En 2010, les inondations au Pakistan ont touché 20 millions de personnes. Photo: Ashraf Mall/Tearfund

De: Gestion des catastrophes – Pas à Pas 88

Comment se préparer aux catastrophes et réduire le risque d'occurrence

De l’aide d’urgence à la réduction des risques et au plaidoyer

En plus de 40 ans d’expérience de réponse aux catastrophes, l’Evangelical Fellowship of India Commission on Relief (EFICOR – Comité humanitaire de l’Alliance Évangélique de l’Inde), a beaucoup évolué. Auparavant il apportait uniquement de l’aide d’urgence ; actuellement il contribue activement à renforcer les capacités des communautés en matière de plaidoyer pour les personnes touchées par les catastrophes. EFICOR participe à tous les aspects de la gestion des catastrophes : aide d’urgence, réhabilitation, réduction des risques de catastrophes (RRC), plaidoyer et travail en réseau. 

De l’aide d’urgence à la réduction des risques de catastrophes 

En juillet 2004, l’État du Bihar en Inde a connu ses pires inondations depuis 50 ans. Ces inondations ont touché 21 millions de personnes dans 9 360 villages, répartis dans plus de 20 districts. Les inondations récurrentes ont rendu la population de ces régions extrêmement vulnérable. Année après année, le gouvernement de l’Inde et les organisations humanitaires entreprennent des activités de secours et de réhabilitation après chaque urgence. 

Grâce à son expérience en matière d’intervention d’urgence, EFICOR a compris qu’apporter une aide d’urgence ne favoriserait pas la durabilité dans une communauté victime d’inondations pratiquement une année sur deux. En janvier 2003, l’organisation a présenté pour la première fois la RRC dans une région d’Andhra Pradesh au sud de l’Inde, sujette à de nombreux aléas. La communauté locale avait subi des inondations et des sécheresses qui avaient dévasté les récoltes et détruit l’économie locale. Allant au-delà de l’intervention d’urgence, EFICOR a renforcé les capacités de la communauté locale et pris des mesures matérielles pour réduire l’impact des aléas futurs. Les membres du personnel d’EFICOR ont été formés à la réalisation de cartes sociales et des ressources, ainsi qu’à l’évaluation des risques, à l’aide de l’outil d’Analyse participative des risques de catastrophe (APRC – ROOTS 9 propose des conseils en matière d’APRC. Pour savoir où trouver cette ressource, voir la section Ressources). Si les cultures étaient menacées, les analyses indiquaient que des facteurs tels que la propriété foncière, les saisons des récoltes, l’érection de remblais le long de la rivière et le cours imprévisible des rivières rendaient ces cultures vulnérables. 

Changement de mentalité 

Ce processus participatif a permis de révéler les facteurs dont la communauté pouvait elle-même se charger et d’identifier les ressources à solliciter auprès du gouvernement ou d’autres organismes. Il a également indiqué à quel niveau le travail de plaidoyer serait le plus efficace. Ce processus a été essentiel pour changer l’attitude de la communauté vis-à-vis de la gestion des catastrophes. Au lieu que chaque individu se contente de penser à ses besoins personnels, tous pouvaient désormais réfléchir à ce qui serait le plus profitable pour l’ensemble de la communauté. Par exemple, au lieu de vouloir faire installer des pompes manuelles près de leur maison, les villageois ont compris que le fait de les placer à des emplacements stratégiques serait utile au plus grand nombre lors des inondations. Ils pouvaient aussi identifier leurs propres ressources, ce qui suscitait chez eux un sentiment d’autonomie, prenant conscience qu’ils n’étaient pas nécessairement impuissants face aux inondations.

Comités de gestion des catastrophes au Bihar 


Le district de Madhubani au Bihar est un parfait exemple d’engagement communautaire. La réponse initiale aux inondations a entraîné un travail de réduction des risques de catastrophes futures, ainsi qu’un plaidoyer au niveau national. Pour assurer un impact fort et durable, le projet était axé sur le renforcement des capacités de la communauté à répondre à une catastrophe. Des comités de gestion des catastrophes (CGC) de 7 à 10 membres (au moins un tiers étant des femmes) ont été créés dans chaque village. Une formation en RRC a été dispensée. Les membres ont été mis en contact avec le Gram Panchayat (administration locale) afin de plaider pour divers besoins dans leurs villages respectifs et pour un accès aux programmes du gouvernement. 

