De : Les medecines traditionnelles – Pas à Pas 48

Une discussion sur l’utilisation sûre et efficace de la médecine traditionnelle

Markus Müller et Innocent Balagizi.

Lors d’un séminaire sur la médecine traditionnelle à Masmara en Erythrée, nous avons commencé par poser la question suivante: «Quelqu’un d’entrevous a-t-il fait l’expérience de la médecine traditionnelle?» Silence total et même hostile dans la salle. Finalement, quelques participants ont dit «Nous sommes chrétiens et n’avons rien à faire avec cette médecine.»

Nous leur avons ensuite présenté une plante, la Datura stramonium, ramassée juste devant le centre de formation, et nous leur avons expliqué comment nous l’utilisons dans les hôpitaux du Congo. Soudain, toute l’assistance s’est éveillée. Tout le monde connaissait cette plante. Nous avons appris qu’elle était aussi utilisée dans leur famille pour soigner de nombreux maux, depuis le mal de dents jusqu’aux abcès, en passant par les crampes d’estomac. Finalement, on a passé plus d’une heure à parler des bienfaits de cette plante!

La médecine traditionnelle provoque fréquemment une réaction aussi vive dans toutes les parties du monde. En Ouganda, un patient m’a dit «Nous l’utilisons tous, mais nous n’aimons pas en parler, du moins pas devant un médecin missionnaire.»

Qu’est-ce que la médecine traditionnelle?

Une partie du problème est que c’est un sujet complexe et il n’existe pas de définition claire du terme médecine traditionnelle. Mais une immense variété de méthodes sont utilisées pour traiter les maladies. Ces méthodes sont basées sur l’expérience personnelle ou sur des connaissances transmises depuis plusieurs générations. Bien que les études scientifiques confirment l’efficacité des remèdes traditionnels, les gens les utilisent surtout à cause de leurs observations ou leurs expériences personnelles. Ceci constitue en fait l’unique trait commun entre toutes les différentes méthodes de traitement des maladies que nous appelons la médecine traditionnelle.

Pour nous aider à comprendre, nous aimerions diviser la médecine traditionnelle en trois groupes différents:

Ces traitements ont deux choses en commun:

Des observations sur l’utilisation de ces plantes sont échangées librement et sans le moindre secret entre les familles.

Certaines plantes médicinales sont aussi utilisées comme nourriture alors que d’autres ont un usage strictement médicinal.

Pour les problèmes de santé particuliers et difficiles à traiter, les malades cherchent de l’aide auprès des gens pratiquant les médecines modernes ou traditionnelles.

Les guérisseurs traditionnels sont souvent des spécialistes. Les sages-femmes traditionnelles sont présentes dans presque chaque village. D’autres guérisseurs sont des rebouteux ou des spécialistes des maladies mentales ou chroniques. Souvent, le travail des guérisseurs traditionnels ne se limite pas aux problèmes de santé physique: en effet, les problèmes sociaux et religieux, les conflits entre les gens ou ceux entre les hommes et les dieux ou les démons sont considérés comme étant à l’origine des maladies. Leur traitement implique donc une démarche sociale ou religieuse.

Contrairement à la médecine populaire, les traitements des guérisseurs sont secrets et ne sont pas discutés ouvertement. Ils peuvent seulement être transmis de génération en génération au sein de la famille du guérisseur. Il est rémunéré pour son travail et souvent le prix du traitement dépend du statut social du patient; il est souvent payé en nature par un poulet ou une chèvre.

Dans les milieux chrétiens, les guérisseurs traditionnels sont généralement considérés avec crainte ou méfiance, car ils pourraient peut-être travailler avec des forces spirituelles qui sont en conflit avec la foi chrétienne. Mais il y a aussi des guérisseurs comme les sages-femmes traditionnelles ou les herboristes qui sont bien intégrés à la communauté chrétienne.

