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De : Les personnes agees – Pas à Pas 39

Apprendre auprès des personnes âgées et célébrer leur précieuse contribution à la société

Voici un ensemble d’entrevues de personnes âgées de différents pays. Elles partagent leurs points de vue sur les différentes façons dont elles sont traitées aujourd’hui et nous font part de leurs craintes et de leurs espoirs pour l’avenir.

Yourma Bawule – une veuve du Ghana

Yourma a 65 ans et vit seule près de Wa au Nord-Ouest du Ghana. Ses trois enfants vivent loin d’elle. Yourma nous a dit que jadis les personnes âgées étaient traitées avec respect et dignité: «Quand un enfant donnait quelque chose à une personne âgée, il s’agenouillait et restait là jusqu’à ce qu’elle lui demande de se relever. Aujourd’hui, l’art de la politesse est mort Aujourd’hui, les jeunes gens pensent qu’ils en savent plus que les vieux.»

«On avait beaucoup à manger dans le temps et les personnes âgées pouvaient se permettre d’être généreuses: elles cuisinaient toutes ensemble et conviaient les jeunes gens à un repas, ce qui créait un sens d’appartenance et une gratitude des jeunes envers les anciens. Maintenant, la générosité n’a de valeur que si elle est en argent. Je ne vois aucun espoir en l’avenir. Beaucoup de gens deviennent de plus en plus pauvres. Chaque jour des gens meurent et les anciens ont cessé, par frustration, d’enseigner aux jeunes. Les choses ne seront plus jamais comme avant.»

Contribution d’Augustina Benlu

Archevêque retraité – Silvanus Wani en Ouganda

J’ai rencontré l’archevêque Silvanus peu après qu’il eût pris sa retraite et alors qu’il faisait une promenade à bicyclette sur une route de campagne. Sans pension, il était rentré dans son village du Nord-Ouest après une vie relativement luxueuse dans la capitale de Kampala. Ce genre de traitement aurait pu causer un fort ressentiment à quiconque, mais pas à Silvanus! Il avait l’œil sur son Maître et plaçait toujours ses besoins personnels en fin de liste de ses priorités. Il pensait que sa vie était un pèlerinage qui se terminerait au Paradis. Au long de sa retraite, il a continué à faire ce qu’il avait toujours fait en tant qu’Archevêque: prêcher l’Evangile, enseigner et encourager tous ceux qu’il rencontrait, surtout les enfants et les jeunes gens. Il a pris Jésus au mot et l’a suivi de tout cœur, jusqu’à la fin. Il est mort l’an dernier. Contribution de Joy Grindley, ex AIM, Ouganda

Pascal Akouegnon – un fermier au Bénin

Pascal était autrefois fermier et chasseur. Il a fondé le village d’Atchakpa où il vit encore à Save, Bénin, Afrique Occidentale. Lorsqu’on lui a demandé si jadis les personnes âgées étaient traitées autrement, il a dit «Oui, c’est sûr, au bon vieux temps une attention particulière était accordée aux hommes âgés, surtout dans l’Afrique traditionnelle où ils étaient considérés comme des «bibliothèques vivantes du savoir». Aujourd’hui notre monde qui change si vite considère les personnes âgées comme des objets désuets et bizarres dont on essaie de se débarrasser dès que possible. Les gens n’utilisent plus ni notre sagesse ni notre expérience.»

«Je crains que notre avenir ne repose que sur des fondations faibles et même fragiles. Si nous n’y prenons pas garde, les générations futures n’auront sans doute plus aucun point de référence. Mes espoirs reposent surtout sur les familles qui enseignent à leurs enfants le respect des personnes âgées. Il y a encore quelques familles comme ça en Afrique et ce sont elles qui représentent les rayons de lumière de demain.»

Contribution d’Appolinaire Gbaguidi, Bénin

Margarita – une femme espagnole habitant au Chili

«La vie des personnes âgées est différente aujourd’hui parce qu’elles avaient l’habitude d’être beaucoup plus respectées. Les enfants donnent parfois même des surnoms à leurs parents! Aujourd’hui, les personnes âgées sont peut-être écoutées mais elles sont souvent traitées beaucoup plus familièrement et parfois ignorées. Les jeunes ont pourtant soif de connaître les façons dont nous vivions jadis et de savoir si c’était mieux. Ces questions sont la preuve que notre sagesse et nos expériences sont utiles et appréciées.

Dans l’avenir, j’espère que le niveau de vie augmentera pour tout le monde et qu’il y aura moins de violence et moins de délinquance pour que nous puissions tous vivre en sécurité. Je n’ai pas peur de l’avenir. Ma vie a toujours été consacrée à la religion et au soin des jeunes en foyers. Je n’ai pas peur de la mort non plus, car je sais que c’est le chemin vers la lumière du Seigneur.»

