De: Sécurité alimentaire – Pas à Pas 32

L’importance de produire, préparer, stocker et commercialiser des aliments à l’échelle locale

par Miges Baumann.

Anibal et Orfelina Correo vivent au village de Boliche dans le Simiatug en Equateur. Ils nous ont raconté l’histoire de leurs nouvelles variétés de pommes de terre développées à l’Institut National pour la Recherche Agricole...

Nouvelles méthodes

«Les agronomes sont venus et nous ont encouragés à démarrer une coopérative. Ils nous ont apporté de nouvelles variétés de pommes de terre et des engrais artificiels et ont commencé les essais dans les champs. Au début, à l’aide de plusieurs engrais, les nouvelles semences ont donné de meilleurs rendements. Nous avons cru qu’elles étaient bien meilleures que celles que nous utilisions auparavant. Mais l’année suivante le rendement a commencé à baisser. La troisième année, nous avons eu des problèmes de vers. Les agronomes nous ont apporté des fongicides et des pesticides pour nous en débarrasser mais, chaque année, les produits chimiques coûtaient de plus en plus cher. Il a aussi été nécessaire d’augmenter sans cesse les doses de pesticides. Les pommes de terre ont commencé à avoir un goût amer à cause de l’excès de produits chimiques employés.»

L’engrais chimique est aussi très cher. «Il y a six ans, nous achetions un sac d’engrais pour un sac de pommes de terre. Aujourd’hui, il faut six sacs de pommes de terre pour un sac d’engrais,» explique un autre agriculteur. Les pesticides et les nouvelles semences de pommes de terre coûtent cher également.

Découragés, Anibal et Orfelina Correo sont revenus à leur méthode de culture traditionnelle qui avait maintenu la stabilité pendant des siècles. Ceci impliquait un retour au fumier naturel, à la rotation bien étudiée des cultures et aux espèces traditionnelles de pommes de terre. Ils eurent la chance d’en trouver encore car souvent celles-ci se perdent rapidement quand elles sont remplacées par de nouvelles espèces.

Vieilles méthodes

Belisario cultive aussi des pommes de terre. Mais dans ses champs à 3.700 mètres d’altitude sur le plateau il ne plante aucune des nouvelles variétés recommandées par les agronomes et le gouvernement. Il n’a pas non plus besoin d’engrais chimiques et de pesticides recommandés par le gouvernement, pas plus qu’il ne suit leur conseil de ne planter qu’une seule variété. Au lieu de tout çà, il continue à planter, à la manière de ses ancêtres, plus de 10 variétés de pommes de terre. Il connaît bien sa terre et les caractéristiques de chacune des variétés de pommes de terre qu’il plante: une est plus résistante aux moisissures, une autre à certains insectes, une autre encore réussit mieux par temps de sécheresse tandis qu’une autre est particulièrement savoureuse. Toutes ces connaissances permettent à Belisario de gérer efficacement les problèmes de climats et d’insectes nuisibles.

Demandez-lui pourquoi il plante les vieilles variétés et il vous répond:

«Elles ont meilleur goût et cuisent bien plus vite. Nos variétés traditionnelles se vendent aussi à meilleur prix sur le marché local car les gens les connaissent et les apprécient. Mais dans les villes les gens ne connaissent que les nouvelles variétés.»

Les pommes de terre en voie de disparition

De nos jours, les agriculteurs qui utilisent ces techniques traditionnelles sont peu nombreux et les nombreuses variétés qui existaient à l’origine ont quasiment disparu. Même dans les unités agricoles de recherche dans les Andes, les chercheurs (qui font pousser les nouvelles variétés) sont choqués de voir à quelle vitesse ces variétés traditionnelles sont en train de disparaître. Les organisations indiennes prennent conscience en bien des endroits que ces variétés font partie de leur héritage agricole et culturel et devraient être protégées.

Le Bureau de Coordination Swissaid, en Equateur, est maintenant en train d’essayer d’encourager cette approche. Une agriculture viable et la préservation de la diversité génétique sont d’importants principes de leur politique de développement. Face à une propagande massive de l’industrie chimique, il aide à la prise de conscience d’autres approches et encourage des groupes d’agriculteurs à avoir confiance en leur expérience ancestrale qui leur permet de prendre des décisions réalistes.

Miges Baumann travaille pour SWISSAID, Jubilaumstr 60, CH-3000 BERNE 6, Suisse, participant à un travail d’éveil pour la préservation locale des espèces et un développement viable. Cet article a été adapté du livre Growing Diversity, édité par D Cooper, R Vellvé et H Hobbelink, et publié par Intermediate Technology (voir Ressources).

EDITRICE
La situation en Equateur se répète dans le monde entier à mesure que les variétés traditionnelles et les pratiques agricoles viables disparaissent au profit de nouvelles variétés commerciales (nécessitant souvent pesticides et engrais pour produire plus) et de la monoculture. Le sorgho, le maïs, le riz, les haricots et bien d’autres récoltes pourraient aussi être pris comme exemple. De nouvelles variétés peuvent parfois être très bénéfiques mais, à long terme, un abandon total des variétés traditionnelles fait courir des risques considérables aux agriculteurs.

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