Qu’est-ce que la justice réparatrice

Pas à Pas 104 - La prison

Pas à Pas 104 présente des conseils pratiques pour s'impliquer dans le ministère des prisons et s'occuper d'anciens délinquants.

Le programme sur la justice réparatrice de Sycamore Tree Project tire son nom de l’histoire de Zachée. Illustration : Petra Röhr-Rouendaal, Where there is no artist (deuxième édition)
Le programme sur la justice réparatrice de Sycamore Tree Project tire son nom de l’histoire de Zachée. Illustration : Petra Röhr-Rouendaal, Where there is no artist (deuxième édition)

Qu’est-ce que la justice réparatrice ?

De manière générale, les systèmes de justice autour du monde s’emploient uniquement à punir l’auteur du délit. Ceux qui critiquent ce système soulignent ses nombreuses faiblesses : la plupart des détenus récidivent au cours des cinq années suivant leur libération, et les victimes d’actes criminels sont généralement ignorées, à moins de devoir servir de témoins. Pourtant, au cours des 40 dernières années, un mouvement a émergé, proposant une meilleure approche…

Une approche différente

La justice réparatrice est une réponse à la criminalité qui met l’accent sur la guérison des blessures que cause ou révèle un comportement criminel chez les victimes, les auteurs et les communautés. La justice réparatrice considère le crime et ses conséquences différemment de la justice criminelle traditionnelle, notamment sur trois points :

1. Une perspective réparatrice attire notre attention sur la restauration des victimes qui doit avoir lieu après un crime.

2. La justice réparatrice souligne l’obligation qu’ont les auteurs de réparer les dommages qu’ils ont causés en faisant amende honorable envers les personnes auxquelles ils ont fait du tort.

3. La justice réparatrice cherche à inclure toutes les parties qui ont été touchées par le crime et qui ont un intérêt à ce qu’il soit résolu, ou à éviter que des crimes similaires ne soient commis à l’avenir.

Dans le cadre des programmes de justice réparatrice, auteurs et victimes sont souvent réunis dans le but de parler de ce qu’ils ont vécu. Il ne s’agit pas nécessairement de l’auteur et de sa victime directe, bien que dans certains cas ce soit possible. Ces programmes donnent aux auteurs de délits l’occasion de comprendre le tort que cause l’acte criminel et d’envisager des actions concrètes qu’ils pourraient entreprendre pour faire amende honorable. De leur côté, les victimes ont la possibilité de revenir sur ce qu’elles ont vécu de manière à favoriser leur guérison, et de reconnaître la nature humaine de l’auteur des faits.

Différentes approches de justice réparatrice sont aujourd’hui adoptées partout dans le monde. Par exemple, au Rwanda, des éléments de justice réparatrice ont été utilisés avec succès avec des auteurs et des survivants du génocide de 1994.

The Sycamore Tree Project®

Le Sycamore Tree Project est un programme de justice réparatrice qui a été créé en 1996 par la Fraternité internationale des prisons. Les victimes d’actes criminels sont invitées dans les prisons pour participer à des sessions de groupe avec les détenus. Ces derniers n’ont pas forcément de lien avec les victimes ; il ne s’agit pas de leurs victimes directes.

Un facilitateur qualifié conduit le groupe à aborder différents sujets, tels que :

  • la responsabilité
  • raconter son histoire
  • le pardon
  • faire amende honorable
  • instaurer la paix.

À la fin de la session, les auteurs de délits lisent une lettre ou une résolution qui exprime ce qu’ils ressentent concernant le passé et la façon dont ils souhaitent avancer. Les victimes réfléchissent à la manière dont elles peuvent reprendre leur vie en main et poursuivre leur cheminement de guérison et de restauration. La dernière rencontre du groupe est un temps de célébration collective.