Contribution de Solange Angel, Chili

Veronika, qui habite seule en Moldavie

Veronika a 61 ans et vit à Ialoveni. Elle a travaillé dans une usine de vins jusqu’à sa retraite. Elle se souvient que ses grands-parents ne possédaient pas grand-chose mais qu’ils vivaient mieux qu’elle aujourd’hui. Ses parents ont été dépossédés de leurs terres par le système collectiviste et leurs enfants ne les ont jamais récupérées.

L’âge de la retraite a augmenté en Moldavie. De nombreux retraités ont perdu leur retraite quand les structures de l’Etat se sont écroulées en 1990. Veronika a l’impression que les personnes âgées ne reçoivent absolument rien d’utile de l’Etat. Elle vient de recevoir sa minuscule retraite pour mars 1998 avec dix mois de retard.

Malheureusement, Veronika n’a pas d’enfant, mais ses neveux et nièces viennent lui demander conseil; elle se sent donc utile à la fois dans sa famille et dans sa communauté. Elle a toujours travaillé dur pour résoudre ses problèmes personnels. Maintenant, personne ne l’aide ni ne s’intéresse à elle. Veronika n’a pas espoir en l’avenir: quand elle pense à l’avenir elle n’imagine que de mauvaises choses. Comme elle n’a personne qui puisse s’occuper d’elle, elle espère que Dieu l’aidera à conserver sa bonne santé.

De Stephen Brown, Equipe Méditerranée et Asie Centrale, Tearfund

Elizabeth Guillebaud, Royaume-Uni – toujours au travail

«Mon mari et moi avons pris notre retraite en 1986 après avoir travaillé plus de 40 ans au Rwanda dans le secteur de l’Education et comme traducteurs de la Bible. Le jour de mes 80 ans, peu après le génocide de 1994, j’ai lu dans la Bible le passage où Dieu appelle Moïse qui avait à l’époque aussi 80 ans et nous avons senti que Dieu nous rappelait à la tâche au Rwanda. Nous sommes donc repartis un an, pour écouter et conseiller ceux qui avaient perdu tant d’êtres aimés. A notre retour au Royaume-Uni, mon mari est tombé malade et il est mort en novembre 1996. En janvier 1997, j’ai décidé de retourner en Ouganda avec ma fille.

Ayant perdu mon mari, j’ai pensé que je pourrais aider les veuves et orphelins. Avec l’aide de deux autres femmes dans la même situation, nous avons organisé une réunion pour les veuves dans le but d’enseigner la Bible, de prier les unes pour les autres et de partager nos préoccupations. La réunion fut si populaire (400 personnes) que nous avons été obligées de la diviser en plusieurs groupes. De nombreuses femmes ont compris que Jésus est la réponse à leur solitude; elles s’entraident de façon pratique, y compris jusqu’à construire des maisons pour celles qui sont vraiment dans le besoin. Elles contribuent chaque semaine à un fonds avec lequel elles achètent des rouleaux de tissu pour se tailler des uniformes qui, ont-elles remarqué, leur donne un statut. J’espère continuer ce travail aussi longtemps que ma santé le permettra.

Ici en Afrique, mon expérience sert vraiment, alors qu’en Angleterre on n’aurait pas attendu une grande contribution de ma personne. Pour l’avenir, ce que je redoute le plus est d’avoir une attaque cardiaque ou une maladie qui, ici à Byumba, ferait de moi une charge plutôt qu’une bénédiction. Mes espoirs pour le futur peuvent être exprimés au mieux par les versets 13-14 du troisième chapitre de Philippiens.»

Mara Kallé – ancien Chef de Cheddra au Tchad

Mara Kallé a 81 ans et a été pendant 58 ans, entre 1938 et 1996, le Chef de Cheddra, un important centre commercial au Nord du Tchad. Il a été la première personne de son village à aller à l’école. «J’ai suivi mes aînés pour apprendre d’eux.» En tant que fils aîné, il a remplacé son père comme chef du village lorsque ce dernier est mort.

«Mes grands-parents ont vécu une vie heureuse. Ils nous ont enseigné l’histoire. Comme le village n’était pas très grand ils contrôlaient tout le monde et corrigeaient ceux qui ne respectaient pas les traditions. A l’époque, les personnes âgées étaient bien mieux traitées qu’aujourd’hui. Chaque famille choisissait un enfant ou une personne en particulier pour qu’elle s’occupe de chaque personne âgée de la famille. Dans ma famille, nous assurions la propreté de la chambre de notre grand-père et nous nous occupions de lui à tour de rôle.

Mais aujourd’hui je compare la situation de notre vieux voisin Saleh. C’est un vieil homme qui est laissé à lui-même. Personne ne s’occupe de lui et il est donc forcé de mendier, et les gens pensent qu’il est fou parce qu’il parle sans arrêt. Je crains que le fait de mettre les vieilles gens comme Saleh à l’écart, prive les jeunes de sages conseillers.

