Photo: Geoff Crawford/Tearfund

De: Micro-entreprise – Pas à Pas 80

Comment créer et gérer une petite entreprise avec succès

Mija den Hartog

« J’ai créé ma première entreprise en 1990. Avant cela, je me rendais souvent en ville pour vendre des légumes. Je voyais beaucoup de gens des villages qui venaient faire des achats dans les kiosques tenus par des non-Papous [les Papous représentent l’un des peuples principaux d’Indonésie et comprennent de nombreux groupes ethniques mineurs]. Je me suis alors dit que je pourrais tenir une boutique semblable dans mon village et me faire autant d’argent que ces gens de la ville. J’ai économisé et j’ai monté un kiosque. Malheureusement, mon entreprise a échoué. J’ai essayé de la faire marcher pendant 16 ans, mais en vain. J’échouais à cause de certaines mauvaises habitudes, comme les jeux d’argent et l’ivrognerie, mais surtout parce que je n’avais pas assez de connaissances en affaires. » 

Charles Asso en train de gérer son entreprise.  Photo: Ferdinand Chondy/Yayasan Oikonomos Papua

Charles Asso en train de gérer son entreprise. Photo: Ferdinand Chondy/Yayasan Oikonomos Papua

Voilà un résumé de l’expérience entrepreneuriale de Charles Asso, un homme qui a toujours persévéré malgré les nombreux échecs connus par son entreprise pendant 16 ans. Pourtant, même une grande persévérance ne pouvait suffire à faire fonctionner son kiosque. Les gens comme Charles ont besoin d’apprendre à faire fonctionner une entreprise et à gérer des situations culturelles. 

Dans notre organisation, Yayasan Oikonomos Papua, nous rencontrons souvent des hommes et des femmes comme Charles Asso. Depuis sa création, elle a soutenu des gens en leur donnant l’occasion de participer à des cours dans notre école de commerce et de bénéficier de microcrédits. Nous avons vite réalisé que cette aide n’était pas suffisante, alors nous avons créé notre « programme incubateur ». Les gens peuvent désormais se joindre à des groupes de formation, pour apprendre à gérer un kiosque ou un magasin de location d’ordinateurs, et être formés dans un contexte d’entreprise pendant plusieurs mois. Ils seront ainsi mieux préparés à faire fonctionner leur entreprise après sa création. 

Grâce à ce programme, nous pouvons également encadrer des personnes à long terme en proposant une formation continue. L’encadrement et l’accompagnement à long terme sont des facteurs clés de réussite. 

Surmonter les difficultés 

Les entrepreneurs papous doivent surmonter de nombreuses difficultés. En voici sept principales :

Les entrepreneurs donnent des produits et de l’argent à leurs proches, ce qui implique une perte de revenu pour l’entreprise et une impossibilité de réinvestir. (Les Papous se sentent obligés de le faire pour entretenir leurs relations et éviter les malédictions liées à leurs croyances animistes.)

Une mauvaise tenue des comptes entraîne des dépenses irresponsables.

Les entrepreneurs n’ont pas la discipline et la motivation nécessaires pour se battre pour leur entreprise, car ils ne s’attendent pas à réussir. 

En Papouasie occidentale, les infrastructures de transport sont mauvaises, ce qui rend difficile le transport des produits vers les marchés. 

Les Papous sont « programmés » selon le système de castes indonésien. Par exemple, le travail dans les kiosques incombe au peuple javanais, le maraîchage aux Papous et la menuiserie aux habitants de Manado. Cela induit un faible amour-propre et un manque de motivation pour s’affranchir de ce mode de pensée. 

Les Papous doivent souvent payer les matières premières plus cher que les autres, et doivent donc fixer des prix plus élevés pour pouvoir dégager un bénéfice. 

La hausse des prix des marchandises rend les bénéfices difficiles. 

Pour améliorer les micro-entreprises, voici quelques conseils :

Charles dans son kiosque. Photo: Ferdinand Chondy/Yayasan Oikonomos Papua

Charles dans son kiosque. Photo: Ferdinand Chondy/Yayasan Oikonomos Papua

L’entreprise de Charles a également capoté plusieurs fois à cause des structures sociales de Papouasie occidentale. Lors d’une session de formation, il nous a dit : « Je ne possédais aucune connaissance en commerce et je ne comprenais pas que nos structures sociales entraînaient l’échec de mon entreprise. Je distribuais les produits de mon kiosque à ma famille pour entretenir les relations. Lorsque je vendais des marchandises, j’utilisais l’argent pour mes besoins quotidiens. Je n’ai jamais économisé d’argent pour acheter un nouveau stock. Lorsque je recevais une aide financière, je rouvrais mon kiosque, mais lorsque je n’avais plus de stock, je n’avais plus d’argent non plus. » 

Mais la vie de Charles a changé : « Lorsque j’ai rencontré l’équipe de formation de Yayasan Oikonomos Papua, on m’a invité à me joindre au premier niveau du cours de formation pour les kiosques. Lors de cette formation, j’ai compris pourquoi mon entreprise ne faisait que capoter et pourquoi les autres entreprises échouent souvent, surtout celles tenues par des Papous. Ils nous ont appris à mettre en place un système administratif simple pour pouvoir gérer notre entreprise. Grâce à un nouvel enthousiasme, à l’encadrement continu de Yayasan Oikonomos Papua et au soutien de ma famille, aujourd’hui mon entreprise se porte bien. J’espère pouvoir la développer encore plus, afin qu’elle soit un exemple pour d’autres entreprises papoues. »

Conclusion 

Lors des sessions de formation, nous constatons souvent que le fait d’apprendre aux gens à gérer les difficultés qu’ils rencontrent leur ouvre les yeux et les rend capables de créer ou de redémarrer leur entreprise. Toutes les formations commencent avec une étude biblique pour que les gens comprennent également ce que nous dit la Bible sur l’entreprise, les relations et notre vie quotidienne. Voici quelquesunes des études bibliques que nous avons employées :

Les discussions lors des sessions de formation visent à sensibiliser les participants aux problèmes ; elles sont agrémentées de photos et de récits (comme celui de Charles), pour donner des exemples de situations et d’expériences réelles. Nous avons également constaté que les entrepreneurs qui ont été formés réussissent souvent mieux que les personnes qui se lancent sans formation, et qu’ils peuvent être de véritables agents de changement dans leur communauté. 

Mija den Hartog est formatrice pour le programme incubateur de Yayasan Oikonomos Papua. Papouasie occidentale Indonésie Email : info@yop.cc

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