De: Les systemes de credits – Pas à Pas 26

Comment l’amélioration de l’accès au crédit peut aider les gens à s’extraire de la pauvreté

Une entrevue avec Rajan Samuel et Mathew Titus.

Comment l’accès au crédit aide-t-il les pauvres dans tout leur développement?

Rajan Samuel;  Je crois que c’est en restaurant leur dignité et leur espoir. Une fois que les pauvres entreprennent une activité liée à un prêt, nous notons un changement total dans leur attitude. Par exemple, lorsque nous offrons un crédit à des femmes pour qu’elles montent de petits commerces, nous notons que leur statut change totalement. Elles sont souvent mieux acceptées par leur famille du fait qu’elles vont travailler et gagner de l’argent. De nombreux hommes disent aussi qu’ils étaient souvent traités avec mépris et considérés comme bons à rien. Mais maintenant qu’ils ont leurs propres petits commerces, qu’ils ont accès à des ressources et envoient leurs enfants à l’école, ils ont retrouvé dignité et confiance, ce qui se répercute positivement dans d’autres secteurs de leurs vies.

Mathew Titus;  Une des choses qu’il faut reconnaître, c’est le besoin d’argent liquide dans les communautés pauvres. Nombreux sont les pauvres en milieu urbain qui gagnent juste de quoi manger, payer les frais d’éducation de leurs enfants, leurs vêtements et autres frais. En principe, il se peut qu’un homme ne soit pas «statistiquement» sous le seuil de la pauvreté, mais il suffit d’une urgence, d’une maladie ou de la perte de son travail pour que tout s’écroule… lui et sa famille coulent. L’argent liquide dont disposent les pauvres est si juste qu’ils oscillent entre la pauvreté et la survie. C’est là où je crois que le crédit doit entrer en jeu. Il aide les gens à développer un petit commerce qui va leur apporter un petit revenu régulier et cela veut dire que la prochaine fois qu’un problème se présentera, ils ne «couleront» pas.

Donc, le crédit n’est pas seulement utile pour des activités économiques particulières, il peut parfois signifier vivre plutôt que survivre.

Peut-on faire confiance aux pauvres auxquels on a prêté de l’argent?

Rajan Samuel; Oui! Quand nous accordons un prêt à quelqu’un de pauvre, nous faisons un contrat basé sur des notions de confiance et de discipline. C’est très important. Les ressources appartiennent à Dieu et nous les léguons aux pauvres. Notre expérience nous a enseigné que les pauvres sont de bons gestionnaires des ressources de Dieu.

Mathew Titus; Les pauvres sont plus que dignes de notre confiance. Ils vont même jusqu’à prendre soin des excédents et prennent des décisions que même nous, nous ne prendrions pas. Je les ai vu donner toutes leurs économies quand un des leurs meurt et ne peut pas rembourser sa dette. Vous savez, je crois que je réfléchirais longtemps avant de me séparer de 20% de mes économies sous prétexte qu’elles avaient été prêtées à quelqu’un qui est mort de la tuberculose. C’est une décision forte que de dire «Ca ne fait rien, elle était malade et avait besoin de l’argent». L’attitude des pauvres envers l’argent m’a fait réfléchir sur la mienne. Eux ne voient pas la richesse comme un critère de définition d’une personne. Donc je crois que oui, ils ont vraiment été dignes de confiance. Ils ont réellement répondu aux besoins vitaux des gens.

Que pensez-vous de l’intérêt réclamé aux pauvres lorsqu’on leur accorde des prêts?

Rajan Samuel; Je pense qu’on devrait discuter du taux d’intérêt avec les pauvres et qu’il peut varier d’une personne à l’autre. Ce taux devrait être pour les services que nous fournissons et non pas un intérêt sur l’argent prêté.

Mathew Titus; A partir du moment où vous dites à quelqu’un que vous lui donnez cet argent gratuitement parce qu’il est nul dans la vie et que vous ne le croyez pas capable de vous rembourser un jour, vous détruisez un peu sa motivation à vous rembourser. Au contraire, si vous dites à quelqu’un que vous lui prêtez de l’argent parce que vous êtes sûr qu’il est capable et réussira à vous rembourser, pas au taux des prêteurs d’argent locaux, mais à un taux raisonnable et jugé possible, votre approche est chargée d’espoir.

Rajan Samuel est le directeur de Microentreprise Development Unit and Finance à EFICOR à Delhi en Inde.

Mathew Titus est le directeur de Sharan – Society Serving the Urban Poor, Delhi, Inde.

De la revue Drishtikone.

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