Photo : Esther Harder

De: Échanger des idées – Pas à Pas 75

Les lecteurs de Pas à Pas font part d’idées liées à leur travail

Le Bureau de planification et de développement du Diocèse de Teso de l’Église d’Ouganda (COU-TEDDO) forme des bénévoles de la communauté en tant que « Promoteurs de la
paix ». En 2005–2006, COU-TEDDO a formé 80 bénévoles des zones sujettes aux conflits de la région de Teso, dans le Nord-Est de l’Ouganda. Les Promoteurs de la paix utilisent leurs savoir-faire en matière de consolidation de la paix, de médiation et d’aide psychosociale pour traiter les conflits et améliorer les relations familiales au sein des communautés locales. 

Conscients du fait que les communautés et la société ne peuvent être transformées que si l’on commence au plan individuel, les Promoteurs de la paix ont la tâche difficile de veiller à la paix dans leur propre famille, avant de s’attaquer aux besoins de la communauté. Cette approche base-sommet a considérablement transformé les régions dans lesquelles les Promoteurs de la paix travaillent. 

Teso connaît des violences depuis les années 1970. Les armes à feu s’obtiennent facilement là-bas. Les voisins du Nord (la tribu semi-nomade des Karimojong), se servent de ces armes lors de leurs attaques pour voler le bétail, à la fois contre les autres clans de la tribu et contre les tribus voisines, comme les iteso. À cause de ces raids, les communautés de Teso ont laissé leurs fermes traditionnelles pour des camps de personnes déplacées internes (PDI). De nombreux enfants ont grandi dans ces camps et n’ont jamais connu autre chose.

En juin 2003, l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA), conduite par Joseph Kony, a marché sur Teso, mettant en fuite des centaines de milliers de personnes. Davantage de camps de PDI sont apparus avec l’augmentation des communautés sans abri. En 2007, la majorité des familles touchées par ce conflit avaient peu à peu regagné leur village. Toutefois, les habitants de certaines régions de Teso vulnérables aux attaques des Karimojong, se trouvent encore dans les camps de PDI.

Les Promoteurs de la paix travaillent au sein de ces différentes communautés. Là où les gens retrouvent leur vie d’avant, les Promoteurs de la paix les aident à résoudre les conflits domestiques, les litiges fonciers et autres tensions. Dans les zones frontalières où les violences persistent, les Promoteurs de la paix travaillent à la fois au sein des communautés iteso et karimojong. Ils signalent les attaques, les vols et dénoncent la tradition des attaques pour voler le bétail. Ils travaillent également à résoudre les conflits au sein des familles et des communautés.

Résoudre les conflits

Nombre de Promoteurs de la paix font preuve d’initiative et donnent à leur travail une touche personnelle au fur et à mesure qu’ils prennent confiance en leurs compétences, grâce à l’accueil positif de la communauté. Mohammed Lomong, un Promoteur de la paix karimojong, dirige la chorale Napak Peace. Il s’agit d’un groupe de 70 jeunes qui chantent et présentent des mises en scènes dans la région de Karamoja, pour encourager leurs pairs à abandonner leur comportement violent et à vivre en paix. La chorale Napak Peace a été invitée à se produire lors de sessions de haut niveau de dialogue transfrontalier, organisées par certaines ONG et représentants du gouvernement.

John Ogwel, ancien Promoteur de la paix à Karamoja, a été élu à un poste de responsabilité au sein du gouvernement local. Il se sert de sa position pour parler de la paix et pour veiller à la résolution rapide des problèmes transfrontaliers. Lorsque les tensions montent et menacent de rompre le dialogue entre Teso et Karamoja, il appelle à des rencontres transfrontalières avec ses collègues dirigeants du « Sub-County », pour résoudre les problèmes.

Les Promoteurs de la paix de Teso, en collaboration avec COU-TEDDO, diffusent tous les deux mois un programme radio sur le thème de la paix. Parmi les thèmes récemment abordés, il y a eu la réconciliation, les questions liées au genre, les pratiques traditionnelles de consolidation de la paix et la manière de gérer les rumeurs. Ces programmes sont devenus populaires. Bien souvent, ils suscitent tellement d’appels d’auditeurs, que les Promoteurs de la paix sont invités à revenir ultérieurement pour reprendre la discussion.

Gagner la confiance

Les Promoteurs de la paix rapportent que leur aide est sollicitée lors de conflits locaux. Les communautés préfèrent consulter les Promoteurs de la paix car leurs services sont gratuits, alors que les représentants du gouvernement local demandent souvent des honoraires pour statuer dans une affaire. Les gens pensent que les Promoteurs de la paix auront une écoute plus objective parce que ce sont des conseillers bénévoles et qu’ils n’ont pas été payés par l’une ou l’autre des parties impliquées dans le conflit.

Les communautés font de plus en plus confiance à leurs Promoteurs de la paix locaux. Dans un village, deux personnes s’étaient disputées suite à un accident de vélo causé par leur état d’ébriété. Au lieu de se battre, elles ont décidé de laisser leur vélo pour la nuit chez un Promoteur de la paix et de revenir le lendemain pour régler leur litige, une fois sobres. Un autre Promoteur de la paix a raconté qu’il a dû cacher un enfant chez lui plusieurs jours parce que le reste du clan voulait tuer le garçon pour se venger de la mort accidentelle de son ami. Le fait que les gens soient prêts à confier des « biens » si précieux aux Promoteurs de la paix montre à quel point ceux-ci sont reconnus et jouissent de confiance dans leur région.

Les femmes Promoteurs de la paix sont en train de gagner de l’influence dans une culture qui écoute essentiellement les anciens. Elles expliquent qu’aujourd’hui, il y a autant d’hommes que de femmes qui les consultent pour des litiges. L’une d’entre elles a pu mettre fin à un violent conflit foncier, uniquement en se tenant entre les hommes qui se disputaient et en leur demandant fermement de se calmer et de se parler au lieu de se battre. Plus tard, ces hommes ont pu résoudre leur litige en plantant du sisal le long des limites de leurs propriétés.

COU-TEDDO continue à assister les 80 Promoteurs de la paix par des formations complémentaires et du soutien. Le Pasteur Sam Eibu supervise ce programme vital pour COU-TEDDO. Il explique l’importance des Promoteurs de la paix : « Ce sont les gens eux-mêmes qui sont les plus aptes à résoudre les conflits dans leur communauté. Nous ne pouvons le faire. » En s’occupant d’une famille à la fois, les Promoteurs de la paix travaillent à voir la paix devenir une réalité dans leur foyer et dans leur quartier.


Esther Harder était Responsable de l’Information pour le Diocèse de Soroti en Ouganda, de 2005 à 2007.

COU-TEDDO, PO Box 107, Soroti, Ouganda.

Email : ainapakin@gmail.com

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