De : Reactions des lecteurs – Pas à Pas 31

Qu’y a-t-il au cœur du développement participatif et de l’autonomisation des personnes ?

par Alexis Andino.

Pendant longtemps, les agents de développement ont appris et mis en pratique le principe que le «développement» vient des agences et s’adresse aux communautés. Nous considérons comme allant de soi que nous sommes porteurs d’une richesse d’idées nouvelles et désireux de la partager avec les gens. C’est à dire «porteurs du développement à la communauté».

Même quand ces théories sont partagées et guidées par la participation communautaire, il se peut que notre travail soit encore d’un style «dirigeant-dirigé»: les idées viennent de l’extérieur et il reste peu de place à la communauté pour générer ses propres idées.

Lorsque nous transmettons ces idées, elles ont été influencées par des situations, des modèles et des procédés qui ont défini nos façons de vivre et d’agir. Dans mon cas personnel, c’est l’expérience que j’ai partagée avec un groupe de prédicateurs laïques, de pasteurs et d’agents de développement qui m’a aidé à comprendre que si nous ne réfléchissons pas sérieusement à notre rôle «d’acteurs de changement» nous risquerons de priver les membres d’une communauté du rôle qu’ils ont eux-mêmes à jouer. Il est évident que notre motivation est l’amour chrétien et le désir d’aider ceux qui souffrent à résoudre leurs problèmes. Mais attention: il ne faut pas confondre engagement chrétien et paternalisme.

Ne plus se souvenir de nos propres expériences et de la façon dont notre pensée s’est développée s’avère souvent être une faiblesse. Je vais essayer ici de partager quelques-unes de mes pensées et conclusions concernant le développement de la communauté chrétienne. Bien sûr, ces pensées ne coincident pas nécessairement avec vos idées et expériences personnelles, mais elles peuvent tout de même vous encourager à passer quelques instants à vous rappeler vos propres expériences et idées.

Considérons d’abord quels facteurs devraient être pris en compte pour éviter que notre rôle de facilitateur communautaire ne devienne pas celui d’un «organisateur du développement».

Comprendre notre identité

Si nous venons «d’ailleurs» nous devons prendre conscience du fait que nous sommes des étrangers par rapport à la communauté où nous allons travailler et qu’il est fort possible que de nombreux éléments ou certaines situations ayant lieu dans cette communauté échappent à notre connaissance ou à notre compréhension. Peut-être venons-nous de situations très différentes.

Identifier notre rôle

En tant qu’étrangers venus pour servir la communauté, nous ne devons ni être imbus de nous-mêmes, ni rechercher une position d’autorité. Notre attitude doit toujours être celle d’une personne qui est là pour apprendre. Tout commentaire ou toute suggestion devrait être considéré comme de nouveaux atouts à ajouter à notre expérience en tant que serviteurs de Dieu et pour sa gloire.

Considération et respect

Nous avons souvent tendance à trop parler et à ne pas écouter suffisamment. Nous sommes très attachés à nos façons de voir et à nos échelles de valeurs, et nous oublions souvent de considérer celles des membres de la communauté dans laquelle nous sommes venus travailler. Une manière de gagner leur amitié et leur respect c’est justement de les respecter, prenant spécialement compte de leurs priorités, leur hiérarchie, et quelquefois certaines attitudes démodées.

Nous devons apprendre à accepter que de par leur passé la plupart des églises d’Amérique Latine (et d’ailleurs) avaient très peu de préoccupations sociales. Nous avons besoin de sagesse pour apprendre et mieux comprendre ces racines historiques et leur impact sur la réalité quotidienne de nos églises. Les pasteurs locaux ont besoin d’amis qui puissent les encourager et les soutenir dans leur travail, et non pas de soidisant amis qui essaient de miner ou d’ébranler la structure et les convictions de l’église.

Partager les expériences communautaires

Les agents de développement devraient participer aux activités communautaires, par exemple aller à l’église, participer aux activités sportives et passer du temps à converser avec les membres de la communauté pendant leur temps libre et en soirée. Tout cela constitue une partie vitale de la vie communautaire et les facilitateurs ne devraient pas s’en tenir à l’écart. Les responsables religieux, les membres d’une église et la communauté en général seront tous ravis de voir les agents de développement essayer de tisser des liens amicaux avec la communauté. Ceci nous aide à développer notre propre compréhension de la communauté et fait naître des relations de confiance avec ses membres. (Lisez 2 Corinthiens 1:7.

Relations amicales

Chacun de nous a besoin d’être accepté par les autres avec à la fois nos qualités et nos défauts. Il est plus facile de développer des relations amicales avec les gens avec lesquels nous avons des affinités. Pourtant, nous devons aussi établir des liens avec ceux que nous trouvons plus difficiles à aimer; ainsi, nous serons acceptés par la communauté entière.

Il faut aussi essayer de découvrir les aspects sensibles de la vie communautaire: les disputes familiales, les violences domestiques, les maris alcooliques, les filles-mères, etc. Nous travaillons en vue d’encourager l’unité et la coopération et devons faire preuve de grande sagesse et de tact pour développer l’amitié et la confiance dans des situations quelquefois difficiles.

Partager les innovations

Une fois la confiance de la communauté gagnée, nous pourrons peut-être alors commencer à partager petit à petit quelques idées et expériences en rapport avec la communauté. Nous devons nous souvenir que nous ne gagnons pas la confiance d’une communauté dans le seul but de lui offrir nos connaissances. Notre rôle de facilitateur est d’aider les gens à trouver eux-mêmes les réponses à leurs problèmes en encourageant les idées nouvelles et l’action communautaire, et non pas en manipulant le processus.

Considérons notre rôle de serviteur de la communauté d’un oeil critique. Est-il nécessaire de réajuster nos façons de travailler avec les églises et les communautés locales?

Alexis Andino est un expert agricole qui a travaillé pendant quelques années comme facilitateur dans un projet communautaire basé sur l’église pour Christian Service Organisations au Honduras en Amérique Centrale. Il est Directeur Général du Conseil des Organisations pour le Développement Evangélique du Honduras (CONSEDE).

CONSEDE, Apdo Postal 4339, Tegucigalpa, Honduras, Amérique Centrale.

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