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Apprendre auprès de groupes différents comment soutenir au mieux les enfants vulnérables

Il est presque minuit. Les rues du centre-ville de Bogotá en Colombie sont désertées à l’exception de quelques policiers militaires. L’arme automatique prête à faire feu, ils gardent chaque intersection de la capitale car le président du Vénézuela, pays voisin, est en ville.

Le petit Wilson, cinq ans, est assis au bord de la route et il pleure. Son père le battra encore une fois s’il rentre à la maison sans avoir 1.000 pesos (US $1,50). La nuit est froide dans les Andes et il frissonne, pieds nus, ne portant qu’un survêtement léger. De l’autre côté de la rue, sa sœur Daisey sept ans, mendie: elle a besoin de chaussures et donc d’argent et ne peut rentrer à la maison qu’avec 1.500 pesos.

Pour un nombre croissant d’enfants de la rue dans le monde entier, cette scène n’a rien d’étonnant. Il doit y avoir une plus grande prise de conscience des situations de ces enfants en danger.

La taille du problème

Nous devons comprendre l’énormité du problème auquel nous faisons face, surtout en Amérique Latine. Il est difficile d’imaginer le nombre d’enfants qui vivent dans les rues du monde et tous ceux qui parmi eux n’ont absolument aucune attache familiale quelle qu’elle soit. On estime généralement qu’il y a dans le monde – chiffre incroyable – 100 millions d’enfants de la rue. (UN)

Presqu’un tiers de la population mondiale a moins de 15 ans. En Colombie, il y a 11 million d’enfants de moins de 15 ans dont un nombre croissant part vivre dans les rues. A Bogotá, l’estimation du nombre d’enfants des rues varie entre 2.500 (estimation la plus faible) et 110.000 (UNICEF).

Il est difficile de savoir exactement combien d’enfants vivent dans les rues car ils se déplacent beaucoup. Un enfant ou même un gang (un parche) de gosses peut se trouver très au sud de Bogotá le matin, être au centre en début d’après-midi et au Parque Lourdes (au nord de Bogotá) en fin d’après-midi. Une autre raison est que certains enfants (les «latch-key kids» qui ont la clé de chez eux autour du cou) vivent dans les rues pendant la journée mais rentrent chez eux pour la nuit.

Qui sont ces enfants?

On en identifie quatre groupes:

Les enfants totalement abandonnés On les appelle gamín en Colombie, menino de rua au Brésil ou pelón au Mexique. Ces enfants vivent dans les rues et n’ont aucun contact avec leur famille. Généralement, ils prennent de la drogue avec une préférence pour celles qui s’inhalent; habituellement la colle de cordonnier. Ces enfants ne travaillent pas.

Les enfants partiellement abandonnés Ces enfants vivent dans les rues mais maintiennent plus ou moins le contact avec leur famille. La drogue est courante parmi eux et normalement ils ne travaillent pas.

Les enfants «clé-au-cou» Ils errent dans les rues mais s’assurent qu’ils gardent le contact avec leurs familles. Ils ne prennent habituellement pas de drogue et ne travaillent pas.

Les enfants qui travaillent Ces enfants sont au travail dans la rue: ils cirent les chaussures, lavent les vitres des voitures, vendent des sucreries ou des cigarettes. La plupart du temps ils vivent avec leurs familles et ne prennent généralement pas de drogues.

En Amérique Latine, les garçons comme les filles vivent dans les rues. D’une façon générale, les filles sont plus protégées que les garçons. La proportion garçon/fille d’enfant de la rue peut parfois être de neuf contre une. Les filles, considérées plus utiles, restent à la maison tandis que les garçons sont considérés plus forts et moins menacés par une vie dans la rue.