Le programme tire son nom de l’histoire biblique de Zachée et de sa rencontre avec Jésus (Luc 19:1–10). Zachée a avoué ses fautes, s’est repenti et a essayé de réparer ce qu’il avait fait aux autres. Bien que le Sycamore Tree Project s’inspire de principes bibliques, les sessions ne sont pas réservées aux chrétiens. L’édition la plus récente du cours, Sycamore Tree Project® NEW LEAF, contient deux versions : la version standard, qui utilise librement des histoires bibliques, et une version réservée aux contextes où les expressions publiques du christianisme ne sont pas autorisées.

Des bienfaits de part et d’autre

Les études menées par le Sycamore Tree Project indiquent que le programme présente des avantages à la fois pour les victimes et les auteurs de délits. Il accroît l’empathie des détenus pour les victimes et change leur attitude à l’égard de la récidive. Il augmente également le sentiment de bien-être des victimes et diminue leur angoisse et leur dépression. Un détenu ayant participé au programme en Angleterre a dit : « Le cours m’a incité à prendre conscience des conséquences de mes actes sur ma famille, mes amis et les victimes, et à les comprendre. Ma détermination face à l’avenir a également été renforcée. »

Une victime ayant participé au cours en Nouvelle-Zélande a dit : « Ce programme a changé ma vie. Ayant été victime d’un acte criminel, j’avais besoin de réponses à de nombreuses questions. Toutes n’ont pas encore été résolues, mais je suis devenue une personne meilleure, plus compréhensive et, je le crois, davantage disposée à pardonner qu’auparavant. »


Conseils pour les facilitateurs

L’exercice de l’effet d’ondulation est très efficace avec les détenus.

  • Pensez à demander aux autorités pénitentiaires l’autorisation d’introduire un seau et un caillou dans la prison.
  • Vous pouvez faire le même exercice avec une toute petite pièce de monnaie, en invitant les participants à essayer de la déposer dans un bol rempli d’eau sans troubler la surface de l’eau. Vous démontrez ainsi qu’il est impossible de ne pas créer d’ondulations.


Cet article a été adapté de ressources gracieusement fournies par la Fraternité internationale des prisons.

Pour en savoir plus sur Sycamore Tree Project NEW LEAF, contactez la Fraternité internationale des prisons.

Site internet : www.pfi.org
Email : info@pfi.org 



l’effet d’ondulation

Activité : L’effet d’ondulation

Il s’agit d’une activité tirée du programme Sycamore Tree Project. Le but est d’aider les détenus qui y participent à comprendre quelles sont les conséquences d’un crime ou d’un délit sur les victimes et la communauté. 

Il vous faut :

  • Un seau ou un bol incassable
  • De l’eau pour remplir le seau/bol
  • Un petit objet, p. ex. un caillou.

Démonstration

Prenez le seau rempli d’eau et le caillou. Sur un ton dramatique, décrivez l’impact qu’aurait un gros rocher qui tombe dans une étendue d’eau paisible. Tout en décrivant le rocher qui frappe l’eau, jetez le caillou dans le seau d’eau pour faire une démonstration visuelle de l’impact. Demandez aux participants :

  • Que se passe-t-il lorsque le rocher touche l’eau ?
  • Que se passe-t-il une fois que le rocher a disparu sous la surface ?

Ils remarqueront que les ondulations continuent après l’impact, et ce pendant longtemps, avant que l’eau ne redevienne lisse.

Individuellement 

Remettez à chaque participant un exemplaire du diagramme ci-dessous. Demandez-leur de penser à l’acte criminel qu’ils ont commis. Avec vos propres mots, dites-leur :

  • Imaginez que, tout comme le caillou est tombé dans l’eau, l’acte criminel crée des perturbations qui vont s’étendre et toucher de plus en plus de personnes.
  • Dans chacun des cercles, notez le nom des personnes ou des groupes qui ont été affectés par vos actes. La victime immédiate et vous-mêmes êtes les plus proches du centre. Puis pensez aux autres personnes qui ont été touchées (par exemple, la famille de la victime immédiate et ses amis, votre famille et vos amis, les membres de la communauté, etc.) et ajoutez leurs noms dans les cercles suivants.

En groupe

En cercle, encouragez le groupe à discuter de ce que nous dit cet exercice sur les effets d’un acte criminel bien après avoir été commis.