Chaque goutte compte

Pas à Pas 110 - L'agriculture durable

Pas à Pas 110 traite des différentes stratégies que peuvent adopter les agriculteurs pour préserver la bonne santé des écosystèmes et la productivité de leur exploitation

CHAQUE GOUTTE COMPTE

En 2013, les champs autour du village de Meghawakhurd, dans le nord de l’Inde, étaient arides et improductifs. Plusieurs années de sécheresse avaient entraîné une grave pénurie d’eau, et de nombreuses familles abandonnaient leur ferme pour aller s’installer en ville en quête de travail.

Les personnes qui restaient dans le village luttaient pour survivre. Elles passaient l’essentiel de leur temps à couper et vendre du bois de chauffage à 25 kilomètres à la ronde.

Une approche durable menée par les agriculteurs s’imposait pour gérer correctement le bassin versant et leur permettre de rendre leurs terres à nouveau productives.

SOLUTIONS LOCALES

À cause des pentes raides et de la déforestation, l’eau de pluie ne restait pas dans les champs. Ce phénomène provoquait l’érosion et l’assèchement des sols. Les agriculteurs devaient donc trouver des moyens de ralentir le ruissellement de l’eau, de créer des réserves d’eau et de favoriser son infiltration dans les sols. Suite aux discussions facilitées par EFICOR, partenaire de Tearfund, ils ont décidé d’entreprendre ce qui suit :

  • monter des murets en pierres le long des courbes de niveau pour empêcher l’eau de s’écouler directement vers le bas de la pente  
  • creuser des canaux de drainage et des bassins pour capter une partie de l’eau
  • planter des variétés locales d’herbes et d’arbres, dont des légumineuses, pour retenir la terre et l’eau de pluie, et améliorer la fertilité des sols.

Avec l’aide d’un conseiller agricole du gouvernement, les agriculteurs ont mené des essais sur une parcelle. Ils ont ainsi pu étudier plusieurs techniques permettant d’économiser l’eau, dont un système de riziculture intensive et la méthode des cultures intercalaires.

Autrefois aride et stérile, le village de Meghawakhurd a reverdi et les champs sont devenus productifs. Photo : EFICOR
Système de riziculture intensive

SYSTÈME DE RIZICULTURE INTENSIVE

Il s’agit d’une méthode de culture du riz économe en intrants, qui donne de meilleurs rendements et permet aux familles de générer davantage de bénéfices. Cette technique nécessite 25 à 50 pour cent d’eau en moins que les méthodes de culture du riz habituelles.

Voici les principales étapes :

  • Plantez les graines dans des pépinières (non inondées, enrichies avec de l’engrais et du compost).
  • Transplantez les jeunes plants quand ils ont deux ou trois feuilles (au bout de 8 à 12 jours), au lieu d’un mois après les avoir plantés.
  • Plantez-les, un seul à la fois, espacés d’environ 25 cm, plutôt qu’en bottes. Cela permet d’utiliser moins de graines et réduit la concurrence pour les nutriments, l’espace et la lumière. Les plants produisent des racines plus robustes et davantage de pousses.
  • Au lieu d’inonder les parcelles en permanence, apportez juste assez d’eau pour garder les racines humides. Cela favorise le développement du système racinaire, et limite la dégradation des racines et les émissions de méthane (le méthane contribue au changement climatique).
  • Pour éviter de compacter le sol, limitez la prolifération des adventices (« mauvaises herbes ») à l’aide d’un outil à main mécanique. Cela permet de bien aérer la terre et améliore la croissance des plantes.
  • Utilisez du fumier et du compost organiques pour maintenir la fertilité du sol.

Aujourd’hui, dans plus de 55 pays, dix millions de petits exploitants obtiennent de meilleurs rendements grâce à cette méthode.

CULTURES INTERCALAIRES

Pendant des siècles, les agriculteurs ont cultivé leurs terres en associant différentes cultures. Par rapport à l’approche plus moderne consistant à ne produire qu’une seule culture sur de grandes parcelles (monoculture), cette technique présente de nombreux avantages et est souvent utilisée dans l’agriculture de conservation.

  • Associer différentes cultures de taille et de système racinaire différents permet de mieux utiliser l’eau, la lumière et les nutriments disponibles dans le sol, ce qui augmente le rendement global.
  • Les cultures qui fleurissent à différentes périodes font vivre des populations d’insectes qui jouent un rôle important dans la pollinisation et la lutte contre les organismes parasites.
  • Tous les plants ne présentent pas la même vulnérabilité aux parasites, aux maladies et à la sécheresse ; ainsi, si une culture est touchée, les autres ont plus de chances de rester saines. 
  • En monoculture, les maladies et les parasites peuvent proliférer rapidement. Les cultures intercalaires permettent d’enrayer cette prolifération. 
  • Lorsqu’une culture est fauchée, les insectes utiles et les animaux peuvent se réfugier dans les autres cultures. En monoculture, de nombreux insectes qui se nourrissent des organismes nuisibles disparaissent car le champ entier est moissonné en une seule fois.
  • La majeure partie du sol étant recouverte par des cultures, il y a peu d’adventices, l’eau de pluie infiltre le sol et le risque d’érosion des sols est réduit.
  • Des plantes compagnes soigneusement choisies peuvent augmenter le rendement de la culture principale. Elles fixent des nutriments dans le sol, fournissent de l’ombre ou un soutien structurel, ou éloignent les organismes parasites de la récolte.
  • Les cultures intercalaires augmentent la résilience et améliorent les moyens de subsistance car les familles ne dépendent pas d’une seule culture et d’une seule récolte. Elles peuvent s’adapter au changement climatique en essayant différentes associations de cultures. Et cultiver plusieurs plantes comestibles ensemble peut aussi améliorer l’alimentation familiale.

Il existe plusieurs méthodes pour pratiquer la culture intercalaire :

Rangées : plusieurs espèces cultivées en même temps, avec au moins une des cultures plantée en rangée.

Bandes : différentes cultures plantées en bandes alternées, avec des rangées suffisamment larges pour permettre de les récolter à la machine.

Relais : une fois que la première récolte a atteint un certain stade de croissance, une deuxième espèce est plantée sur la même parcelle.

Cultures intercalaires qui associent le millet et le niébé

PÔLE D’APPRENTISSAGE

Au cours des dernières années, Meghawakhurd a connu une véritable transformation. Une meilleure gestion de l’eau associée à de nouvelles techniques agricoles a encouragé de nombreuses personnes à revenir sur leurs terres. Le niveau des nappes souterraines a augmenté de plus d’un mètre, et la plupart des agriculteurs peuvent désormais faire deux récoltes par an.  

La parcelle d’essai du village est devenue un pôle d’apprentissage qui attire de nombreux visiteurs des villages voisins.


DÉFINITIONS

Bassin versant 
Zone où un ensemble de ruisseaux et de rivières s’écoulent vers une plus grande étendue d’eau, comme un lac ou un océan.

Légumineuses
Les plantes et les arbres appartenant à la famille des légumineuses améliorent la fertilité du sol en fixant l’azote présent dans l’air et en l’apportant au sol sous une forme qui peut être utilisée par les autres plantes. Exemples : acacia, leucaena et moringa.

Ramesh Babu
Ramesh Babu est directeur des programmes et directeur exécutif désigné d’EFICOR (Evangelical Fellowship of India Commission on Relief). E-mail : rameshbabu@eficor.org www.eficor.org