gens du village se donneraient plus de peine pour l’élevage des volailles.

Les vaccins contre la maladie de Newcastle sont disponibles et sont largement utilisés dans les élevages commerciaux. Ces vaccins habituels sont rarement utilisés pour les poulets de village et il y a plusieurs raisons à cela. D’abord, ces vaccins sont très facilement détruits par l’exposition à la chaleur et ils doivent être gardés au réfrigérateur dès leur fabrication et jusqu’au moment de leur utilisation. Dans les zones rurales de nombreux pays il n’est pas possible de trouver de moyens de transport ou stockages réfrigérés et les vaccins seraient inactifs au moment de leur emploi. Le problème est le même pour les vaccins destinés à l’homme ou tout autre vaccin animal. L’autre problème c’est d’attraper les poulets pour leur administrer le vaccin habituel par gouttes oculaires ou nasales. Les poulets de village, en particulier ceux qui nichent dans les arbres, sont très difficiles à attraper!

Le Centre de Recherche Internationale Agricole Australien (ACIAR) a conduit un projet de recherche sur le développement des vaccins contre la maladie de Newcastle utilisables sur des poulets en Asie; il a été aidé par l’Université de Queensland en Australie et l’Université de Pertanian en Malaisie. On a fait des essais en Malaisie rurale et dans d’autres pays asiatiques.

La première étape consistait à produire un vaccin résistant à la chaleur ne nécessitant pas de stockage à trop basse température. On exposa à des températures élevées, durant des périodes de plus en plus longues, des variantes de la souche V4 australien du virus de la maladie de Newcastle. Le V4 était déjà une souche vaccinale qui protégeait les poulets sans leur provoquer la maladie. Il était aussi capable de résister à des températures tropicales durant quelques jours. Pour éviter d’ avoir à attraper les poulets, le vaccin était mélangé à la nourriture jetée aux poulets. Les poulets qui la mangeait étaient ainsi vaccinés. Ils devenaient porteurs du virus et le disséminaient, ce qui permettait de vacciner les poulets de la basse-cour qui avaient échappé au vaccin préalablement distribué.

On peut utiliser divers aliments. En Malaisie, on utilise le blé de préférence, tandis que dans d’autres pays on préfère le riz - même le riz ‘paddy’, c’est à dire non décortiqué. Quand d’autres pays utiliseront ce vaccin, on devra le tester sur des aliments localement disponibles. La technique de vaccination la plus simple consiste à apporter le vaccin au village, où il est mélangé aux aliments juste avant la distribution aux volailles. Il est nécessaire de prévoir assez de nourriture pour satisfaire la plupart des poulets de la basse-cour - en général sept à dix grammes par poulet. Si l’on en donne moins, seuls les plus gros, les plus dominants seront vaccinés. Dans la plupart des pays, il sera nécessaire de préparer le mélange (nourriture/vaccin) sur place. Le transport de grosses quantités de nourriture/vaccin aux villages coûterait trop cher.

Des expériences à l’Université de Queensland utilisent maintenant le vaccin incorporé dans des granulés dont un seul suffit à vacciner l’oiseau. Ceci permettrait la préparation du vaccin dans une zone centrale et son transport s’effectuerait alors vers les villages où il serait mélangé à d’autres nourritures. Le coût du transport serait peu élevé mais la préparation du vaccin pourrait être concentrée dans des centres mieux équipés.

Certains pays ont plus progressé que d’autres dans ce domaine. La Malaisie a choisi d’utiliser le vaccin résistant à la chaleur pour les poulets de village et systématiquement dans tout le pays. D’autres pays en Asie continuent leur expérimentation pilote. Certains qui ont assez de place pour abriter leur basse-cour décideront peut-être d’utiliser le vaccin tolérant la chaleur nécessitant la capture des poulets. Des essais de vaccins oraux sont également à l’étude dans certains pays africains.

Quelques pays produisent leurs propres vaccins résistants à la chaleur, alors que Arthur Webster Pty Ltd, Sydney, produit un vaccin commercial V4 également résistant à la chaleur. Des informations scientifiques au sujet du projet ACIAR ont récemment été publiées.

Professeur Peter Spradbrow dirige le Laboratoire Vétérinaire des Virus à l’Université de Queensland, PO Box 125, Kenmore 4069, Australie. Il s’intéresse particulièrement au développement des vaccins prévenant les maladies des animaux domestiques.

Éditeur: Demandez à vos agents de vulgarisation de s’informer au sujet de la disponibilité dans votre pays de ce nouveau vaccin très utile, et encouragez-les à persévérer jusqu’à ce que le vaccin vous arrive.

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