Mon expérience et ma sagesse sont encore utiles au village et mes conseils en matière religieuse sont écoutés. Je pense cependant que les jeunes suivent d’autres cultures sans vraiment réfléchir, et surtout celles des Blancs (Occidentaux) et qu’ils cessent ainsi d’aider ceux qui sont dans le besoin. Cela me fait peur aussi de voir que les jeunes se détournent de Dieu. J’aimerais que notre gouvernement aide un peu les personnes âgées.»

Contribution de Ngoniri Gos au Tchad

Cécilie Siboniyo – une réfugiée au Burundi

Cécilie Siboniyo a 80 ans et vit au camp de réfugiés de Buraniro à Butaganzwa-Kayanza au Burundi. «Dans le temps, les enfants étaient mieux éduqués qu’aujourd’hui. L’éducation des enfants n’était pas seulement une affaire de famille mais les voisins contribuaient à leur discipline. Un dicton burundais disait «Umwana n’uw’Igihugu» («Un enfant enrichit tout le voisinage»). Les enfants respectaient leurs aînés et les aidaient aux travaux quotidiens. On leur enseignait de respecter les visiteurs et de toujours les accueillir chaleureusement. Habituellement, l’harmonie sociale régnait et c’était une situation enviable.»

Cécilie a certainement des craintes pour l’avenir: «La mauvaise conduite de certains jeunes, la maladie et les problèmes graves causés par l’immoralité et le manque de discipline font peur. Aujourd’hui il n’est pas facile d’élever les enfants, et les jeunes gens ont beaucoup de distractions. Ils ne tiennent souvent pas compte des conseils de leurs parents et jugent que leurs idées sont démodées.»

Malgré tout, elle a aussi espoir en l’avenir car, dit-elle, les autorités se sont rendues compte de l’importance d’une éducation liée aux valeurs culturelles. Les médias commencent aussi à souligner les problèmes de façon à ramener les jeunes dans le droit chemin.

Contribution de Claire Britton et Désiré Munezero, Tearfund Burundi

Abtwahi Al Hajj – 77 ans à Ngozi, Burundi

«Dans le temps, les enfants étaient responsables de s’occuper de leurs parents âgés. Quand un grand-père était dans le besoin, ses petits-enfants l’aidaient. S’il était malade, la famille faisait tout son possible pour lui procurer des soins de santé. Toute la communauté cultivait ses champs. Le fait que les enfants vont à l’école a réduit le travail qu’ils consacrent à leur famille. Ils préfèrent aussi que leurs parents cuisinent pour eux afin qu’ils aient plus de temps pour étudier. Le respect et l’assistance aux personnes âgées ont diminué. Certains jeunes gens qui ont terminé leurs études rendent rarement visite à leurs grands-parents.»

Ces attitudes lui font craindre l’avenir. Les jeunes gens perdent de plus en plus la notion de la famille étendue et certains sont alcooliques. Ceci entraîne de mauvaises habitudes, une perte des valeurs culturelles et une délinquance parmi beaucoup d’adolescents qui ont quitté l’école et ne sont pas préparés à une vie à la campagne.

Contribution de Claire Britton et Désiré Munezero, Tearfund Burundi

Association féminine Jamkhed en Inde

«Dans le temps, les femmes étaient ou chez elles ou aux champs et n’avaient que peu de contacts avec les voisins. Il y avait de nombreuses disputes au sein des familles et peu d’amour du prochain entre les gens. Les maris avaient l’habitude de contrôler l’argent et en dépensaient beaucoup en boissons et aux jeux. Les différentes religions ou castes n’avaient aucun contact entre elles.

Il y a davantage de respect maintenant entre les jeunes et les personnes âgées. Les mères et les belles-filles s’entendent mieux. Nous sommes aussi plus libres de rencontrer des gens en dehors de la maison, même ceux de religions ou de castes différentes. Ce sont les femmes qui gèrent l’argent plutôt que les hommes et elles s’en tirent mieux qu’eux!»

Les femmes sentent que leur sagesse est maintenant mieux utilisée que par le passé. Elles n’ont pas beaucoup de craintes pour l’avenir, sauf pendant les élections, à cause de la pression exercée par les divers partis politiques. Dans l’avenir, elles espèrent que l’éducation sera encore plus accessible aux filles et que les femmes accéderont à des postes importants dans tout le pays et pas seulement localement autour de Jamkhed. Elles aimeraient voir des femmes s’engager en politique et devenir juges, car elles seules peuvent comprendre la souffrance d’autres femmes et leurs problèmes. Elles espèrent aussi voir une amélioration de l’assainissement, un meilleur contrôle des maladies et pouvoir voyager librement.

Contribution d’Anthony Titley, Equipe Asie, Tearfund

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