La plupart des enfants de la rue n’ont pas été abandonnés par leurs familles. Au contraire, ils se sont enfuis de la maison pour échapper aux mauvais traitements, à la pauvreté ou à l’autorité parentale normale. Le manque de stabilité dans la vie familiale est la raison principale de la fuite d’un enfant. Dans la rue, ils rencontrent d’autres enfants qui viennent de milieux aussi difficiles que les leurs. Cependant, l’enfant se rend bientôt compte que là aussi, dans le monde de la rue, il est aussi maltraité qu’il l’était à la maison. Cette déception constitue un choc terrible; l’enfant se rend compte qu’il ne peut faire confiance ni à ses parents ni à aucune autre figure d’autorité. La fuite psychologique généralement fournie par l’inhalation de drogues devient partie intégrale de la stratégie de survie de l’enfant.

Les enfants de la rue ont fait l’expérience de la violence, à la maison aux mains de leurs parents. En conséquence, ils deviennent «chasseurs», cherchant à infliger la douleur et la violence aux autres. Le fait d’être drogué diminue le sens de la réalité.

Enfants à jeter

Imaginez d’appeler des enfants desechables – «jetable» ou «dont on peut disposer»... c’est pourtant ainsi qu’on les appelle dans les rues de Bogotá. Ce terme a pris tout son sens pour moi quand un jeune garçon avec qui j’avais travaillé fut tué une nuit et son corps jeté dans un fossé. Je sais aussi que d’autres enfants ont été tués par la police, par des bandes de drogués ou des escadrons de la mort constitués par des commerçants qui veulent nettoyer les rues de «cette vermine» ou même par d’autres gens de la rue.

Des rapports récents donnent la preuve qu’en Amérique Latine il existe des groupes qui se servent d’enfants pour se procurer des organes ou des parties du corps afin de satisfaire à la demande mondiale. Les enfants les plus chanceux qui survivent à ces opérations chirurgicales improvisées sur le terrain, se réveillent dans les rues pour constater qu’ils ont perdu un rein, un testicule ou même un oeil durant la nuit. Mais habituellement les enfants meurent après de telles opérations.

Y-a-t-il des solutions?

De nombreuses organisations disent qu’elles aident les enfants de la rue. Pourtant, l’UNICEF à Bogotá rapporte que de nombreuses organisations «à tendance sociale» vendent en fait la misère des enfants pour recueillir des fonds pour leurs organisations.

Le gouvernement colombien fait tout ce qu’il peut avec des ressources limitées. L’organisation pour le bien-être familial (Instituto Colombiano Bienestar Familiar) recherche des groupes chrétiens ou laïques avec lesquels elle pourrait travailler. Elle essaie d’obtenir davantage de moyens pour aider les enfants de la rue.

Pourtant, ce problème mondial n’appartient pas qu’aux gouvernements ou organisations sociales. Il appartient à chacun de nous. La Parole de Dieu nous demande sans cesse de nous préoccuper des orphelins. Ces mots ont gardé pour nous aujourd’hui la même fraîcheur que lorsqu’ils ont été prononcés pour la première fois:

Il doit y avoir une réponse au problème des enfants en danger dans les rues, mais jusqu’à maintenant nous n’avons pas gagné la bataille.

Les étapes pour une amélioration…

Première étape: l’amour Le premier pas vers une solution est que le monde chrétien reconnaisse que chacun de nous peut jouer un rôle. Si seulement nous prenions la parole de Dieu au sérieux nous tendrions la main à ces jeunes, convaincus que c’est là notre responsabilité: partager l’amour du Christ avec ces enfants est la part la plus importante de n’importe quelle solution.

L’Eglise chrétienne nationale doit aussi décider d’affronter le problème des enfants de la rue dans les villes de son pays. L’Eglise a été particulièrement lente à réagir dans ce domaine et pourtant il est impératif qu’elle mette au point une stratégie nationale pour résoudre ce problème. En Colombie, mis à part quelques exceptions, l’Eglise nationale n’est pas prête à considérer les problèmes sociaux à la lumière et au nom de Jésus. On n’a pas enseigné aux congrégations locales qu’elles ont une responsabilité envers les veuves, les orphelins et autres laissés pour compte de la société.

