De : L’alphabetisation – Pas à Pas 62

Articles proposant des conseils pratiques pour favoriser l’alphabétisation des enfants et des adultes

Barbara Lawes.

Les membres et le personnel de l’Union des mères tout autour du monde savent que le manque d’alphabétisation est l’un des principaux problèmes auxquels doivent faire face les femmes et les filles, tout particulièrement dans les zones rurales. Sans ce savoir-faire, les femmes trouvent beaucoup plus difficile d’améliorer les conditions dans leur foyer, famille et communauté mais aussi de participer pleinement dans les affaires et l’administration de leur communauté. L’alphabétisation est essentielle pour accéder aux quelques initiatives et opportunités locales disponibles. Elle permet aux femmes de s’exprimer et de faire connaître leurs préoccupations aux preneurs de décisions, au niveau local, national et international.

En réponse à cela, l’Union des Mères a recherché, mis au point et appliqué son Programme de développement et d’alphabétisation (MULDP). Ce programme devait être abordable, durable et approprié pour les apprenants adultes. Il devait utiliser les connaissances et savoir-faire locaux mais aussi pouvoir être utilisé dans n’importe quelle langue. Avant tout, il devait s’attaquer aux inégalités de la société qui s’expriment par la manque de puissance, de voix et de visibilité des femmes dans leur famille et communauté.

L’Union des Mères est une organisation chrétienne opérant dans 76 pays tout autour du monde, grâce à un vaste réseau de bénévoles et de salariés. Elle profite de la structure de l’église anglicane, des églises communautaires à celles régionales. Ceci offre à l’Union des Mères, un contact pour ainsi dire unique avec les familles et les communautés des endroits les plus pauvres, là où le niveau d’instruction des adultes est probablement le plus bas.

Former des groupes d’alphabétisation

Les programmes d’alphabétisation ont un haut niveau d’échec. Nos recherches considérables ont montré que cela est en partie dû à des méthodes d’apprentissage non viables ainsi qu’un manque de financement et de continuité de la part des facilitateurs locaux. Nous avons essayé tant que possible d’éviter ces problèmes.

Le Burundi, le Malawi et le Soudan ont certains des plus bas niveaux d’instruction adulte de l’Afrique sub-saharienne. Comme il s’agit aussi de pays où l’Union des Mères a une solide position, c’est là que nous avons commencé. Un programme d’essai a été mis au point avec l’aide de LABE, en Ouganda (voir page 5) et nous avons commencé à opérer dans huit diocèses. Après avoir expliqué soigneusement comment le programme allait opérer, chaque diocèse a nommé deux formatrices en alphabétisation. Ces 16 femmes ont été formées en Ouganda par LABE et l’Union des Mères, avant de revenir dans leur pays pour commencer un programme d’essai sur trois ans.

Les communautés ayant accepté de participer ont dû créer un comité directeur local et trouver une personne locale à former comme facilitateur. Celui-ci devait pouvoir lire et écrire dans la langue locale et être acceptable auprès des apprenants locaux.

Une fois que les 12 communautés ont été sélectionnées, les facilitateurs ont été rassemblés durant une semaine et formés dans la formation de groupes, les techniques d’Action et d’Apprentissage Participatif (AAP) et la manière d’introduire l’alphabétisation en utilisant ces techniques. Dès qu’ils sont revenus dans leur communauté, ils ont commencé les inscriptions et les travaux de groupes d’alphabétisation. Les formatrices ont rendu visite aux facilitateurs et leurs groupes d’alphabétisation toutes les deux semaines, jusqu’à ce qu’ils soient bien établis et que les groupes opèrent vraiment bien.

Le programme implique de partager les connaissances et le bon sens des participants sur une variété de sujets, grâce aux discussions. Les mots essentiels pour apprendre sont tirés de ces discussions. En fait, les discussions sont aussi importantes que l’alphabétisation.

Pour que tout se passe bien

Nous avons découvert un certain nombre de problèmes :

Tous ces problèmes ont été résolus par les formatrices ou le personnel de l’Union des Mères, durant ses visites.