Le CGC sert d’organe consultatif et de prise de décision en matière de gestion des catastrophes pour la communauté. Il compte des représentants du gouvernement, du Gram Sabha (assemblée du village) et des membres de groupes d’entraide féminins. Chaque village dispose également d’un groupe de travail composé d’environ 20 à 25 jeunes, divisé en sous-groupes qui se consacrent aux cinq domaines suivants : alerte, sauvetage, premiers secours, aide d’urgence et abris. Des formations dispensées par des spécialistes et des voyages d’immersion sont organisés pour encourager les groupes avec des exemples de réussite dans d’autres villages. Les membres des groupes de travail effectuent des démonstrations lors de rassemblements de village pour sensibiliser les communautés et montrer leur savoir-faire. 

Un puits tubé surélevé sur une plateforme permet aux communautés d’avoir de l’eau de consommation propre lors des inondations. Photo: EFICOR

Un puits tubé surélevé sur une plateforme permet aux communautés d’avoir de l’eau de consommation propre lors des inondations. Photo: EFICOR

Actions concrètes d’atténuation 

Des plans de gestion des catastrophes ont été mis en place pour aider la communauté à se préparer aux aléas naturels et à s’en relever. Pour réduire les impacts des inondations, on a construit des structures matérielles, comme des abris contre les inondations et des puits tubés surélevés permettant d’avoir de l’eau de consommation propre lors des crues. Des itinéraires d’évacuation et des canaux d’écoulement ont également été aménagés et des bateaux fournis. Un fonds pour l’atténuation des effets des catastrophes a été créé pour pouvoir financer la maintenance de ces structures matérielles. Cet argent pouvait également être utilisé pour des opérations de secours. Les agriculteurs ont été encouragés à assurer leurs cultures et leur bétail contre les catastrophes. Des ateliers sur la RRC ont été organisés dans toutes les écoles de la zone du projet pour sensibiliser les enfants. 

Plaider pour le changement

L’intervention RRC a aussi permis à EFICOR de faire entendre sa voix à un niveau politique plus élevé. Elle a aidé l’organisation à entrer en contact avec des instances de décision telles que le National Disaster Management Authority of India (Autorité nationale de gestion des catastrophes de l’Inde). EFICOR a pu participer à un groupe de travail composé d’ONG qui a préparé des directives en cas d’inondation, lesquelles devraient être mises en œuvre par le gouvernement de l’État. Une stratégie d’atténuation des catastrophes a été développée par EFICOR pour le district de Madhubani, en association avec Sphere Inde, le Bihar Inter Agency Group, ainsi que l’administration du district et l’Autorité nationale de gestion des catastrophes au Bihar. 

Le plaidoyer et le travail en réseau à tous les niveaux (local, État, régional, national et international) permettent de sauver des vies et des moyens de subsistance menacés par les aléas, et induisent des changements tant au niveau des politiques que des pratiques. Pour pouvoir briser le cycle de la vulnérabilité, les organisations doivent s’impliquer à tous les niveaux : de l’aide d’urgence jusqu’au plaidoyer. L’expérience d’EFICOR a prouvé que c’est chose possible et que cela peut avoir un impact durable.

Fondée en 1967, EFICOR (Evangelical Fellowship of India Commission on Relief - Comité humanitaire de l’Alliance Évangélique de l’Inde) est une organisation nationale d’aide humanitaire et de développement chrétienne basée à New Delhi. Elle intervient dans les domaines suivants : sécurité alimentaire, gouvernance locale, gestion des catastrophes, santé, nutrition, éducation et VIH et sida. Pour plus d’informations, allez sur www.eficor.org ou écrivez à EFICOR, 308, Mahatta Tower, B Block Community Centre, Janakpuri, New Delhi – 110058, Inde.

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Membres d’un groupe de travail s’exerçant à des techniques de sauvetage. Photo : EFICOR

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