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De: Comment bien faciliter – Pas à Pas 60

Comment faciliter l'apprentissage participatif de manière efficace

Photo: Marcus Perkins/Tearfund

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Solomon Dibaba Leta.

J’ai travaillé pendant vingt ans avec des institutions publiques et des Organisations Non Gouvernementales (ONG). Certains des ateliers, réunions et séminaires auxquels j’ai assisté durant ces années étaient vraiment ennuyeux. En fait, la plupart des participants qui suivaient ces réunions, le faisaient parce qu’ils n’avaient pas le choix ou pour échapper à la routine de leur travail. Certaines personnes qui dirigeaient ces réunions aimaient beaucoup entendre le son de leur voix. Elles croyaient qu’il fallait montrer toutes leurs connaissances sur le sujet donné. Je me souviens de n’avoir plus fait attention à ce qu’elles disaient pour me concentrer sur leur comportement. J’ai souvent critiqué leur approche au lieu d’apprendre de nouvelles informations ou idées. Qu’est-ce qui n’allait pas et qu’aurait-il fallu faire ?

Nombre des agents de développement communautaire que j’ai rencontrés dans les zones rurales d’Ethiopie, pensent que la facilitation est une manière d’exprimer des idées précises afin que les membres de la communauté commencent à penser et agir « correctement ». Certains pensent même que la facilitation est une manière « d’enseigner » aux membres de la communauté qu’il faut accepter les nouvelles idées, sans poser de questions et sans avoir de doutes à leurs sujets. Personnellement, je pense que la facilitation implique trois actions :

La confiance

Une bonne facilitation crée une confiance de groupe au sein des communautés. Ceci peut signifier que les gens essayent de nouvelles idées pour lesquelles ils ne se risqueraient pas en temps normal. Nombre de gens en Ethiopie, par exemple, connaissent les problèmes du VIH et du sida. Cependant, la modification de comportement qui aurait dû en résulter n’est, malheureusement, toujours pas arrivée. Ceci est dû en partie à un manque de bonne facilitation communautaire. Les connaissances liées à un problème particulier de développement ne génèrent pas toujours des actions à entreprendre. Les connaissances ne modifieront notre comportement que si l’on arrive à créer le niveau adéquat de motivation, grâce à une bonne facilitation.

Développer la motivation des membres d’une communauté est une méthode progressive. Elle est le résultat des propres idées des gens et de ce qu’ils en font. Nombre de formateurs en développement pensent que les communautés ignorent tout des nouvelles idées liées au développement. Ils désirent être écoutés et obéis. Leur seul système de communication est à sens unique.

Le sentiment d’être propriétaire 

Si nous imposons des idées sur les gens et espérons qu’ils les suivront, le résultat ne sera guère brillant ! Les gens diront : « Cette pompe à eau ou cette école appartient à telle ONG ». Ce n’est pas à eux, cela « appartient » à quelqu’un d’autre ! Bien que la pompe à eau ou l’école ait été réalisée pour eux, ils n’ont pas participé à la méthode de réalisation et ne s’en sentent donc pas propriétaires.

Ma propre expérience dans la méthode PILIERS (Partenaires pour Interaction en Langues locales, Information, Education et RessourceS) m’a permis d’observer d’autres possibilités pour le développe-ment communautaire traditionnel. Nous avons utilisé une méthode de facilitation communautaire pour préparer des textes sur le développement en langues locales. Nous l’avons fait en Ethiopie, dans la région de Wolaitta et dans un camp de réfugiés soudanais à Sherkole (Benishangul Gumuz). Les résultats ont prouvé qu’il s’agissait là d’une approche bien plus durable. La collaboration, une approche participative et la propriété collective d’activités formaient le coeur des tech-niques de facilitation utilisées. Cette méthode est extrêmement flexible et permet de répondre aux besoins particuliers de chaque situation. Dans le camp de Sherkole, cette méthode a généré une confiance collective chez les réfugiés et le sentiment que ses activités étaient bien les leurs. Ceci les a alors aidés à réfléchir à la manière de rendre leurs activités viables sans le soutien d’une aide extérieure.

Fierté de leur culture et langue 

La méthode de facilitation des ateliers PILIERS a été conçue pour renforcer le pouvoir des participants et les doter des savoir-faire de base pour préparer des matériels d’information dans leur propre langue. Elle permet aussi aux participants de reproduire cette méthode de manière à ce que les connaissances acquises soient liées à la transformation communautaire. Cette approche encourage les gens à être fiers de leur langue et de leur culture.

Il est souvent difficile de démarrer cette méthode, pour le facilitateur comme pour les participants. Ceux de Sherkole étaient des réfugiés qui n’avaient jamais été impliqués dans la production d’information sur le développement dans leur propre langue, le maban. Le facilitateur choisi a travaillé avec un groupe de personnes qu’il n’avait jamais rencontrées auparavant. Après la première journée d’activités, les participants ont acquis une certaine confiance, tout d’abord dans leur propre équipe puis en eux-mêmes. Les activités et la méthode de collaboration les ont aidés à réaliser des choses qu’ils n’auraient jamais pu faire tout seuls. Ces séances se sont révélées intéressantes et agréables, grâce aux prises de décision collectives et à l’utilisation régulière de dynamiseurs. Les participants de Sherkole ont développé un esprit d’équipe qui les a aidés à définir leur vision et leurs buts stratégiques communs pour leur région du Soudan.

Résultats inattendus

Ils ont maintenant appris les savoir-faire nécessaires pour préparer des textes sur le développement dans leur propre langue. Encore plus important, ils sont à présent propriétaires de cette méthode. Ils n’attendent plus que le gouvernement ou les ONG leur fournissent des informations émanant de l’extérieur. Ces réfugiés souda-nais de Sherkole qui parlent le maban ont créé leurs propres comités linguistiques, dans leurs communautés, de manière à pouvoir imprimer et distribuer les informations dont ils ont besoin sur le développement. Ils peuvent non seulement soutenir cette méthode mais aussi la reproduire. Les réfugiés mabas ont réalisé quelque chose qui tient tout simplement du miracle ! Ceci est le résultat d’une méthode participative de facilitation dans laquelle chacun a joué un rôle.

Un don de connaissances 

Cette approche participative de facilitation communautaire, utilisée à Sherkole et Wolaitta, a créé une confiance, une conscience personnelle et un engagement parmi les membres de la communauté. Les gens de Wolaitta ont réalisé qu’ils pouvaient être fiers de leur langue et réaliser eux-mêmes le genre d’informations nécessaires dans leur région. Les réfugiés mabas ont maintenant un don de connaissances pour les habitants de la région du Nil Bleu au Soudan.

Au départ, on avait quelques doutes sur la possibilité d’utiliser la méthode PILIERS avec les réfugiés. Pourtant, cette méthode de facilitation basée sur la participation, la collaboration et des activités soigneuse-ment planifiées a prouvé qu’elle pouvait être une réussite.

Solomon Dibaba Leta est journaliste de formation. Il a travaillé de nombreuses années avec World Vision en Ethiopie, a formé du personnel en communication et les a aidés à en définir des stratégies. Il est Conseiller PILIERS pour Tearfund depuis mars 2003. Voici son adresse : PO Box 27275, Addis-Abeba, Ethiopie. Email : sdlo@telecom.net.et 

 

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