Une fois que les cercles fonctionnent bien, les formatrices continuent de leur rendre visite de temps en temps mais leur principal pôle d’intérêt se fixe alors sur de nouvelles communautés. Il y a maintenant un schéma régulier où les formatrices forment 12 facilitateurs, deux fois par an. Chaque année, tous les facilitateurs se réunissent pendant quelques jours, pour partager leurs expériences et recevoir une formation supplémentaire.

Faire passer le message

Les formatrices sont des membres à plein temps de l’Union des Mères, employés par le diocèse, avec le soutien de l’Union des Mères. Les facilitateurs reçoivent de petits encouragements financiers, le respect et l’aide de leur communauté. Ils savent aussi qu’ils fournissent un service très important à leurs amis et voisins.

Il faut compter entre 160 et 200 heures dans un cercle d’alphabétisation pour qu’un apprenant puisse bien lire, écrire et compter. De nombreux facteurs affectent ce temps. Des personnes déplacées qui ont peu d’opportunités à l’extérieur, apprennent vite car elles n’ont pas à cultiver de jardin ou à faire d’autres activités. Les communautés qui, traditionnellement, se déplacent sur de longues distances pour cultiver, peuvent avoir des périodes de trois ou quatre mois sans réunion. Elles ont besoin de plus de temps pour se souvenir de ce qu’elles ont appris la dernière fois.

Une fois que les gens lisent, écrivent et comptent, ils se lancent rapidement dans des activités générant des revenus et des actions communautaires. Le nombre de ces activités nous a sidérés. Les cercles de postalphabétisation se sont aussi révélés importants. Ils permettent aux gens d’utiliser leurs nouvelles connaissances pour lire, écrire des lettres, réaliser des tableaux d’informations communautaires, aider dans les dispensaires médicaux et continuer d’apprendre.

En juin 2003, nous avons réalisé une évaluation finale et le programme a été étendu sur cinq autres diocèses. Il y a maintenant 26 formatrices formées et 600 facilitateurs, plus ceux en formation. Les facilitateurs peuvent avoir n’importe quelle foi ou aucune. Il y a 15 000 apprenants dans des cercles actifs et un plus grand nombre réalisant des activités de post-alphabétisation. A l’heure actuelle, ce programme est utilisé seulement au Burundi, au Malawi et au Soudan mais nous recevons des demandes de beaucoup d’autres pays. Nous serions ravis d’aider mais nous avons un problème pour trouver les financements nécessaires. Il s’agit d’un programme efficace et durable, qui change la vie pour le mieux. Il faut compter £ 20 pour permettre à une personne de lire, d’écrire et de compter. Connaissez-vous beaucoup d’opportunités aussi intéressantes ?

En plus des avantages de savoir lire, écrire et compter dans une communauté, les méthodes de participation permettent une meilleure communication au sein des familles et entre voisins. C’est la communauté qui s’attaque aux problèmes de santé et il est généralement possible de commencer des programmes de génération de revenus sans aide financière extérieure. La société civile est renforcée et capable de saisir toutes les opportunités qui se présentent.

Barbara Lawes est la Responsable des projets mondiaux de l’Union des Mères : Mary Sumner House, 24 Tufton Street, London, SW1P 3RB, Royaume-Uni.
Email :
mu@themothersunion.org
Site internet : www.themothersunion.org  

Les commentaires des apprenants

« Toute ma vie, j’ai regardé le tableau noir par une fenêtre. Et maintenant, je suis en face de lui et c’est lui qui me regarde! » Eva Wajo

« Je travaille comme femme de ménage. Lorsque j’étais payée, je prenais mon argent sans pouvoir vérifier si le montant était correct ou pas et je signais d’une empreinte de mon pouce. Maintenant, on ne peut plus me rouler. Je suis heureuse. » Margaret Keji

« Je me suis inscrite en tant que débutante. J’étais timide et je n’avais aucune assurance. J’ai appris à lire et à écrire très rapidement. Maintenant, je suis une facilitatrice. Je suis si fière parce que j’aide les autres à apprendre à lire et écrire. » Donatile, Malawi

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