Le seul programme pour les enfants déshérités à Bogotá qui soit entièrement reconnu et financé par une église locale est celui de la Iglesia Casa Roca (Eglise du Roc). Dans ce cas précis, filles et garçons sont recueillis dans une sorte de ranch-sanctuaire au nord de la ville.

D’autres actions chrétiennes existent cependant à Bogotá comme Futuro Juvenil qui se concentre sur les orphelins et essaie de promouvoir l’idée d’adoption, notion étrangère en Colombie, Hogar Vida en Cristo qui est un programme pour les ex-drogués, et La Bergerie qui est une équipe médicale française soulageant dans les rues les besoins physiques des enfants.

Le plus vaste programme concernant environ 700 enfants de la rue à Bogotá est organisé par un père catholique romain, le père Nicolo. Il réussit à soustraire les enfants de leur milieu (la rue) mais nombreux sont ceux qui s’échappent à nouveau.

Peut-être le mieux connu en Amérique Latine est Enfants des Andes, un autre programme non-chrétien. Son directeur Jaime Jarimillo est un homme au grand cœur et il a reçu beaucoup de publicité par les médias pour avoir sauvé de nombreux enfants des égoûts de Bogotá.

Deuxième étape: offrir des choix La deuxième étape, très importante aussi, consiste à empêcher les enfants d’arriver dans la rue. Un enfant potentiellement en danger devrait avoir devant lui d’autres possibilités avant d’être contraint à vivre dans la rue.

Le foyer enfantin Hogar Infantil est un autre foyer pour les enfants. Il montre à nouveau ce qui peut être offert aux enfants menacés. En Colombie, l’organisation «In Ministry to Children» encadre 16 enfants dans un foyer à Sasaima, une petite ville située à une heure et demie à l’ouest de Bogotá. Ce foyer apporte aux enfants qui sont en danger une expérience positive de la vie de famille dans un milieu chrétien.

Jeunesse en Mission (YWAM) a un foyer d’accueil à Bogotá ainsi qu’un programme ranch pour les enfants jusqu’à 12 ans.

Troisième étape: offrir plus de soutien Dans la troisième étape, les organisations devraient évaluer à nouveau leur travail et financer davantage d’actions afin de mieux répondre aux besoins de ces enfants.

Dans les villes, les enfants de la rue risquent d’être exposés à des expériences provenant des forces du mal. Il est essentiel que les chrétiens travaillent ensemble pour comprendre les besoins des enfants de la rue et leur environnement, puis qu’ils mettent en place des stratégies pour les atteindre dans leur triste situation. Dans cette bataille, nous avons besoin de davantage de personnes qui s’engagent au nom de leur foi.

Travailler dans la rue à côté des enfants peut, bien sûr, améliorer leur situation mais ne les soustrait pas à ce milieu très négatif. Ils ont besoin de pouvoir choisir afin de quitter ce milieu s’ils le souhaitent. Avec le temps, un enfant peut se remettre de ces expériences tragiques qu’il a vécu; cette guérison varie avec le degré de stabilité de sa nouvelle vie ainsi que du temps que l’enfant a dû passer dans la rue. Plus ce temps a été long, plus la guérison sera longue. Un foyer et un soutien adaptés sont des éléments vitaux.

Gonzalo Arango pose une question très pertinente dans une des méditations de son livre A Lament for Disquiet: «Devant sa tombe creusée au flanc de la montagne j’ai demandé: la Colombie n’a t-elle aucun moyen de rendre ses enfants dignes de vivre plutôt que de les tuer?»

Aider les enfants de la rue à retrouver une «dignité de vie» est le but de tous ceux qui travaillent avec ces enfants en danger.

James Beaunaux est fondateur et directeur de «In Ministry to Children Group», Apdo 077099, 114 Bogotá, Colombie, Amérique Latine.

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