Les plantes médicinales dans les soins de santé primaires

Dans de nombreux pays sous les Tropiques, les gens n’ont pratiquement pas accès à la médecine moderne. Dans les régions reculées du Nord-Est de la République démocratique du Congo où nous travaillons, il n’y a quasiment pas d’infrastructures pour le transport des médicaments importés, même si la plupart des patients avaient les moyens de les acheter.

Vu ce contexte, nous nous sommes demandés si la fabrication locale de médicaments dérivés de plantes médicinales serait utile. Nous avons commencé par utiliser des remèdes fabriqués à l’aide de variétés de plantes très connues pour soigner des problèmes médicaux courants. Les précisions sur le dosage, l’efficacité et les effets secondaires étaient disponibles. Ensuite nous avons planté un jardin de plantes médicinales et, avec la permission des autorités sanitaires régionales, nous avons cultivé et utilisé quelques plantes médicinales chaque fois que les médicaments d’importation n’étaient pas disponibles (voir des exemples dans la liste en page 2). Les patients ont apprécié la plupart de ces médicaments et d’autres jardins ont donc été créés pour les cultiver avec toute la participation de la communauté.

Ces dernières années, la République démocratique du Congo a traversé des périodes terribles. Certains centres sanitaires ont été totalement pillés. Toutefois, la production locale de remèdes à base de plantes a continué malgré tout et a permis à ces centres d’offrir de nouveau leurs services.

Un forum de médecine traditionnelle et de médecine moderne

Nous avons aussi encouragé une rencontre entre guérisseurs traditionnels, et médecins et infirmières, ainsi qu’avec des administrateurs de santé et des autorités politiques. Nous y avons discuté des problèmes de santé et des contributions de la médecine traditionnelle et de la médecine moderne. Certains points ont été très épineux car les médecins conventionnels étaient méfiants quant à l’efficacité et aux effets secondaires potentiels de la médecine traditionnelle, mettant aussi en question l’éthique de cette forme de traitement.

L’expérience a appris aux guérisseurs traditionnels à être prudents et ils refusaient que leurs pratiques soient soumises à des investigations sans avoir au préalable obtenu l’assurance de la protection de leurs connaissances. Ils ont également mis en question l’éthique de la médecine moderne, à la surprise du personnel médical.

Notre travail avec Artemisia annua en particulier (de laquelle un nouveau groupe de médicaments anti-malaria est dérivé – voir page 12) a aidé à encourager la participation totale de tous ceux qui assistaient à ce forum. En travaillant ensemble, nous avons appris beaucoup les uns des autres. Nous sommes convaincus qu’en améliorant la coopération entre la médecine traditionnelle et la médecine moderne, nous allons mieux contribuer aux soins de santé que si nous avions agi séparément.

Markus Müller est médecin et a pratiqué pendant de nombreuses années en République démocratique du Congo. Il est maintenant à l’Institut Allemand de Mission Médicale, PO Box 1307, D-72003 Tübingen, Allemagne.

Innocent Balagizi est biologiste et travaille à Bukavu en République démocratique du Congo. Il s’intéresse particulièrement aux plantes 

Exemples de remèdes à base de plantes

Voici quelques médicaments utilisés à l’hôpital de Nebobongo, en RD Congo…
 

Problème à traiter

Nom latin de la plante  

Partie de la plante et préparation

infection par le ver
nématode

Carica papaya

graines (vertes ou séchées)

blessures infectées

Carica papaya

fruits verts

dysenterie amibienne,
asthme

Euphorbia hirta

toute la plante en infusion

bronchite

Eucalyptus globulus

feuilles pour la teinture

constipation

Cassia occidentalis

feuilles en infusion

douleurs
rhumatismales  

Capsicum frutescens

fruit en poudre pour pommade

brûlures  

Aloe ferox

le gel contenu dans les feuilles

troubles du sommeil

Passiflora edulis

feuilles séchées en infusion

malaria

Artemisia annua

feuilles séchées en infusion

nausée  

Zingiber officinale

rhizome frais

 

 

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